Élections municipales : et si on parlait des libertés publiques ?

Nos libertés publiques feront-elles partie du débat des municipales, à l'heure où la reconnaissance faciale devient l'outil d'une société de contrôle ?
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Élections municipales : et si on parlait des libertés publiques ?

Publié le 3 février 2020
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Par Yannick Chatelain.

La 14e édition de la Journée de la Protection des Données s’est déroulée dans le monde entier en 28 janvier 2020. Dès le 19 décembre, le Centre d’Études sur la Citoyenneté, l’Informatisation et les Libertés (CECIL) plus connu sous le nom d’Observatoire des libertés et du numérique avait envoyé formellement le 19 décembre 2019 une lettre ouverte demandant l’interdiction de la reconnaissance faciale sécuritaire au gouvernement ainsi qu’aux parlementaires. Cette lettre est désormais signée par 124 organisations.

Le droit à l’anonymat est un droit fondamental sur le web ; naturellement, sur la voie publique des caméras peuvent être installées.

La loi argumente que le but de ces caméras est de « prévenir des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d’agression, de vol ou de trafic de stupéfiants, des actes de terrorisme, dans les conditions prévues par l’article L.251-2 du Code de la sécurité intérieure. »

Se pose cependant le problème de l’efficience de ces dernières en matière préventive. Une efficacité mise en doute depuis fort longtemps.

En effet, dès 2011, la Cour des comptes s’offusquait de l’absence d’évaluation de l’efficacité de cette approche. « Les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique », s’inquiétait-elle même dans son rapport.

Depuis neuf ans… toujours plus de caméras dans nos villes ! Toujours pas d’évaluation !

La glaciation des libertés publiques, on en parle ?

Les prochaines élections municipales sont prévues les 15 et 22 mars 2020. Comme le rappelle la Quadrature du Net, l’OLN invite les listes candidates aux élections municipales à rejoindre l’appel lancé en décembre 2019 à s’opposer à la reconnaissance faciale, mais plus encore à la fuite en avant d’une société de contrôle. La reconnaissance faciale n’étant qu’une technologie supplémentaire au service du tout sécuritaire venant s’ajouter à d’autres technologies qui se développent en France.

La quadrature attire d’ailleurs l’attention des candidats sur les autres technologies sécuritaires qui sont aujourd’hui en développement en France, notamment la vidéo-surveillance automatisée qui fait l’objet de nombreux contrats entre industriels et collectivités.

Il est à noter que La Quadrature du Net a déposé en janvier 2020 avec la Ligue des droits de l’Homme, un premier recours en référé devant le tribunal administratif de Marseille pour lui demander d’annuler l’installation dans la ville d’un dispositif de « vidéo-protection intelligente ».

Le choix est la fin de l’innocence !

Pour prendre position sur la reconnaissance faciale et plus largement sur la défense des libertés publiques qui vont de pair avec le terme démocratie, c’est très simple. Comme déjà évoqué, 124 organisations ont déjà signé la lettre ouverte de  L’Observatoire des libertés numériques ; pour les organisations et les listes candidates qui souhaitent la signer, il leur suffit d’envoyer un message à contact@laquadrature.net en indiquant :

  • la ville concernée
  • son code postal
  • le nom de la liste
  • un lien de référence

Nous sommes face à un choix de société. Si des listes, des organisations hésitent à se positionner sur le sujet, pour quiconque fait preuve de probité intellectuelle, voilà ci-dessous deux bonnes raisons de mettre un coup d’arrêt aux atteintes inefficaces à des libertés fondamentales et proposer enfin des solutions non attentatoires aux libertés publiques tant sur Internet (cf. loi Avia) que sur la voie publique, pour lutter enfin efficacement contre la délinquance et le fléau des idéologies barbares  !

  1. La vidéo-surveillance ne prévient pas les crimes !

« Avec 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants [alors qu’] à Paris, il y en a une pour 1532, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés » avait déclaré de façon péremptoire le maire de Nice après l’effroi du Bataclan. Le millier de caméras implantées sur la commune, soit 2666 à ce jour, n’a malheureusement pas empêché l’horreur du 14 juillet 2016 ! Ceci est un fait.

  1. La reconnaissance faciale couplée à de la vidéo-surveillance est dysfonctionnelle.

Les défenseurs d’une vidéo-surveillance exponentielle dans nos villes avanceront que c’est l’absence de couplage avec la reconnaissance faciale qui est responsable de son inefficacité préventive ; mais bon sang, mais c’est bien… pardon… ce n’est pas bien sûr.

Des expérimentations, pour n’en citer qu’une, celle menée par la MTA sur le pont de Brooklyn, le courriel intercepté par le Wall Street Journal est sans appel ! Comme le rapporte Léna Corot, en avril 2019 : « La ville de New York souhaitait identifier les conducteurs traversant le pont Robert F. Kennedy, mais la technologie de reconnaissance faciale utilisée n’a pas réussi à identifier un seul visage dans des paramètres acceptables ».

Cette expérience vient corroborer une étude récente menée par Inioluwa Deborah Raji et Joy Buolamwini, publiée lors de la conférence AAAI / ACM sur l’intelligence artificielle, l’éthique et la société, qui a révélé que la version de l’outil de reconnaissance d’Amazon, Amazon Rekognition, disponible depuis août 2018, révèle des taux d’erreurs importants et remet en cause une nouvelle fois sa fiabilité ainsi « le taux d’erreur concernant les hommes blancs est nul, celui concernant les femmes de couleur atteint plus de 30 %. »

À question simple, réponse simple : nos libertés publiques feront-elles partie du débat ?

Comptez-vous poursuivre dans nos villes un « toujours plus de la même chose » en matière d’usages de la technologie à des fins sécuritaires, alors que les faits, par-delà l’absence d’évaluations sérieuses, démontrent qu’en matière de prévention du risque elles ne fonctionnent pas ? Allez-vous poursuivre une régression des libertés publiques on et off line pour instaurer une société de contrôle dysfonctionnelle mais susceptible de censurer, de provoquer l’autocensure ? (cf. L’effet Hawthorne : les mensonges technologiques qui mettent en péril nos « démocraties »)

Quelle est votre position ? Quelles sont vos propositions ? Stop ou encore ?

« Nous n’avons qu’une liberté : la liberté de nous battre pour conquérir la liberté… » Henri Jeanson

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  • Comme partout il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit, c’est deux attentats meurtriers dans des villes avec des caméras de surveillance. Ce qu’on ne voit pas, ce sont les autres crimes et attentats arrêtés à temps.

    Je ne défend pas les caméras, mais il est dommage de tomber dans des biais cognitifs comme nos kamarades socialistes.

    Je suis tout à fait pour une étude sérieuse sur l’efficacité de chaque outil de sécurité, au regard de son coût.

    Après, je reste sur ma faim: quelles sont les solutions efficaces (au niveau communal) pour diminuer efficacement la criminalité ?

    • Pour diminuer efficacement la criminalité où qu’elle se trouve, il faut :
      1. des policiers dédiés à arrêter les criminels et non pas à traquer les automobilistes par exemple ou à protéger les politiciens
      2. des juges qui les mettent hors circulation et non pas qui s’occupent à faire des murs de leurs cons
      3. des lois qui ne soient appliquées et non complaisantes avec les criminels
      Les attentats déjoués à temps le sont sur renseignements, sur un travail de fond, sur des enquêtes… Qu’est-ce qui vous fait penser que les caméras de surveillance y sont pour quoi que ce soit ?

      • Exact. On l’a bien vu : la vidéosurveillance destinée a traquer crimes et délits envers les biens et les personnes s’est déportée vers la chasse aux automobilistes ! Les gens garés en double file, les motards qui prennent les voies de bus, et bientôt ceux qui n’auront pas leur vignette crit-air…
        Alors que le bilan statistique laisse à désirer sur le premier point, les affaires sont beaucoup plus rentables pour le second !

      • Pourquoi il n’y a pas de caméras dans les quartiers dits « sensibles », au nombre de 157, en Ile-de-France et surtout d’autres dans des endroits où elles servent d’instruments d’espionnage au profit des aigrefins qui ont le pouvoir ?

    • @Koris
      Une camera ne pourra JAMAIS arreter un crime. Elle va descendre de son mat et saisir le criminel avec ses petit bras musclés ?
      On l a vu a Nice avec les attentats. La ville la plus video surveillee a vu le camion passer quand il a fait sa repetition. pas de reaction meme s il roulait ou c etait interdit. Quand il est passe a l acte, les camera on certes tout enregistre (la belle affaire !) mais il a fallut des agents de police pour lui tirer dessus

      La video surveillance et la reconnaissance faciale n a aucun intert face a un terroriste qui sait qu il va mourir (de toute facon il sera mort avant d etre identifie par les cameras). Pour un criminel de moindr envergure c est une gene eventuelle (mais vous pouvez mettre une cagoule comme quand vous braquez une banque), donc c est pas redebitoire
      Pour le citoyen normal c ets par contre un probleme. deja ca coute tres cher pour un efficacite faible contre la criminalite. mais en plus ca permet de surveiller le citoyen (savoir ou il va, dans quels magasins, qui vient chez lui …). Penser que ca ne sert qu a la police est faire preuve de naivete. Aux USA ils ont pas mal de cas de policiers/membre de la NSA (cf livre de Snowden) qui utilisent les donnees pour draguer ou surveiller leur petit amie …

  • A voir l’appproche prudente de la police de Londres : https://www.bbc.com/news/uk-51237665 ( 30.01.2020 )

  • Il me semble que l’argument qui consiste à dire que cela ne fonctionne pas (que l’on pointe l’inefficacité ou le risque d’erreur) n’est pas un bon argument. Cela encourage simplement à affiner les techniques… et donc à continuer.
    Non, le bon argument, c’est que c’est une question de principe: un citoyen qui se sent épié en permanence n’est pas libre.
    Quant aux attentats (puisque c’est le prétexte avancé), constatons le nombre de terroristes qui étaient parfaitement connus, voire qui avaient déjà été condamnés…
    Un Etat digne de ce nom doit lutter efficacement contre cette « armée de l’ombre » et se rappeler qu’en temps de guerre, les ennemis doivent être traités comme tels. A défaut, c’est la population musulmane dans son ensemble qui risque d’être victime de soupçons.

    • « Un Etat digne de ce nom doit lutter efficacement contre cette « armée de l’ombre » »

      J’ai l’impression que notre état poursuit plutôt sa politique, en corrigeant (mal) ses effets.

  • Tant que la reconnaissance faciale ne marche pas, c’est juste un gadget coûteux gaspillant les fonds publics. Et si un jour ça marche, les délinquants potentiels ne manqueront pas d’arborer un quelconque postiche pour passer incognito.
    Alors à quoi bon tout ce cirque?

    • Ce n’est pas un cirque pour les vendeurs de caméras et de techno de reconnaissance faciale. Et pour les politiques, cela permet de dire qu’on fait quelque chose…
      Mais en effet, il faudra interdire le port de lunettes de soleil, il faudra signaler aux autorités tout changement de coiffure et le port de la barbe, adieu masque anti-pollution, quant aux toilettes saillantes de certaines femmes musulmanes… il sera obligatoire de marcher la tête haute dans la rue, et plus tard un matricule tatoué en gros sur le front ou sur le dessus du crâne rasé (façon banole de flics ricaines) pour les drones de surveillance.
      Après tout, pour ceux qui n’ont rien à se reprocher…

  • Pour ma part, ayant passé de fort loin l’âge de faire des co…., les caméras ne me dérangent pas.
    Mais…
    Notre société devenant de plus en plus moralisatrice, nos dictateurs de la normalité de plus en plus vociférateurs, je crains pour les jeunes générations une surveillance morale des mœurs, des attitudes, des conduites. Dans la tête de nombreux “bien pensants”, « 1984 » n’est pas loin.

  • Nous sommes souvent confrontés à une instrumentalisation de l’image par des organisations qui en manipulent le traitement médiatique pour influencer l’opinion.
    Ainsi, à l’occasion de certaines actions dans le domaine public ou privé, ces organisations effectuent une provocation qui a toute chance de provoquer une réaction qui est seule filmée.
    La présence de caméras est la seule qui permet alors d’effectuer une instruction objective à charge et à décharge de tous les protagonistes.

  • claude henry de chasne
    3 février 2020 at 9 h 55 min

    la criminalité est largement due a l’incurie judiciaire
    hollande a immédiatement annulé les peines plancher, les peines de prisons ne sont pas effectuées
    le recidive est la regle..
    Tant qu’on aura une justice aussi ridicule , les français ne seront pas en sécurité

  • A ne pas oublier sinon ce serait se foutre de la gueule du monde.
    De plus en plus lorsqu’une personnalité politique « Nationale » se rend a une réunion pour soutenir un candidat, des merdes diverses viennent semer le désordre dans la rue, exercer des pressions physiques, des menaces, des insultes qui aboutissent souvent a une quasi annulation de la réunion prévue.
    Il ne s’agit pas du droit de manifester qui suppose une déclaration en préfecture, mais de crapules qui veulent détruire la démocratie a leur profit, du moins sont ils assez cons pour le croire.
    Les flics devraient a chaque fois être employés a ramasser ces merdes et les mettre en dégrisement 48 heures avant amendes !
    La démocratie et les libertés publiques commencent par la !!!

  • Et la loi Avia? On en parle….

  • « La vidéo-surveillance ne prévient pas les crimes ! »
    Si on part du principe que ce qui prévient les infractions c’est la certitude de se faire prendre d’une part et punir d’autre part, ce n’est pas si clair.
    Déjà la caméra ne punit pas les délinquants, c’est, enfin normalement, le rôle des juges.
    Par contre pour les prendre, elle s’avère sans doute utile. Pourquoi priver les forces de l’ordre de cet outil de recherche ?
    Mais elle est insuffisante dans le cas des terroristes islamistes qui sont désireux de mourir en commettant leur crime.

    • Au mieux, la VS ne fait que déplacer les méfaits hors de son champ.
      Elle n’est efficace que pour traquer les automobilistes identifiables aisément et quasi automatiquement à leur plaque. C’est juste devenu un outil pour faire du fric. Ce n’était pas le but premier…

  • La reconnaissance faciale ne sert qu’ identifier les honnêtes gens.
    Les petits malins esquiveront le bidule.
    Pourquoi claquer autant de pognon gratuit?
    Ils n’en claquent pas assez?
    Caméra, peut-être mais pas faciale.

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