La surveillance de masse des citoyens est inutile face au terrorisme

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Il y a un aspect de la lutte antiterroriste qui semble ne pas être encore tout à fait évident pour tout le monde : la surveillance de masse, statistiquement, ça ne fonctionne pas.

Par Guillaume Nicoulaud.

État d'urgence : la surveillance de masse est inopérante
Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Au chapitre des fausses bonnes idées en matière de lutte antiterrorisme, la surveillance de masse – ou le chalutage si vous préférez – continue manifestement à faire rêver celles et ceux qui nous gouvernent ou prétendent le faire. Au-delà des évidentes questions morales que ce type de système pose, il y a un aspect qui semble ne pas être encore tout à fait évident pour tout le monde : la surveillance de masse, ça ne fonctionne pas.

Je reposte un papier initialement publié le 10 avril 2015 qui faisait suite à cet article.

« La grande question que nous devrions tous nous poser est : sachant que notre système de surveillance vient de générer une alerte, quelle est la probabilité qu’il ait effectivement repéré un terroriste ?

Quelle probabilité de repérer un terroriste ?

« Pour répondre à cette question, nous allons devoir faire appel au théorème de Bayes et évaluer trois probabilités :

« Primo, la fréquence de base ; c’est-à-dire la proportion de terroristes dans la population – le chiffre de 3 000 individus circule ce qui, rapporté à la population française âgée de 20 à 64 ans (37,8 millions d’individus1) nous donne une fréquence de base de l’ordre de 0,008%.

« Deuxio, le taux de précision du système de surveillance ; c’est-à-dire la probabilité qu’un terroriste génère effectivement une alerte – par hypothèse, nous allons retenir un taux extrêmement élevé de 99%.

« Tercio et pour finir, nous avons également besoin du taux d’erreur ; c’est-à-dire de la probabilité qu’un innocent soit accusé à tort par le système – prenons, là encore, une hypothèse très optimiste de 1%.

« Ce que nous dit le théorème de Bayes c’est qu’avec ces paramètres, la probabilité qu’une alerte ait effectivement identifié un terroriste est de l’ordre de 0,78%. Non, ce n’est une typo : concrètement, notre système va générer 380 940 alertes dont 2 970 vrais positifs (99% des 3 000 terroristes) et 377 970 faux positifs : soit 1% des 37 797 000 citoyens innocents comme vous et moi.

« En d’autres termes, même en prenant des hypothèses hautement irréalistes quant au taux de précision et au taux d’erreur d’un hypothétique système de surveillance de masse, on aboutit à rien d’autre qu’une déperdition colossale d’énergie. La surveillance de masse en matière d’antiterrorisme est statistiquement impossible. »

Sur le web

  1. Au 1er janvier 2015 selon l’Insee.