Pour de meilleurs salaires ? Bruno Le Maire a la solution !

Bruno Le Maire by Fondapol Nigel Dickinson (CC BY-NC-ND 2.0) — Fondapol-Nigel Dickinson, CC-BY

Bruno Le Maire a récemment exhorté les chefs d’entreprise à mieux payer leurs salariés. Le ministre de l’Économie ferait mieux de balayer devant sa porte.

Par Simone Wapler.

Bruno Le Maire ne connaît rien au capitalisme ni à la vie des entreprises ou s’il y connaît quelque chose, c’est une science livresque glanée il y a 25 ans sur les bancs de l’École normale puis de l’ENA.

Bruno Le Maire n’a jamais travaillé dans une entreprise, même publique. Cela ne l’empêche pas d’avoir des idées bien arrêtées et totalement fausses sur la bonne marche du capitalisme – donc de l’économie de marché – et sur les salaires que peuvent payer les entreprises.

Mais revenons au cœur du sujet.

Bruno Le Maire ignore que la nationalisation des assurances sociales et la mainmise de l’État sur les cotisations aboutissent à un paradoxe : le coût du travail est très élevé en France tandis que les salariés ont l’impression de ne pas être assez payés.

Cher Bruno Le Maire, voici un tuyau, un vrai, pour augmenter les salaires : il suffit que l’État, votre gouvernement, en prenne moins et alors il en restera davantage aux salariés. Imparable, non ?

Car, oui, les cotisations sociales SONT des éléments de salaire. Pour embaucher ou débaucher, un chef d’entreprise ne regarde qu’une chose : le salaire brut de brut, celui qu’il débourse.

Appelons-le salaire complet car la distinction entre « charges patronales » et « charges salariales » n’est qu’une subtilité pour noyer le poisson.

Ceci posé, un petit peu d’arithmétique simplette que même un littéraire peut comprendre :

  • salaire complet d’un salarié au SMIC : 1615 euros
  • salaire net perçu par l’employé 1204 euros
  • différence (assurances sociales) 411 euros

Coût des assurances sociales : 34 % du salaire net (celui qui entre dans nos poches et dont nous pouvons librement disposer) et 25 % du salaire complet (celui que débourse l’employeur). Ces assurances sociales sont – je vous le rappelle monsieur le Ministre  – prodiguées par l’État en situation de monopole.

Si Bruno Le Maire prendre moins à nous, nous avoir plus.

Fastoche, pas besoin de réinventer le capitalisme qui a réussi à supprimer les famines, à sortir les masses de la pauvreté et conduit à une réduction des inégalités.

En revanche, la déviance socialiste, qui consiste à nationaliser à tour de bras et à instaurer le monopole public, mérite d’être contrecarrée. Car on peut nous prendre moins et avoir des prestations aussi bonnes. C’est ce que font les pays qui nous entourent et sont épargnés par la lèpre du chômage de masse que nous connaissons.

Un monopole public haïssable

On oublie peut-être de vous dire à l’ENA que le monopole est une vilaine chose anticapitaliste.

Répétons :

— le capitalisme n’est pas mauvais et son moteur est la concurrence.

— le capitalisme est l’organisation qui vise à faire le mieux possible au moindre coût possible justement grâce au défi perpétuel de la concurrence.

— le monopole est anticapitaliste car il conduit à des prix élevés du fait de l’étouffement de la concurrence (il existe cependant quelques cas rares de monopole privé dû à l’excellence mais dans ce cas, personne ne s’en plaint).

La concurrence c’est la liberté.

Détruire la liberté d’agir, c’est détruire la possibilité et par suite la faculté de choisir, de juger, de comparer.

C’est tuer l’intelligence, c’est tuer la pensée, c’est tuer l’homme. Frédéric Bastiat

Le monopole privé est toutefois moins dangereux que le monopole public car il est assez facile à abattre : il suffit de légiférer contre celui qui étouffe la concurrence par des pratiques déloyales.

Le monopole public, en revanche, est très difficile à abattre car le législateur fait collusion avec le monopolisateur. Le législateur est en conflit d’intérêt.

Un petit exemple récent, cher Bruno Le Maire, pour cadrer mon propos et qui va vous démontrer l’inefficacité de votre Sécurité sociale.

Le rapport du magistrat Charles Prats publié fin 2019 a secoué le Sénat. « Il existe des millions de zombies dans les fichiers de la Sécurité sociale », a déclaré le rapporteur.

La Sécurité sociale est l’assureur maladie en situation de monopole public pour les salariés du secteur privé. Le cœur de métier d’un assureur, outre les calculs sophistiqués de risque et probabilité, c’est un fichier bien tenu de ses affiliés.

En général, les assureurs ne payent que leurs affiliés en règle de leurs cotisations et savent faire la chasse aux zombies. Que celui qui a été indemnisé par un assureur sans payer ses primes se fasse connaître !

Le rapport Prats a donc mis en évidence de graves erreurs dans les fichiers de la Sécurité sociale, erreurs visibles en confrontant ses chiffres à ceux d’un autre établissement public, l’INSEE. Alors là, Bruno Le Maire, mauvaise nouvelle : ça ne colle pas, mais pas du tout !

L’incompétence de la Sécurité sociale

Voici les niveaux d’erreurs de la Sécurité sociale :

  • 10,06 % pour le nombre d’individus potentiellement bénéficiaires de prestation
  • 25,26 % pour les personnes nées à l’étranger
  • 14 762 % pour les centenaires (3,1 millions pour la Sécu contre 21 000 pour l’INSEE)

Aucun assureur privé ne survivrait à de telles approximations. Il serait condamné à la faillite ou – plus probable – il aurait nettoyé ses fichiers avant de virer dans le rouge. Comme vous le voyez, Bruno Le Maire – et même si votre formation est littéraire – il existe une gigantesque possibilité d’amélioration uniquement en balayant devant votre ministérielle porte !

Charles Prats a évalué le coût des zombies – ces assurés fantômes – à « plusieurs dixaines de milliards d’euros » ce qui fait donc des « des milliers d’euros par cotisant ». Je vous rappelle que c’est notre argent : l’employeur le débourse pour payer notre travail.

La mise en concurrence de la Sécurité sociale permettrait certainement à cet organisme de revenir à une gestion moins entachée d’erreur.

Mais qui en parle du côté de votre gouvernement ?

Un moyen simple d’augmenter nos salaires

Mettre les assureurs sociaux en concurrence, briser le monopole : voilà une façon très simple d’augmenter les salaires, non ? Inutile de donner des consignes à des chefs d’entreprises. Nos cotisations de sécurité sociale (maladie, chômage, vieillesse, invalidité, accident du travail) sont les plus élevées des pays de l’OCDE. Si on en prend moins, il nous en reste plus.

J’ai envoyé mon dernier bouquin La rage de l’impôt au président Macron qui m’en a gentiment accusé réception mais il ne l’a pas lu. S’il l’avait lu, ce gouvernement ne se serait pas fourvoyé dans cette lamentable réforme des retraites qui conduit à renforcer le monopole public de l’assurance vieillesse.

Dommage, car le chapitre 6 donne des pistes sur ce que nous aurions à gagner en pouvoir d’achat ou d’épargne en instaurant le versement du salaire complet et en mettant en concurrence les assureurs sociaux et tous les risques : maladie, invalidité, accident du travail et vieillesse.

Loin de moi, cher Bruno Le Maire, de vouloir vous donner des leçons comme vous en donnez aux chefs d’entreprises, vous qui n’avez jamais embauché ou payé de salarié.

Voyez-vous, il ne s’agit pas là de théorie.

Je vous parle de ce que je connais, de ce qui m’appartient, de ce que vous me prenez puisque je n’en dispose plus.

Je vous parle de mon argent, des cotisations que je paye, que nous payons tous.

La différence entre vous et moi est que vous gaspillez de l’argent que vous n’avez pas gagné tandis que je tente d’éviter le gaspillage de ce que j’ai gagné.

À ce stade, Audiard vient hanter mon esprit : « Il y en a qui gaspillent. Il y en a d’autres qui collectent ». L’ennui, avec les politiciens actuels, c’est que gaspilleurs et collecteurs sont les mêmes ; ils gaspillent sans en subir les conséquences, ils collectent de force car ils forgent les lois qui le leur permettent.

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