Capitalisme : les quatre grandes erreurs de Bruno Le Maire

Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, prend position vis-à-vis du capitalisme. Débriefing en quatre points.

Par Nicolas Lecaussin.

Un article de IREF Europe

Dans une interview accordée au magazine Le Point (24 juillet), le ministre Bruno Le Maire affirme que « le capitalisme que nous avons connu au XXe siècle est dans une impasse ». Selon lui, « le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. Il doit avoir un sens politique et social. Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. Entre le capitalisme financier américain et le capitalisme d’État chinois, nous devons définir un capitalisme européen durable et responsable ». Ces deux adjectifs – « durable et responsable » — sont utilisés par tous les politiques français pour absolument tout et n’importe quoi, des couches-culottes à la production de l’énergie. On sait maintenant qu’il s’agit de l’assurance qu’aucune réforme importante ne sera faite. C’est le cas en particulier avec notre ministre de l’Économie. Au lieu de réformer l’économie française, baisser les impôts, les taxes et supprimer les réglementations, il veut changer le capitalisme mondial ! M. le Maire se trompe de cible et ses affirmations sont erronées.


1. En pseudo-marxiste, le ministre s’en prend au profit. Marx faisait le lien entre la lutte des classes et le profit, considérant que celui-ci est un instrument d’exploitation dans les mains de la bourgeoisie. Or, l’histoire du capitalisme a montré exactement le contraire : le profit capitalistique a créé les richesses qui ont sorti les masses de la pauvreté. S’en prendre au « capitalisme du XXe siècle » est non seulement cautionner une attitude gauchiste et idéologiquement très dangereuse mais aussi faire preuve de mépris à l’égard d’un monde qui s’est développé comme jamais dans l’histoire. À aucune autre période de l’humanité, nous n’avons été aussi riches et aussi bien portants. Et cela grâce au capitalisme et au profit.


2. Contrairement à ce que soutient M. Le Maire, les inégalités dans le monde baissent. Il en subsiste, il est vrai, d’importantes dans des autocraties comme la Russie et la Chine, ou dans des pays encore en développement comme l’Inde. Mais globalement, dans le monde, elles se réduisent, tout comme la pauvreté. Selon un rapport de la Banque mondiale, « les inégalités dans le monde sont en recul constant depuis 1990 et, bien souvent, les inégalités au sein de la population d’un même pays refluent depuis 2008 ». Toujours selon la Banque mondiale, désormais 800 millions de personnes ne disposent que de moins de 1,90 dollar par jour pour vivre, contre 1,95 milliard en 1990, alors même que la population de la planète a augmenté de 50% sur la même période. M. Le Maire devrait aussi regarder les dernières données concernant l’économie américaine qui montrent que les grands gagnants (hausse des salaires, nombre d’emplois, etc.) des réformes depuis 2016 sont, non les 1 % les plus riches, mais… les 99 % de la population restants !


3. Le capitalisme n’a pas conduit à la destruction des ressources naturelles. Au contraire. Grâce à l’innovation, de nouvelles ressources sont découvertes et de nouveaux moyens pour les extraire sont utilisés. En fait, les ressources naturelles n’ont jamais été aussi abondantes. L’exploitation du gaz et du pétrole de schiste a complètement bouleversé la donne. Au début de l’année 2018, les États-Unis avaient déjà dépassé l’Arabie saoudite et la Russie en production de pétrole, ils sont donc devenus les premiers producteurs au monde. Alors que, dans les années 1970, tout le monde craignait les humeurs des 15 membres de l’OPEC, aujourd’hui, l’Amérique est en train de briser leur domination et de s’en passer complètement. Au lieu de blâmer le capitalisme et assener des contre-vérités, M. Le Maire devrait accorder à la France la possibilité d’exploiter ses ressources en gaz et pétrole de schiste. Car dans notre pays, même la recherche est interdite !


4. Non, contrairement à ce que soutient le ministre, les régimes autoritaires ne sont pas plus nombreux aujourd’hui. En 1989, moins de 50 % de la population mondiale vivait dans des pays démocratiques contre deux tiers maintenant. Il n’y a pas plus de guerres meurtrières : on comptait en 2017 deux fois moins de morts causées par les guerres qu’au milieu des années 1980. Le mythe de l’augmentation des guerres dans le monde depuis la fin de l’URSS et du communisme est largement répandu en France et se base sur une fausse idée concernant la « stabilité » à l’époque des deux blocs d’avant 1989. En réalité, il y avait alors beaucoup plus de conflits. Ce constat erroné est également émis par l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin dans une tribune publiée par Le Figaro (29 juillet) et dans laquelle, en tant que président de l’organisation « Leaders pour la paix », il appelle à un « réveil des consciences alors que la guerre semble de retour dans nos sociétés modernes ». Le verbe « sembler » en dit beaucoup sur le caractère scientifique de cette organisation dont le siège est situé avenue Suffren…


Non, Monsieur le ministre, le capitalisme n’est pas dans une impasse. Ce n’est pas en taxant les GAFA que vous allez le « changer ». Réformez l’économie française et, vous verrez, le capitalisme va nous enrichir encore plus.

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