Non, les inégalités n’ont pas explosé

Occupy May Day By: davitydave - CC BY 2.0

Une manipulation grossière qui consiste à ne prendre en compte qu’une infime partie de la richesse : celle que l’État veut bien laisser à la disposition des citoyens.

Par Olivier Maurice.

Parmi les balivernes économiques énormes qui sont devenues des dogmes sacrés à force d’être répétées en boucle, l’accroissement des inégalités de fortune que l’on attribue au développement d’un ultralibéralisme débridé, mondialisé et financier est sans doute l’une des plus agaçantes.

Les inégalités ont explosé !

Cette imposture devient même carrément insupportable lorsqu’on utilise pour expliquer l’impérieuse nécessité d’augmenter la mainmise de l’État sur la vie de chacun, le besoin d’augmenter les impôts, l’indispensable combat pour la justice sociale que serait la régulation de l’économie…

Insupportable car elle relève d’une manipulation grossière qui consiste à ne prendre en compte qu’une infime partie de la richesse : celle que l’État veut bien laisser à la disposition des citoyens.

Imaginez une forêt. Vue de la canopée, il y a bien ici et là quelques arbres plus grands que les autres. Vue du sol, elle est composée de géants qui semblent bien tous avoir à peu près la même taille.

L’oubli (involontaire ?) du bien commun

Dans un monde où la société a pris une telle importance, il est absolument stupide de considérer comme seule différence de richesse entre les êtres humains le montant de la propriété privée sans comptabiliser la valeur de ce fameux « bien commun »  qui a été confisqué par les impôts pour être mis à la disposition de tous.

Ce raisonnement est d’autant plus inacceptable lorsqu’il est tenu par des personnes qui ne se lassent jamais de glorifier le rôle de l’État et des services rendus par celui-ci, surtout quand ceux-ci sont gratuits. L’école, les routes, les services d’urgence, l’éclairage public… seraient des richesses dont chacun pourrait disposer à volonté quand il s’agit de faire l’apologie de l’État-providence, mais qu’il faut absolument oublier quand il s’agit de considérer le patrimoine des individus : selon cette logique, l’État c’est nous, mais les services qu’il rend ne comptent pas, les rentes à vie que sont les « droits acquis » : retraite, sécurité sociale, infrastructure routière, éducation,… ont une énorme valeur qu’il ne faut surtout pas compter lorsqu’il convient de considérer les inégalités.

Cela ne gêne manifestement pas certaines personnes de considérer que le capital investi dans un fonds de pension soit une richesse personnelle alors que les droits ouverts par les régimes de retraite par répartition ne le seraient pas. Comme si la rente était différente. Comme si un euro de pension provenant d’un organisme de retraite géré par une entreprise privée faisait de quelqu’un un riche et qu’un euro provenant d’un organisme de retraite géré par l’État était invisible.

En chiffres

Le patrimoine moyen des Français est estimé à 269 100 euros.  Cela voudrait aussi dire que le 1 % des plus riches qui cumulent 144 000 milliards de patrimoine personnel posséderait 8 fois plus que tous les Français réunis. Si on ramène cela à la dimension de la planète, ce 1 % posséderait environ 50 % des richesses du monde.

Sauf que ces 269 100 euros de fortune personnelle ne tiennent compte ni du patrimoine de l’État (environ 15 000 euros si on le divise par le nombre de Français), ni du patrimoine des collectivités territoriales  (environ 20 000 euros), ni du droit de bénéficier gratuitement des services publics (dont le coût est estimé à environ 13 000 euros par an et par habitant), ni de la retraite que chaque Français percevra (en moyenne 16 700 euros par an).

Si on ramène tout cela aux 18,8 ans de durée moyenne de retraite et aux 40 ans de différence entre l’âge moyen des Français (41,5 ans) et l’espérance de vie moyenne (un peu plus de 82 ans) pendant lesquels chaque Français bénéficiera des largesses de l’État providence, on obtient un patrimoine par Français d’un peu plus de un million d’euros.

Et donc la fortune du 1 % les plus riches au monde est simplement le double de la fortune de la population française, qui contient il est vrai, quelques milliardaires. À savoir que la population française représente 1 % de la population mondiale.

Une escroquerie intellectuelle

En fait, l’affirmation entendue en boucle ne porte absolument pas sur la fortune réelle des gens, mais uniquement sur leur propriété privée.

Comme la part de création de richesse laissée aux individus ne fait que diminuer partout dans le monde (il n’y a pas qu’en France où l’État s’accapare le monopole de la gestion d’un grand nombre d’activités économiques qu’il transforme en services publics), la part productive investie par chacun dans l’épargne ne fait que diminuer, ce qui effectivement augmente les inégalités, de fortune privée, mais absolument pas les inégalités tout court.

C’est en fait un sinistre cercle vicieux : en augmentant la part de l’économie gérée par l’État, on diminue la part laissée à la propriété privée et on augmente donc mathématiquement les inégalités de propriété privée, ce qui permet de justifier la prochaine augmentation des impôts et des monopoles au nom d’une redistribution confiscatoire ne faisant qu’augmenter le problème qu’elle est supposée régler.

Vient s’ajouter à cela un autre phénomène qui amplifie encore la distorsion entre la réalité et les fadaises que l’on raconte : la dette publique doit bien être détenue par quelqu’un. Il faut bien des fortunes privées pour acheter cette dette que nombre d’États fabriquent en permanence. Il s’avère qu’en fin de compte la fameuse richesse des plus riches est surtout de l’argent prêté aux États afin que ceux-ci le redistribuent à l’ensemble de la population.

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