Les erreurs stratégiques de Philippe Martinez

Philippe Martinez aurait dû se poser en adversaire de Laurent Brun au lieu de suivre ce leader d’un autre temps, défendant bec et ongles un système de retraite SNCF déjà juridiquement condamné.

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Philippe Martinez le 14 juin 2016 by Pascal.Vandon(CC BY-ND 2.0)

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Les erreurs stratégiques de Philippe Martinez

Publié le 7 janvier 2020
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Par Patrick Aulnas.

La CGT est l’un des grands syndicats représentatifs des salariés en France.

Son poids concernant cette représentativité a été fixé à 28,56 %, contre 30,33 % pour la CFDT et 17,93 % pour FO, par l’arrêté du 22 juin 2017. La CGT négocie de nombreux accords d’entreprise et peut faire preuve d’une certaine souplesse au niveau local. Mais elle conserve une attitude d’une extrême rigidité à l’échelon national. C’est l’une des causes de son déclin relatif, puisqu’elle a été dépassée par la CFDT, qui paraît moins archaïque à beaucoup de salariés.

Pourtant, Philippe Martinez continue à se tromper de stratégie comme l’a prouvé l’année 2019.

Lutte des classes et politisation à outrance

La première erreur stratégique consiste à maintenir un discours de type « lutte des classes ». Tant au printemps 2019 (réforme de la SNCF) qu’à la fin de l’année 2019 (réforme des retraites) la CGT a adopté une posture politique et non syndicale.

Le syndicalisme consiste en effet à discuter des réformes en cours en vue de défendre des intérêts professionnels. Il ne peut en aucun cas aboutir à un ultimatum adressé au gouvernement : « Retirez votre réforme, sinon la grève se poursuit ». S’opposer ainsi à la majorité parlementaire élue, favorable à la réforme, constitue une remise en cause de la démocratie par la violence.

La CGT n’est donc plus dans l’action syndicale définie par la loi, mais dans l’affrontement politique avec la majorité élue en 2017.

Philippe Martinez semble considérer qu’il ne peut pas se comporter de façon moins radicale que les Gilets jaunes. Erreur majeure. Une organisation syndicale doit se montrer compétente et efficace. On lui demande de négocier sur des détails techniques complexes, non maîtrisés par les salariés de base, afin d’obtenir des améliorations pour ceux qu’elle représente. En se comportant comme les leaders autoproclamés et notoirement incompétents d’une fronde populaire, les dirigeants de la CGT ont gravement failli à leur mission de syndicalistes. Leur syndicat le paiera probablement cher dans les années qui viennent.

La CGT a perdu au printemps 2019 et elle va perdre à nouveau début 2020 sur la retraite par points. En se comportant en opposant à Emmanuel Macron et non en défenseur des intérêts des salariés, Philippe Martinez surfe sur une vague populiste. Il n’est plus un leader syndical mais un opposant politique.

Or, évidemment, la réforme ne peut pas être retirée puisqu’une large majorité parlementaire lui est favorable. La lutte des classes, concept hérité du XIXe siècle, vient à nouveau de montrer son inadaptation totale aux démocraties transactionnelles contemporaines.

Suivre sa base ou lui indiquer le chemin ?

La deuxième erreur stratégique de Philippe Martinez consiste à suivre les éléments les plus radicaux de la base syndicale au lieu de les marginaliser. On pourrait appliquer au dirigeant de la CGT la phrase prêtée à Ledru-Rollin lors du soulèvement populaire de 1849 contre Louis-Napoléon Bonaparte : « Il faut bien que je les suive, je suis leur chef ».

On l’avait déjà vu au printemps 2019, lors de la réforme du statut de la SNCF. Une grève intermittente, dite parfois « perlée », avait abouti à un échec en rase compagne pour la CGT. La réforme avait été votée par la majorité parlementaire après quelques concessions. La position des cégétistes les plus radicaux, adoptée à l’échelon national, avait conduit à l’échec. La réforme s’applique désormais et les embauches à la SNCF ne se font plus selon l’ancien statut.

La CGT a reproduit aujourd’hui le même scénario avec la réforme globale de la retraite par points. L’opposition radicale vient principalement des conducteurs de trains, qui cherchent à maintenir une retraite à 52 ans payée par les contribuables français. Ils sont peu nombreux, mais disposent d’une forte capacité de nuisance. Philippe Martinez semble suivre la ligne de Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-cheminots, qui s’imagine que nous sommes encore en 1995.

Bernard Thibault, au même poste, avait bénéficié à cette époque de sa victoire contre le gouvernement Juppé pour devenir ensuite secrétaire général de la CGT. On voit mal, un quart de siècle plus tard, le communiste stalinien Laurent Brun obtenir la même réussite.

Philippe Martinez aurait dû se poser en adversaire de Laurent Brun au lieu de suivre ce leader d’un autre temps, défendant bec et ongles un système de retraite SNCF déjà juridiquement condamné puisque les embauches au statut ont cessé. Il s’agit bien de défendre les avantages de quelques-uns, presque des privilèges de classe, comme le faisaient les vieux apparatchiks de l’URSS disparue.

 

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  • et la vraie question est : la cgt va elle gagner malgré les erreurs stratégiques.? .

    erreurs peut être , capacité de nuisance pourtant importante.

    la cgt va perdre…à terme..car le système actuel ne PEUT pas perdurer.

  • si le statut de la sncf n’est plus propagé aux nouvelles embauches , la capacité de nuisance syndicale reste/..au moins pour 60 ans la meme
    on voit bien aujourd’hui qu’avec une poignée de grévistes (soit conducteurs soit contrôleurs ou les aiguilleurs..) on bloque le pays..

    la solution va venir de la concurrence, c’est le seul moyen.. mais on en pas fini avec la dictature syndicale.. tant que celle ci sera autorisée avec les personnels sous statuts qui considèrent que l’entreprise d’etat est leur propriété!
    C’est le contrat de travail qu’il va falloir changer!

  • « Son poids concernant cette représentativité a été fixé à 28,56 %,  »

    En réalité, la CGT a eu 25% des votes aux élections qui ont 80% d’abstention soit une représentativité réelle de 5%.

    Le taux de syndicalisation global en France est de 8%.

    « Le syndicalisme consiste en effet à discuter des réformes en cours en vue de défendre des intérêts professionnels. »

    Non, en France, le syndicalisme consiste à bloquer un système qui vous déclare représentatif par décret, tout changement ne pouvant que nuire à cet avantage concurrentiel artificiel.

  • Le problème c’est que ces syndicats CGT, Sud, etc. n’agissent pas comme des partenaires sociaux et ne devraient en avoir ni le titre, ni ces pouvoirs aussi exorbitants. Ils agissent comme une mafia, défendent une petite caste, le tout avec un discours revolutionnaire de 1917 !

  • On peut aussi imaginer que Ramirez a parfaitement intégré le fait que le système de retraite privilégié de la SNCF et RATP est effectivement condamné et qu’il prépare le terrain pour obtenir de plus larges avantages au moment de discuter la convention professionnelle nouvelle à venir.. auquel cas il simulerait une posture politique extrême pour mieux remplir effectivement ensuite sa mission de revendication professionnelle.

  • Tant que l’état versera 5 G€ de subventions aux syndicats, l’incendie continuera ; pompiers pyromanes…

  • Martinez est, comme un certain nombre de politiques, complètement « hors sol » et plongé dans la plus grande démagogie, car son premier souci est de se faire réélire. Quant à l’intérêt général, c’est le cadet de ses soucis…

  • La CGT est elle même une Erreur.
    C’est le résidu du bras armé du Stalinisme version française. Le Leader de ce groupuscule NazoGocho est aussi une sorte de monstre comme peut en engendrer une nature déréglée.

  • J’espère que ce Mr Martinez , par solidarité , se met en grève et refuse son salaire…..se mettre dans la tête d’un tel individu me semble impossible de là a lui donner des conseils ….

  • Je trouve qu’on parle trop de la CGT à l’occasion decette reforle, et pas assez de tous les autres organes de la société civile qui s’y opposent.
    L’action de ce syndicat est sabs doute forlellement anti-démocratique », mais dire cela part de l’affirmation que nous sommes en démocratie. Ce qui est de plus en plus contestable. Et même pervers, puisque en s’opposant à la CGT nous serions amenés automatiquement à défendre un gouvernement qui est tout, sauf démocratique.

  • Tant mieux, il faut absolument qu’il reste à la tête de la CGT !

  • Oui, mais Martinez n’est pas thibault ni son second de l’époque devenu TPG qui donnait de la CGT une image dépoussiérée et plus responsable (ou moins irresponsable).
    Hélas, SUD et la base n’ont pas favorisé cette évoultion!

  • Il est évident que les syndicats, en France, sont, CGT en tête, des bras armés politiques (de Gauche) et non des représentants professionnels des salariés. Sauf que, ils sont aujourd’hui les seuls capables de s’opposer à « l’Etat » qui, lui même ne représente plus vraiment les citoyens (ou en tout cas les citoyens ne se sentent plus vraiment représentés par lui). D’où l’ambiguïté. (dont d’ailleurs celle exprimée par l’opinion publique). Les syndicats ont quand même permis (suscité) un débat, et surtout un minimum d’explications sur un « paquet » obscur que l’on a essayé de nous balancer sans que nous ayons les moyens de le comprendre réellement ni d’en mesurer les conséquences (si tant est d’ailleurs que l’Etat les ait mesurées?). Le problème est que les syndicats sont tombés ( consciemment ou pas) dans le piège du chiffon rouge des régimes spéciaux (SNCF ..) qui ne sont que le bouquet d’arbres qui cache la forêt.

  • La CGT étant depuis 1945 un syndicat de saboteurs ayant pour but d’offrir la France à l’Armée Rouge, elle utilise depuis l’effondrement de l’URSS sa capacité de nuire pour obtenir des avantages indus. La CGT ne sert qu’à cela, comme tous les syndicats devraient-on dire, comme l’a si bien démontré Ludwig VON MISES dans « L’Action Humaine »…

    • Oui! vous avez raison. Sauf que ce n’est pas parce que nous avons de mauvais syndicats qu’il faut supprimer les syndicats. Ce n’est pas parce que votre boulanger est mauvais qu’il faut supprimer les boulangers. Il faut agir pour qu’un « bon » boulanger vienne s’installer à la place ou à côté.

    • votre commentaire peut s’appliquer, en changeant les noms exactement aux gvt actuel

      • tous les gouvernements ont besoin alternativement soit des cocos soit de l’extrême droite, et ne survivent que grâce à eux.
        Imaginez un instant ces deux éléments disparus, il ne reste plus rien ni personne.

  • Quand les communicants du gouvernements et accessoirement les media vont renommer cette grève non « contre la réforme des retraites » mais « POUR LA DEFENSE DES REGIMES SPECIAUX »

    ça parlerait un peu plus, non?

    • Ce que je vois c’est que les régimes spéciaux déficitaires ( SNCF, RATP, Artistes, Opéra etc..vont garder en grande partie leurs avantages et rester à la charge des contribuables et que les régimes spéciaux bénéficiaires (avocats etc..) vont manger leur chapeau. Main basse sur le Grisby.

  • Pour que Martinez soit un exemple pour sa « base », il faudrait qu’il soit intelligent, ce dont je doute fortement. La grosse différence par exemple en Allemagne, c’est que les dirigeants des syndicats sont des gens qui sont formés, et qui essaient de construire.
    Les syndicats Français sont dans l’ensemble dirigés par des abrutis incompétents, qui ne font que s’opposer car ils sont trop bêtes pour imaginer autre chose !

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