Alors, la réforme des retraites, vous êtes POUR ou CONTRE ?

Une manifestation contre la réforme des retraites en 2010 à Lens by Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Il y a fort à parier que la réforme, maintenue ou abandonnée, laisse de côté l’essentiel : que ce sont les cotisants qui doivent avoir le choix et la maîtrise intégrale de leur retraite.

Par Nathalie MP.

Ah, la France et son précieux modèle social ! Du déficit, de la dette, du chômage, du pouvoir d’achat qui fait grise mine, des impôts qui caracolent, des statuts privilégiés et des régime spéciaux de retraite dans le secteur public… Mais que personne, jamais, ne s’avise d’y toucher ! La « casse sociale » ne passera pas ! Toute la planète syndicale anticapitaliste y veille, avec en prime l’espoir de reprendre la main sur une contestation qui s’était échappée un temps en direction des Gilets jaunes.

Voilà donc le pays encore une fois au bord de la crise de nerfs, encore une fois dans la rue, encore une fois dans le rapport de force syndical, les blocages, les TGV à l’arrêt et les vitrines cassées, pour s’opposer de toutes ses forces à une réforme des retraites dont les contours s’avèrent un peu plus brumeux tous les jours.

Le système universel par points que le gouvernement se flatte d’instaurer à partir de 2025 en remplacement des 42 régimes actuels n’est certes pas une surprise pour les Français puisque c’était l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Parler de « régime universel » était du reste une idée assez habile pour parvenir à une réforme des retraites tout en surfant sur l’égalitarisme névrotique des Français.

D’une part, on donne ainsi l’impression qu’on « simplifie » un système qui brille par sa complexité et son opacité – qui serait contre un peu plus de clarté ?

Et d’autre part, plutôt que de stigmatiser nommément les avantageux régimes spéciaux du secteur public et ne faire porter la réforme que sur leur cas particulier, la formule permet de les intégrer à un schéma réputé applicable à tous donc merveilleusement équitable, dont, espère-t-on, ils auraient mauvaise grâce de se plaindre – sauf à vouloir absolument mettre en évidence que leur seule et unique préoccupation consiste à conserver leurs privilèges au prix de 8 milliards d’euros d’impôt prélevés chaque année auprès de tous les Français pour équilibrer ces régimes. Pas très solidaire, tout ça.

Sauf que la « simplification » envisagée a montré ses effets pervers en permettant à l’État, dont on connaît les fabuleuses prouesses en gestion des deniers du contribuable, de faire main basse sur les excédents des régimes complémentaires des indépendants – avocats, pharmaciens, etc. Autrement dit, l’universalité consiste en l’espèce à faire entrer dans le désolant giron étatique des régimes autonomes intégralement financés par leurs cotisants, lesquels non seulement ne s’en plaignent pas mais souhaitent absolument conserver leur complémentaire par capitalisation pour avoir accès à de meilleures retraites.

Et sauf qu’entre les promesses de campagne selon lesquelles « le problème des retraites [n’était] plus un problème financier » et la réalité sonnante et trébuchante, a surgi un déficit global du système actuel estimé entre 8 et 17 milliards d’euros à l’horizon 2025 (à législation inchangée mais selon différents scénarios économiques).

Le projet original se donnait pour ambition de fondre nos 42 régimes en un seul avec transformation des annuités actuelles revalorisées sur les prix en points revalorisés sur les salaires. Mais à part ça, on gardait le système par répartition et l’âge légal de départ en retraite de 62 ans.

Avec l’irruption du déficit dans l’équation, rester dans le système par répartition signifie obligatoirement qu’il devient nécessaire de faire ce qu’ont fait tous les gouvernements précédents, à savoir jouer sur l’un ou l’autre des paramètres classiques de la retraite. Il n’y en a pas cinquante : on parle bien sûr de l’âge légal de départ, de la durée de cotisation, du montant des cotisations et du montant des prestations.

Aussi, ce qui devait n’être qu’une réforme « systémique » a pris des allures « paramétriques » d’autant plus inquiétantes qu’à l’heure où les manifestants (nombreux, apparemment) sont dans la rue, on ne sait toujours pas quelles sont les propositions concrètes du gouvernement.

Il est franchement comique d’apprendre en plein « 5 décembre » de grève et de manif que le Premier ministre envisage de nous livrer enfin un projet, ou du moins une « architecture générale » d’ici la fin de « la semaine prochaine ». Cher Édouard, on ne voudrait pas vous déranger, mais effectivement, s’il était possible d’en savoir un peu plus…

Pas étonnant, dans ces conditions particulièrement floues, que les Français soient nombreux à s’inquiéter de ce qui se prépare.

Un sondage Odoxa pour France Info et Le Figaro publié le 4 décembre, soit la veille du début des grèves, indiquait que pour 68 % des personnes interrogées, la grève était justifiée, sentiment partagé par toutes les catégories de la population et dans tous les partis d’opposition. Même les sympathisants LREM sont 32 % à soutenir le mouvement. Pour le parti au pouvoir, ça commence à faire beaucoup.

Or parmi les raisons du soutien aux grévistes, le manque de clarté du gouvernement est déterminant (89 %), suivi de près par la crainte de devoir travailler plus (85 %) et l’hostilité globale envers le gouvernement (80 %). La protection des régimes spéciaux motive nettement moins (58 %). Un sondage réalisé la semaine dernière par le même institut montrait même que 66 % des Français étaient favorables à un alignement des régimes de retraite donc à la fin des régimes spéciaux.

Quel ratage du gouvernement ! Chaque jour qui passe voit l’opinion se raidir bien au-delà des cercles habituels de l’ultra-gauche hyper-collectiviste qui ont, les premiers, appelé à la grève et qui ne connaissent qu’une seule forme de solidarité et de justice : ponctionner sans fin la richesse produite pour financer sans fin un secteur public pléthorique, privilégié et fort peu productif.

Pour ma part, il m’est tout à fait impossible de soutenir une grève largement alimentée par des syndicats marxistes archaïques, abusivement campés sur leurs privilèges et dont le pouvoir de nuisance constitue finalement le seul argument.

Mais il m’est tout aussi impossible de soutenir une réforme des retraites qui se refuse si obstinément à voir ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Avec la montée au créneau des régimes autonomes, qui eux se battent non pas pour conserver des privilèges payés par les autres mais pour voir prospérer ce qu’ils ont construit par eux-mêmes avec succès, on commence pourtant à avoir une bonne idée de ce que pourrait être un système de retraite moderne et performant : au-delà d’un système de base géré par l’État, mais sans obligation d’y adhérer, la possibilité pour tous, mais sans obligation non plus, d’accéder soit individuellement, soit par profession, soit par entreprise, à des régimes complémentaires par capitalisation gérés de façon indépendante au plus près des intérêts des cotisants.

Dès lors, les pensions ne dépendraient plus intégralement des décisions comptables de l’État, les retraités ne seraient plus à la merci exclusive des pouvoirs publics pour boucler leurs fins de mois et les contribuables ne seraient plus mis en demeure de financer les régimes spéciaux de ceux qui vocifèrent le plus dans la rue.

Je crains hélas que ce conflit ne connaisse que deux issues :

  • Soit le gouvernement, fort de sa théorie sur le « courage » qu’il y a à réformer dans l’impopularité, fait le dos rond et maintient son projet de retraite universelle – à condition de le définir complètement, ce qui n’est pas encore acquis.

De la même façon qu’il a mis fin au recrutement au statut des cheminots au sein d’une réforme de la SNCF par ailleurs des plus superficielles, il pourra toujours se prévaloir d’avoir mis fin aux régimes spéciaux.

  • Soit, face à l’importance de la mobilisation, il accepte de faire un certain nombre de concessions pour échapper à l’accusation d’être le principal responsable de l’enlisement en cas de poursuite des grèves. Elles sont d’ailleurs déjà à l’étude. On parle notamment du report de la date de bascule bien au-delà de 2025 et du renoncement à équilibrer les comptes dans l’immédiat.

Des concessions qui pourraient éventuellement prendre l’allure d’un retrait en douceur de la réforme, même si la communication gouvernementale aura à cœur de nous expliquer à quel point Emmanuel Macron « garde le cap ».

Sur le papier, on aura donc « réformé les retraites » exactement comme on a réformé le Code du travail et comme on a réformé la SNCF. Qui voudra, qui osera y revenir ? Et pourtant, même en supposant la fin des régimes spéciaux, l’État restera l’acteur discrétionnaire et incontournable de nos retraites et l’essentiel aura été écarté.

L’essentiel ? Cette idée saugrenue mais efficace que ce sont les cotisants qui doivent avoir le choix et la maîtrise intégrale de leur retraite. Ce n’est ni ultra ni sauvage, c’est responsable et juste. Et ça s’appelle libéralisme.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.