Investissement ou rigueur budgétaire : le faux dilemme d’Emmanuel Macron

French President by Amaury Laporte(CC BY-NC 2.0) — Amaury Laporte, CC-BY

S’il suffisait aux États d’augmenter leur déficit et leur dette pour investir et gagner de la croissance, la France serait le pays où la croissance devrait être la plus forte du monde. Mais ça n’est pas le cas.

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

Dans une interview donnée au magazine britannique The Economist, Emmanuel Macron s’en est pris à la règle budgétaire européenne qui proscrit un déficit supérieur à 3 % du PIB. Cette dénonciation n’est pas anodine. Elle acte le fait qu’Emmanuel Macron renonce à l’assainissement des finances publiques. On peut donc s’attendre à une absence de réformes structurelles au moins jusqu’à la fin du quinquennat.

La règle des 3 % a-t-elle un sens ?

Pour la classe politique, le déficit public est un moyen d’acheter les voix présentes en hypothéquant l’avenir des contribuables futurs qui n’ont par définition pas encore le droit de vote. Faute de courage pour baisser la dépense publique ou augmenter les impôts donc révéler le vrai coût de l’État, le déficit et l’endettement répercutent le coût des errements sur les générations à venir.

Ainsi s’explique l’endettement actuel des administrations publiques françaises (Figure 1). Notons que les déséquilibres budgétaires français font de plus en plus figure d’exception dans un contexte où de nombreux États adoptent des politiques plus équilibrées.

Figure 1 : équilibres budgétaires et dette des administrations publiques des États de l’Union européenne entre 2015 et 2018

Le déficit n’est pas seulement une entorse faite à la fiction du consentement à l’impôt. Il est aussi indésirable dans la mesure où il détourne l’épargne des contribuables à des fins improductives. En effet chaque euro emprunté sur le marché des capitaux pour financer les administrations publiques est un euro en moins au service de l’investissement dans les secteurs d’avenir. Il n’y a donc aucune raison d’opposer l’assainissement des finances publiques à l’investissement comme le fait Emmanuel Macron.

Bien sûr, cette réduction des déficits n’est utile que si elle s’effectue par la diminution de la dépense publique. Le problème de la règle des 3 % est qu’elle ne préjuge pas de la manière d’équilibrer les comptes publics. C’est pourquoi de nombreux gouvernements ont recours aux hausses d’impôts. De telles mesures dénaturent l’impératif de réduction des déficits publics puisque l’augmentation des impôts équivaut à accroître la part de ressources détournées par l’appareil d’État et qui auraient pu rester entre les mains du secteur privé.

La dépense publique au service de la croissance économique ?

Le renoncement à l’assainissement des finances publiques n’est pas seulement une mauvaise nouvelle économique. Elle est aussi délétère pour la crédibilité politique de la France auprès de ses partenaires de la zone euro. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur le prétendu manque de mutualisation budgétaire, la crise de la zone euro a poussé les États du Nord à faire de nombreuses concessions. Le mécanisme européen de stabilité et les politiques monétaires de la Banque centrale ont de facto conduit les contribuables des États rigoureux à apporter leur caution aux errements budgétaires des États du Sud, et cela au mépris des premières règles budgétaires européennes.

En contrepartie, les États du Sud étaient invités à se montrer plus rigoureux et à mettre en œuvre des réformes structurelles. Mais comme on pouvait s’y attendre, les instruments européens de mutualisation des risques financiers ont plutôt généré un aléa moral. Profitant de la garantie des États les plus solvables et des taux d’intérêts artificiellement bas, des pays comme la France sont aujourd’hui incités par une foule de commentateurs à renoncer à la bonne gestion et aux réformes. Nul doute que ce n’est pas en trahissant la confiance des pays vertueux que la France retrouvera un rôle de leadership en Europe.

Pour excuser son laxisme, Emmanuel Macron se cache derrière l’impératif de la croissance économique qui devrait être soutenue par la dépense publique des États qui disposent des marges de manœuvre budgétaires nécessaires.

L’écueil de ce raisonnement tient au fait que les États n’ont pas le pouvoir de décréter la croissance économique. Au mieux peuvent-ils se substituer aux décisions des ménages et des entreprises en matière d’investissement. Encore faut-il que le personnel politique démontre sa capacité à réaliser des investissements plus productifs que le secteur privé. Voilà qui s’annonce compliqué. D’ailleurs, s’il suffisait aux États d’augmenter leur déficit et leur dette pour investir et gagner de la croissance, la France serait le pays où la croissance devrait être la plus forte du monde. Mais ça n’est pas le cas.

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