Élection canadienne 2019 : le règne de Trudeau est-il déjà terminé ?

Jim and Justin by Mike Gifford(CC BY-NC 2.0) — Mike Gifford, CC-BY

En naviguant à travers des situations politiquement impossibles et en commettant quelques bourdes, Trudeau s’est mis à dos les premières nations, les environnementalistes, les industriels de l’ouest, les artistes, les agriculteurs et les populations rurales effrayées par l’immigration.

Par le Minarchiste.

À la même époque il y a quatre ans, Justin Trudeau était classé troisième dans les intentions de vote et les Canadiens s’apprêtaient à élire Thomas Mulcair comme Premier ministre, alors que bon nombre de gens en avaient assez de Stephen Harper.

Ce fut tout un revirement de situation lorsque Trudeau remporta l’élection. S’en est suivi une période de lune de miel avec la population et les médias internationaux. Le retour d’un libéral progressiste au pouvoir signifiait davantage d’attention portée à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique, moins d’austérité, davantage de redistribution fiscale, de financement de la culture, d’implication dans les institutions internationales et surtout, un Premier ministre plus jeune, plus dynamique et avec plus d’entregent que Stephen Harper. Trudeau amenait un vent de multi-latéralisme dans un monde de plus en plus fermé et protectionniste.

Suite à son élection, on aurait pu croire qu’il allait s’installer au pouvoir pour trois mandats. Mais à l’aube de l’élection 2019, rien n’est moins sûr…

L’Inde et l’Aga Khan

L’une des bourdes les plus spectaculaires de « M. Selfie » fut son voyage familial en Inde, où il fut photographié dans des costumes folkloriques locaux, se couvrant de ridicule. Il fut accueilli à l’aéroport par un ministre junior du cabinet Modi, un signe de non-respect.

Ce voyage a permis à la population de constater à quel point Trudeau est un personnage narcissique cultivant davantage son image que ses compétences. Il ne faut pas oublier que sa seule expérience professionnelle a été l’enseignement dans une école secondaire.

Source : https://minarchiste.wordpress.com/2019/10/07/election-canadienne-2019-le-regne-de-trudeau-est-il-deja-termine/

Il y a également eu l’épisode Aga Khan : en décembre 2016, ce dernier a accueilli la famille Trudeau à son domicile, sur son île privée des Antilles. Il aurait pu s’agir du cadeau d’une fondation inscrite au registre des lobbyistes.

En 2017, la commissaire fédérale aux conflits d’intérêts et à l’éthique concluait que dans cette affaire, M. Trudeau avait contrevenu à quatre articles de loi. En incluant les coûts liés à la sécurité, ces vacances ont coûté plus de 215 000 dollars aux contribuables canadiens…

Puis, cerise sur le gâteau, ces photos de black face, où alors qu’il était plus jeune, M. Trudeau apparaît grimé en homme noir. Ces photos ont davantage choqué ses adversaires politiques que les personnes de couleur, qui ont affirmé qu’il n’y avait rien de mal à cela, mais il a néanmoins reculé dans les sondages d’intentions de vote.

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Politique étrangère

L’élection de Donald Trump a aussi eu un gros impact sur la politique étrangère du cabinet Trudeau. Le président américain a voulu renégocier l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ce qui aurait pu avoir des conséquences désastreuses pour l’économie canadienne. Trudeau en a confié la négociation à sa ministre Chrystia Freeland, une ancienne journaliste qui ne semblait pas faire le poids face à ses homologues, des hommes d’affaires aguerris.

Pour obtenir un nouvel accord, Trudeau a dû faire un compromis permettant de préserver la gestion de l’offre de l’industrie laitière Québécoise, tout en concédant une plus grande ouverture aux produits américains. Il s’est tout de même mis à dos les agriculteurs du Québec, même si au final, ceux-ci continueront d’engranger des revenus gonflés sur le dos de la population.

Il ne faut pas oublier que Trudeau a aussi signé le partenariat trans-Pacifique et l’Accord Canada-Union européenne. Trois traités de libre-échange majeurs en un seul mandat, ce n’est pas banal !

Mme Freeland a aussi déclenché un tollé avec l’Arabie Saoudite en exigeant la libération de Samar et Raïf Badawi. L’Arabie Saoudite a rapatrié son ambassadeur d’Ottawa ainsi que tous ses étudiants étrangers et a mandaté ses pirates informatiques pour lancer de fausses nouvelles sur les médias sociaux canadiens, concernant notamment la souveraineté du Québec.

D’ailleurs, Trudeau n’est pas intervenu sur les contrats d’armement entre des entreprises canadiennes et l’Arabie Saoudite (signés grâce à une entourloupe du gouvernement conservateur précédent), qui utilise ces armes pour opprimer les opposants et minorités de ce pays et mener une guerre au Yemen.

Ce fut ensuite au tour de la Chine d’être froissée par le Canada, lorsque Trudeau a décidé de procéder à l’arrestation d’une dirigeante de Huawei à Vancouver, à la demande des États-Unis. C’était une position extrêmement délicate pour le Premier ministre canadien ; quellle que soit sa décision, il allait froisser l’une des grandes puissances de ce monde. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement chinois détient depuis plus de neuf mois deux Canadiens sous de faux prétextes pour mettre la pression sur le Canada et éviter l’extradition aux États-Unis de la dirigeante de Huawei.

Immigration

L’un des obstacles le plus important à la ré-élection de Trudeau est le sentiment anti-immigration voire xénophobe qui s’amplifie dans la plupart des pays développés, incluant le Canada. La décision de Trudeau d’accueillir 25 000 réfugiés syriens a été mal perçue en milieu rural, et a été récupérée par les partis politiques populistes de droite.

Le Premier ministre canadien s’est opposé à la loi sur la laïcité de l’État adoptée par l’Assemblée nationale du Québec. Le gouvernement fédéral ne contestera pas cette loi, mais il est peu probable qu’elle passe le test de la constitutionalité en Cour Suprême. Trudeau est perçu comme étant opposé à la laïcité de l’État, ce qui lui nuit au Québec.

Il faut néanmoins reconnaître qu’avec le vieillissement de la population et les pénuries grandissantes de main-d’œuvre, l’immigration a un impact économique essentiel. Il est dans l’intérêt économique du Canada d’être un pays accueillant et tolérant.

Environnement

Trudeau a signé l’Accord de Paris en décembre 2015, mais personne ne croit que ses politiques actuelles permettront d’atteindre ces objectifs. Cependant, avec sa taxe carbone, aussi faible soit-elle, Trudeau s’est mis à dos une bonne partie de la population de l’ouest du pays.

Le plus gros défi environnemental de Trudeau a été le projet d’expansion de l’oléoduc TransMountain. Ce pipeline devait permettre aux producteurs canadiens d’exporter leur pétrole en Asie et obtenir 30 % de plus que le prix obtenu aux États-Unis. Ce projet est évidemment dans l’intérêt du pays, en permettant de créer de la richesse et d’augmenter les revenus issus de taxation, d’imposition et de royautés percus par le gouvernement.

Cependant, face à d’insurmontables obstacles politiques, l’entreprise Kinder Morgan a dû abandonner le projet. Devant cet ultimatum, le cabinet Trudeau a pris une décision difficile, celle d’acquérir le projet pour 3,5 milliards de dollars. Je suis généralement défavorable à ce genre de transaction, mais il faut tout de même concéder que ce projet est critique pour l’économie canadienne. S’il voit le jour, le gouvernement pourra le revendre avec une forte plus-value.

Par contre, avec ce projet, Trudeau s’est mis à dos les populations de Colombie-Britannique (lieu de chargement) et du Québec (généralement anti-pétrole), ainsi que tous les groupes environnementaux qui souhaitent que les sables bitumeux cessent d’être développés, voire même que leur production soit arrêtée.

Comme je l’expliquais dans le passé, étant donné que les Canadiens, Américains et Asiatiques continuent à consommer du pétrole pour encore de nombreuses années, il est préférable que ce pétrole provienne du Canada plutôt que d’ailleurs.

Devant les difficultés financières rencontrées par l’industrie pétrolière et gazière canadienne du fait du manque de pipelines et de la chute de leurs prix, le gouvernement fédéral a annoncé une aide gouvernementale évaluée par les environnementalistes à 1,6 milliard de dollars. Cependant, cette aide étant majoritairement attribuée sous forme de prêt, la somme ultimement assumée par les contribuables ne sera qu’une fraction de ce montant. Cette aide a tout de même nui à Trudeau auprès des électeurs plus sensibles à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique, pour lesquels les sables bitumineux signifient « game over for climate ».

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SNC-Lavallin

Le plus important revers politique de Justin Trudeau a sans doute été le dossier SNC-Lavalin. Les dirigeants corrompus de cette firme n’y œuvrent plus depuis longtemps et les actionnaires ayant profité des bonnes années de corruption ont été lessivés. Il est donc fortement de l’intérêt des Canadiens de ne pas poursuivre la firme au pénal car cela l’excluerait de nombreux contrats publics, et notamment au Canada, mais plutôt de lui imposer une amende significative, pratique commune à la plupart des pays dans des cas similaires.

Cependant, au grand malheur de Trudeau, le procureur général Judy Wilson-Raybould s’obstinait à vouloir poursuivre la firme, incitant sans doute Trudeau à lui mettre la pression, ce qui est illégal.

En fait, Trudeau aurait pu simplement la congédier, ses agissements démontrant un mépris pour l’intérêt du pays, mais cela aurait été mal vu politiquement car Wilson-Raybould est une autochtone. Trudeau a donc préféré utiliser des canaux de communications indirects pour fermement exprimer son opinion, ce qui a fini par lui revenir en pleine face suite aux sorties médiatiques de Wilson-Raybould, qui s’est habilement déguisée en martyre.

Trudeau a fait ce qu’il convenait pour sauver un fleuron canadien, de nombreux emplois de professionnels hautement compétents et un siège social situé au Québec, mais il s’y est pris de la mauvaise façon…

Avec la décision d’acquérir le projet TransMountain et cet épisode avec Mme Wilson-Raybould, il s’est mis à dos bon nombre d’électeurs des premières nations.

Économie

Le taux de chômage est à un creux historique et l’économie semble à son plein potentiel avec une croissance du PIB réel atteignant récemment les 3,7 %. Il s’est créé 1,2 million d’emplois au Canada depuis le début du mandat de Trudeau, une excellente performance.

Par contre, le gouvernement Trudeau a dépensé énormément et génère un déficit fiscal équivalent à 1 % du PIB. Ce déficit pourrait passer à 3 % si une récession survenait ; ne serait-il pas plus sage d’être à l’équilibre budgétaire lorsque l’économie est au plein-emploi ?

Pas pour un politicien qui cherche à être ré-élu ! Au mois d’août seulement, Trudeau a annoncé des dépenses totalisant 12,8 milliards de dollars, soit neuf fois plus que Stephen Harper avant l’élection de 2015.

Il y a eu aussi l’épineux dossier Netflix. La ministre vedette du cabinet Trudeau, Mélanie Joly, avait proposé de ne pas taxer ce genre de plateforme, soulevant l’ire de la population qui y a vu une injustice flagrante. Joly s’est par la suite vue confier un autre portefeuille. Cette injustice n’a toutefois pas encore été corrigée.

Conclusion

Trudeau se retrouve présentement à égalité avec le conservateur Andrew Sheer dans les intentions de vote, une situation surprenante lorsqu’on se souvient de la période de lune de miel observée en 2016…

En naviguant à travers des situations politiquement impossibles et en commettant quelques bourdes, Trudeau s’est mis à dos les premières nations (Wilson-Raybould et pipeline TMX), les environnementalistes (pipeline TMX, taxe carbone trop faible et support à l’industrie pétrolière), les industriels de l’ouest (taxe carbone), les artistes (taxe Netflix), les agriculteurs (accords de libre-échange) et les populations rurales effrayées par l’immigration.

Et aussi les gouvernements de Russie, de Chine et d’Inde, qui tenteront probablement de pousser le vote conservateur à l’aide de leurs pirates informatiques.

Il semble que les seuls qui le soutiennent soient les consommateurs de cannabis, que Trudeau a enfin légalisé, une décision courageuse puisque le Canada se retrouve en violation de plusieurs accords internationaux sur la lutte anti-drogue. Mais cette fois, ceux-ci seront moins incités à se présenter aux bureaux de vote ; tout comme ceux qui ont bénéficié de la loi sur l’euthanasie, adoptée durant son mandat.

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