Cannabis récréatif au Québec : l’État veut concurrencer le marché noir… et n’y arrive pas

Peeking at Pluto by Jurassic Blueberries (CC BY 2.0) — urassic Blueberries , CC-BY

Le Canada devient le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif. Au Québec, l’État a le monopole de la vente. Et comme prévu, cela se passe mal.

Par Miguel Ouellette, depuis le Québec.

Le mercredi 17 octobre 2018, le Canada a marqué l’histoire. Il est devenu le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif. Des dizaines, voire des centaines de médias internationaux ont couvert ce moment haut en couleur. Plusieurs groupes ont salué l’initiative du gouvernement Trudeau en évoquant les principes de libertés individuelles.

Au Québec, l’État a le monopole de la vente de cannabis

Toutefois, au Québec, la situation n’est pas si rose. Le gouvernement précédent a décidé de confier à l’État le monopole de la vente du cannabis. Plusieurs autres provinces du Canada, dont l’Alberta, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique, se sont tournées vers le secteur privé. Malheureusement pour nous, ici au Québec, c’est David contre Goliath : l’État québécois tente de concurrencer le vaste marché noir qui est déjà très bien établi et lucratif.

Malgré tous les comités consultatifs, les études commandées par le gouvernement et le temps de préparation, la Société québécoise du cannabis (SQDC) était déjà en rupture de stock à la première journée d’opération. En plus des files d’attente démentielles présentes dans tous les magasins de la province, le site web de la SQDC prévoyait des retards de livraison.

Fait cocasse, une partie de ce délai de livraison est attribuable au fait que Poste Canada, une société d’État canadienne dédiée à la livraison de colis, soit en grève depuis plusieurs jours. Êtes-vous surpris ?

La pénurie de cannabis légal était facilement prévisible. Alors que l’Alberta compte deux fois moins d’habitants que le Québec, plus de 250 magasins privés seront ouverts cette année. Au Québec, la SQDC en ouvrira moins de 20. Pourtant, un des principaux objectifs de notre gouvernement est de combattre le marché noir afin de protéger les consommateurs.

Et l’État amplifie le marché noir…

Puisque l’offre de cannabis légal n’arrivera pas à combler la demande dans le court et moyen terme, le marché noir continuera à prendre de l’ampleur.  Quelques jours avant la légalisation, des journalistes mentionnaient que les vendeurs de cannabis illicite avaient drastiquement diminué leurs prix afin de faire face à la concurrence du nouveau monopole d’État, rendant sa tâche encore plus ardue. Pour l’instant, les prix de la SQDC oscillent aux alentours de 5,25 $ le gramme, tandis que sur le marché noir, les prix se situent généralement entre 4 et 5 $.

La SQDC ne jouit pas de la même flexibilité et capacité d’adaptation que le marché noir. Sa structure et la grande centralisation de ses opérations ne lui permettent pas d’être aussi efficace. De plus, à peine une semaine après l’ouverture des succursales, des centrales syndicales mettaient de la pression sur les employés pour qu’ils se syndiquent. Tout pour mettre des bâtons dans les roues de cette société d’État qui tente de s’adapter rapidement à la concurrence.

Lorsque l’État décide d’interdire un produit, de mettre sur pied un monopole d’État qui ne réussit pas à combler la demande ou d’exagérer sur les taxes sur certains produits, les agents économiques savent s’adapter en transigeant entre eux, créant un marché noir. Ce qui est vrai dans d’autres domaines est aussi valide pour ce qui concerne le cannabis.

En confiant le monopole de la vente de cannabis à la SQDC aux frais des contribuables, le gouvernement force simplement le marché noir à innover et à trouver des façons de diminuer leurs prix. De nombreux produits dérivés du cannabis ne sont même pas disponibles à la SQDC, forçant les consommateurs à trouver un autre approvisionneur.

Libéraliser le marché, la seule solution

Notre gouvernement aurait dû imiter les autres provinces en libéralisant ce marché tout en implantant une réglementation cohérente et rationnelle quant à la qualité des produits. Pourquoi les restaurants, magasins de vêtements, pharmacies et bars sont en mesure de nous offrir des produits de qualité, mais que les entreprises privées du secteur du cannabis ne le seraient pas ?

La légalisation du cannabis récréatif est certes une excellente nouvelle pour les libertés individuelles, mais le gouvernement du Québec a décidé de faire un pas dans la mauvaise direction en accentuant le rôle de l’État dans notre économie. Espérons que le nouveau Premier ministre québécois permette aux entreprises privées d’opérer légalement. De toute façon, qu’il le veuille ou non, rien n’arrête des agents économiques qui ont la possibilité d’encaisser des gains à l’échange. Le marché est plus puissant et novateur que toute entité qui tente de le contrôler.

L’expérience québécoise est donc riche en enseignements pour les partisans de la légalisation, notamment en France où le think tank GenerationLibre a récemment publié un rapport sur le sujet. La leçon principale est que la légalisation doit s’accompagner d’une libéralisation des ventes pour s’assurer de lutter contre le marché noir et répondre de manière efficace à la demande des consommateurs.