Ça se discute : pas d’État-providence pour les migrants

ar12f24 by Common Table Communications(CC BY-NC-ND 2.0) — Common Table Communications, CC-BY

Les migrants sont-ils un poids insupportable pour notre système social ? Que se passerait-il si on ne leur y donnait pas immédiatement accès ?

Par Charles Boyer.

Deux sujets provoquent de nos jours des émotions très fortes : le maintien ou la réforme de l’État-providence et la question des migrants.

Dans notre pays, les deux sont associés à la question de notre identité et, dès lors, difficiles à aborder uniquement par le biais d’une argumentation rationnelle, chiffrée et factuelle.

Comme si cela ne suffisait pas, les deux peuvent être fort liés, accroissant ainsi la complexité du débat.

Pour mieux l’appréhender, il est nécessaire de poser en préalable une question centrale, qui est de savoir si les individus sont influencés pas les incitants. Par exemple : la taxation du tabac joue-t-elle un rôle pour réduire sa consommation ? C’est un important sujet d’étude économique et sociale.

Cette question compte car elle dicte celle de savoir si notre État-providence attire certains migrants ou pas, et quels types de migrants. Certaines catégories socio-culturelles sont-elles plus susceptibles d’être motivées par les aides, allocations et protections sociales à disposition ?

Au cœur de ce débat, on constate parfois une forme d’alliance entre des positions anti-migrations et le souhait de préserver notre système social : les migrants seraient un poids trop lourd pour lui, et le mettraient en danger, par exemple en pesant davantage sur les prestations familiales car ils tendent à avoir plus d’enfants que les familles installées de longue date.

Il ne nous appartient pas de trancher cet aspect complexe. Remarquons juste que la réponse n’est pas si simple, les pays attirant le plus de migrants n’étant pas ceux disposant de l’État-providence le plus généreux, comme par exemple la Suisse. Par ailleurs, la jungle de Calais nous rappelle assez cruellement combien certains sont déterminés à quitter notre pays au système social si généreux pour un autre qui l’est relativement moins. Encore une fois, ceci est une discussion plus que légitime et très importante, à laquelle nous ne saurions ici apporter une conclusion.

Par ailleurs, notre État-providence semble avoir atteint la limite de ce qui est finançable et durable ; y ajouter à ce stade davantage de charges et de déséquilibres pourrait nous précipiter dans la crise. C’est un point de vue défendable et crédible.

Dès lors, en réponse à ces deux questions une approche pertinente serait d’interroger l’accès à notre État-providence à tout nouvel arrivant.

La question paraît extrêmement sulfureuse dans l’état actuel du débat politique, car elle se résume en deux mots : préférence nationale. Mais derrière cette question s’en cache une autre : est-il réellement pertinent d’être favorable au maintien de notre système social ? Autrement dit, est-il profitable pour les individus ?

Cette interrogation peut paraître provocatrice pour la plupart des Français aujourd’hui et pourrait apporter deux autres informations importantes :

  1. Quel impact sur l’attractivité de notre pays pour les candidats à la migration, et sur quel type de candidats ? Seraient-ils plus nombreux ? Plus entreprenants et travailleurs ?
  2. Quel impact sur les nouveaux arrivants à être exclus de notre système social ?

Sur le premier point, nous en revenons à la question des motivations : si les individus répondent en effet à des incitations socio-économiques, alors les candidats à l’installation en France seraient plus déterminés à s’intégrer par le travail ; peut-être même moins enclins à contourner les règles, l’ordre, la loi. C’est là une hypothèse.

Sur le deuxième point, l’absence d’accès à notre État-providence à une catégorie de résidents devrait être compensée par celui de s’assurer librement pour la santé, le vieil âge, le chômage ; étant bien entendu que ces personnes ne cotiseraient alors pas non plus pendant cette période. Ceci présenterait un double intérêt : ne pas risquer de faire empirer les dépenses sociales et vérifier l’impact d’une telle mesure pour ceux ne bénéficiant pas du système.

Ce sont deux choses importantes à savoir et à comprendre.

La question est politiquement polarisante et crispante, puisqu’elle touche simultanément deux sujets sensibles, où les sentiments sont parfois exacerbés.

Pourtant, pourquoi ne pas la poser et l’étudier sérieusement ? Elle pourrait nous permettre d’entrevoir des issues jusqu’ici largement ignorées.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.