Gilets jaunes : le paquebot de l’État-providence est en train de sombrer

Naufrage du Titanic (Libre de droits, Willy Stöwer, 1912)

Le paquebot de l’État-providence est en train de sombrer, emportant ses passagers : quelques rustines paramétriques collées à la hâte ne suffiront pas. Les réformes doivent devenir structurelles et radicales.

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

La situation politique et sociale en France est désastreuse : elle cumule des protestations brouillonnes pleines d’exaspération, des revendications putschistes, des pillages cupides et des soubresauts insurrectionnels de haine envers la République. Ce cocktail était prévisible, non dans ses modalités, mais dans l’explosion de colère qu’il représente : la misère sociale qui fragilise tant de familles, l’ambiance politique délétère et la violence montante dans le quotidien étaient perceptibles à qui se donnait la peine de ne pas les ignorer.

Ces colères et haines explosives se sont agglutinées, le prix de l’essence constituant cette microscopique goutte qui a fait déborder un vase trop plein depuis trop longtemps. Pour y échapper, il aurait fallu baisser le niveau de colère dès 2017, quand le capital politique était fort et l’effet d’étonnement puissant. La priorité était de s’attaquer à la dépense publique, qui étouffe l’activité et écrase les Français. Cela n’a pas été fait.

La France est désormais au pied du mur… et des barricades

Pour sortir de cette impasse, certains recommandent au président de la République de prendre un « virage social », c’est-à-dire, en langage commun perfusé à la dépense publique, d’accroître les prestations sociales. Pour faire bonne figure dans une société bercée par l’idée qu’il vaut mieux des citoyens égaux dans la stagnation médiocre qu’inégaux dans la croissance, d’autres ajoutent qu’il faudrait rétablir une fiscalité punitive sur les « riches ».

Suivre cette voie serait une double erreur. D’abord, s’il suffisait d’accroître les dépenses pour améliorer le sort des plus fragiles, cela se saurait dans un pays qui bat tous les records en la matière. Ensuite, ce n’est pas en appauvrissant les uns qu’on enrichit les autres : la politique fiscale de François Hollande n’a pas rendu la France plus prospère.

Le responsable de nos maux, ce n’est pas le marché, dont le déploiement depuis les années 1990 a bénéficié à des millions de personnes à travers le monde. Si la France y a échappé, c’est qu’elle s’est jeté une malédiction : celle de la dépense publique excessive, pléthorique, étouffante. Le paquebot de l’État-providence est en train de sombrer, emportant ses passagers : quelques rustines paramétriques collées à la hâte ne suffiront pas. Les réformes doivent devenir structurelles et radicales.

Pour donner un élan à cette ambition, le Président devrait proposer une vision pour le pays – un projet, pas des mesures technocratiques. Ces objectifs pourraient être simples : de meilleurs services publics, une meilleure croissance (pour le pouvoir d’achat, l’emploi et l’environnement), une politique sociale active et un pouvoir régalien robuste.

Lui seul peut le faire : lui seul a été élu en 2017, lui seul est en position institutionnelle de décider.

Pour espérer réformer, il lui faut rechercher l’assise électorale la plus large : l’heure est venue de faire appel aux autres partis, pour qu’ils travaillent aussi au relèvement de la France, au lieu de se frotter les mains alors que le pays sombre – qu’ils fassent de la politique, et non de la tactique égoïste, qu’ils soient enfin responsables. Ce sera l’occasion de vérifier la maxime de La Fontaine : « Ne faut-il que délibérer, La cour en conseillers foisonne ; Est-il besoin d’exécuter, L’on ne rencontre plus personne ».

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