Et si on pouvait préparer sa retraite librement ?

Retraites By: Franck Michel - CC BY 2.0

Le système de retraite en vigueur en France n’est pas satisfaisant. Quelles solutions envisager ?

Par Thierry Foucart.
un article de l’Iref-Europe

Dans le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, on lit que le régime de retraite par répartition va rester déficitaire jusqu’en 2040, au lieu de 2025 comme cela était prévu auparavant. La réaction de chacun est immédiate : que va-t-il se passer ? Elle est justifiée : c’est très inquiétant ! Mais cela montre aussi qu’on ne peut accorder aucune confiance aux prévisions des économistes, pas plus qu’aux promesses électorales. La conclusion, c’est que confier à des économistes et à des politiques la responsabilité de nos retraites relève de l’aveuglement.

De nombreux articles sur les retraites ont été publiés sur les sites libéraux, en particulier Contrepoints et l’IREF. Deux tendances s’opposent :

• La première, défendue par Jacques Garello, est favorable au passage à un régime par capitalisation. Les capitaux investis dans des fonds de pension ou des contrats d’assurance-vie produisent des dividendes réinvestis pendant la période d’activité, et servent à financer une pension pendant la retraite. Ce régime existe déjà en France (Préfon pour les fonctionnaires, PERP et Madelin pour les salariés et les professions libérales), mais il est très réglementé et son importance est réduite. Des pays comme le Chili l’ont mis en place il y a quelques années, avec succès.
• La seconde est proposée par Jacques Bichot. Il considère, avec Bourgeois-Pichat, qu’un régime unique par capitalisation est impossible : le montant considérable des capitaux qu’il nécessiterait empêcherait leur absorption par les marchés. Il propose d’attribuer des droits à pension sous forme de points, comme cela existe déjà dans les régimes complémentaires (AGIRC, ARRCO), et dans de nombreux pays de l’Union européenne. Son argumentation est fondée sur la solidarité intergénérationnelle, les générations d’actifs remboursant en quelque sorte les retraités de leurs investissements pendant leur période d’activité.

Avantages et inconvénients des deux systèmes de retraite

Il faut savoir que les conclusions de Bourgeois-Pichat sont contestées par d’autres économistes. L’avantage de la capitalisation est de dynamiser les investissements français, de rétablir un actionnariat français dans les entreprises françaises en particulier celles du CAC40, souvent propriétés de fonds de pension étrangers. Le risque financier existe : le fonds de pension Préfon, réservé aux fonctionnaires, qui prévoit des niveaux de rente garantis à vie, a dû faire appel en 2010 à des compagnies d’assurances (CNP, Axa, Groupama, Allianz) pour faire face à ses difficultés financières.

Dans le projet de Jacques Bichot, le régime reste celui de la répartition : les cotisations versées par les actifs financent les retraites calculées en fonction des cotisations versées et ouvrent des droits sous forme d’attribution de points. La valeur du point est fixée de façon que la somme des cotisations soit égale à la somme des retraites, pour garantir l’équilibre budgétaire du système. L’inconvénient est la baisse éventuelle de la valeur du point et donc des retraites. Cela s’est produit en 2010 en Suède, où les retraites ont diminué de 3%.

Les retraites : un problème démographique

Quel que soit le régime de retraite mis en place, il y a un fait incontournable : tout régime de retraite est un prélèvement sur les richesses produites par les actifs, et les difficultés de financement viennent de la croissance exponentielle du nombre de retraités.

Les réformes envisagées ne peuvent régler ce problème d’ordre démographique. Les améliorations qu’elles apportent cherchent en fait à augmenter la production par l’investissement dans le secteur productif (Garello) ou en capital humain (Bichot) pour augmenter les richesses à partager, mais ne donnent aucune règle de partage.

Cette règle est actuellement fixée par le pouvoir politique en place, en fonction de la conjoncture économique et sociale et des prévisions démographiques, mais aussi des intérêts politiques et syndicaux et donc d’une idéologie.

Un système de retraite collectif… bien pratique à fiscaliser

Le problème n’a donc pas de solution objective. En fait, c’est le problème qu’il faut supprimer. D’ailleurs, pourquoi le système de retraite est-il collectif ? Parce que, comme pour tous les autres systèmes sociaux, le caractère collectif donne un immense pouvoir à ceux qui sont chargés de définir les conditions d’attribution et de répartir les droits. Pour un keynésien comme Amarouche (Vers une économie patrimoniale des retraites ?, Hermann, 2015) l’existence d’un régime de retraite soutient la demande et par suite l’activité. Pour tous les responsables politiques, il est très tentant de fiscaliser à outrance l’épargne constituée : par exemple, les souscripteurs d’un PERP paient deux fois (sans le savoir) les prélèvements sociaux sur le capital investi !

Les enjeux financiers et sociaux, les intérêts politiques et syndicaux sont trop importants en France pour que le partage des richesses entre actifs et retraités soit exempt de conflit. C’est ce que l’on constate actuellement : les revendications catégorielles se multiplient sous le prétexte du principe d’égalité réelle, et les conflits naissent du fait que tout avantage sur la retraite accordé à une catégorie qui se considère défavorisée, est financé en désavantageant les autres ou en augmentant les cotisations des actifs. Un dialogue aboutit difficilement à un accord dans ces conditions-là, et encore plus lorsque les richesses à partager se réduisent.

Ces conflits donnent aux pouvoirs en place l’occasion de soutenir les revendications des uns ou des autres, suivant leur orientation idéologique, d’affirmer qu’ils défendent les intérêts de leurs électeurs et en fin de compte de maintenir leur pouvoir.

Pourtant, ce n’est pas par la lutte sociale que les conditions de vie des Français se sont améliorées, mais par le progrès économique, scientifique, technique et médical. Ce n’est pas le Front populaire qui a donné les congés payés, puisqu’ils existent dans tous les pays occidentaux, ce n’est pas Giscard d’Estaing qui a informatisé la société, c’est le progrès technologique.

Mais c’est François Mitterrand qui a avancé l’âge de la retraite à 60 ans en 1981, faisant preuve lui aussi d’irresponsabilité. Nous en subissons encore les conséquences pourtant prévues de longue date par les démographes Babeau et Sauvy. Il faut priver les responsables de ce pouvoir d’intervenir dans la vie des gens.

Et pourquoi pas une retraite libérale ?

Pourquoi ne pas laisser chacun préparer sa retraite lui-même, suivant ses propres choix ? Pourquoi fixer l’âge de sa retraite, sa cotisation en fonction de ses revenus ? C’est indispensable dans un régime collectif, mais ces contraintes n’existent pas si c’est l’individu lui-même qui prépare sa retraite, fixe le montant de ses cotisations, sélectionne les investissements : cela revient à passer d’un système collectif privant l’individu de sa responsabilité à un système libéral laissant chacun assumer les conséquences de ses choix. Naturellement, un encadrement doit être prévu pour l’aider dans ses choix, mais sous forme de conseil, pas d’obligation.

L’avantage de ce système libéral est son adaptation aux circonstances tout au long de la vie : c’est le contraire d’un système collectif dont la moindre réforme suscite des contestations parfois violentes. Cela passe par la création d’un compte personnel retraite regroupant les investissements réalisés dans le but exprès de préparer la retraite, et bénéficiant de mesures fiscales avantageuses.

La solidarité, ce n’est pas un système fusionnel, c’est un système de retraite minimale obligatoire pour tous, destiné aux malchanceux, aux faibles, aux personnes dépendantes…, et la liberté c’est une retraite préparée par l’individu, suivant sa situation personnelle et familiale, sa santé, ses choix de vie. On peut imaginer une retraite par point pour le régime minimal obligatoire, et un système libéral pour les retraites complémentaires.

Une telle libéralisation est une perte de pouvoir pour les responsables politiques et syndicaux, et c’est peut-être là la difficulté principale pour la mettre en œuvre.

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