Européennes : Marine Le Pen assure le service identitaire minimum

Le rassemblement national-populiste des Le Pen et Salvini se fait sur les bases identitaires minimales, tant les formations qui communient dans l’hostilité à l’Europe et à la crise migratoire varient largement sur d’autres questions de fond.

Par la rédaction de Contrepoints.

À moins de deux semaines des élections européennes, la présidente du Rassemblement national est en déplacement pour rallier des partenaires au sein des pays de l’Est. Après la République tchèque, où elle s’est faite un sulfureux nouvel allié, et la Bulgarie, c’est en Slovaquie qu’elle s’est déplacée hier, et ce mardi en Estonie.

Alors que la tête du Rassemblement national Jordan Bardella fait campagne en France pour rassembler les électeurs en jouant sur la corde usée du protectionnisme et de l’anti-immigration, Marine Le Pen tente de donner à l’internationale nationale-populiste une consistance a minima qui puisse permettre à sa formation de peser à l’échelle du parlement européen. La concurrence y est plus rude qu’à l’échelle nationale.

En France, les formations en compétition avec le RN, en particulier LR et LREM, semblent impuissantes à endiguer la dynamique d’extrême droite qui cherche à faire de l’élection un référendum anti-Macron, faute de programme réellement novateur.

LR ne décolle pas au-delà d’un noyau dur conservateur, tandis que la platitude de Nathalie Loiseau a obligé Emmanuel Macron et Édouard Philippe à entrer en campagne pour la soutenir.

Reste à savoir si les sondages confirmeront l’avance de la formation d’extrême droite dans les urnes. À l’échelle des formations populistes européennes, ce sont les figures de Viktor Orban et de Matteo Salvini qui sont devenues les symboles de la réaction nationaliste contre l’« Europe de Bruxelles », mettant discrètement sur la touche la présidente du RN. Plus encore, la recherche de « dédiabolisation » d’une partie des formations populistes dessine un curieux tango entre des leaders qui, pour s’assurer une crédibilité internationale, cherchent à rester à distance des eurosceptiques jugés les plus politiquement sulfureux.

Qui dédiabolise qui ?

Depuis son arrivée à la tête du Front national devenu Rassemblement national, Marine Le Pen n’a pas eu d’autre stratégie que de « normaliser » le parti en l’expurgeant de ses éléments les plus radicaux, Jean-Marie Le Pen compris. Quand elle a tenté de se rapprocher des souverainistes britanniques de UKIP, ce sont ces derniers qui ont jugé que le RN était trop à droite pour eux. Récemment, c’est au sein même de UKIP, qui s’est radicalisé contre l’Islam et l’immigration, que la scission a eu lieu. Nigel Farage a quitté le parti indépendantiste pour en créer un autre plus modéré, le Brexit Party, qui est largement en tête des sondages en Grande-Bretagne.

La présidente du Rassemblement national s’est rapprochée de Matteo Salvini pour les Européennes, mais celui-ci lui vole volontiers la vedette : sa qualité de membre du gouvernement le rend plus crédible sur la scène européenne pour nouer des contacts et des relations avec les grands leaders du national populisme européen comme Orban. On est en droit de se demander si, à son tour, Salvini ne va pas chercher à se dissocier de son allié français une fois élu pour à son tour se « notabiliser », laissant à Marine Le Pen l’immense privilège de marchander avec les groupuscules plus extrémistes du parlement.

Pour l’instant, le Rassemblement national populiste des Le Pen et Salvini se fait d’ailleurs sur les bases identitaires minimales, tant les formations, rassemblements et groupuscules qui communient dans l’hostilité à l’Europe et à la crise migratoire varient parfois très largement sur d’autres questions de fond, en particulier le rôle de l’État, l’Islam ou encore le rapport au voisin russe.

Le rejet de la politique européenne peut être un bon ticket pour gagner un maximum de sièges à une époque de défiance généralisée envers les élites et de leurs politiques publiques catastrophiques, mais cela suffit-il pour prendre des décisions en commun ? La question se pose pour toutes les formations du parlement, mais l’hétérogénéité du magma national-souverainiste pourrait garantir une désagrégation rapide une fois l’élection passée.