Comprendre la révolte fiscale des gilets jaunes

La révolte fiscale des gilets jaunes découle du travers décrit par l’économiste Frédéric Bastiat : « quand l’Etat se charge de tout, il devient responsable de tout ».

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Mouvement des gilets jaunes, Belfort, 17 Nov 2018 By: Thomas Bresson - CC BY 2.0

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Comprendre la révolte fiscale des gilets jaunes

Publié le 6 décembre 2018
- A +

Par Damien Theillier.

Ce dimanche matin je suis allé à Paris faire un cours à des étudiants en journalisme sur le thème : « les libéralismes ». J’ai parlé notamment des révoltes fiscales et bien sûr de Bastiat qui en a donné la vraie clé d’interprétation.

Plus la loi promet de répondre à toutes les attentes, plus il est probable qu’elle échoue et qu’au bout de chaque déception il y ait une révolution — La loi.

 

Et ceci, dans Justice et fraternité, au cœur d’une autre révolution fiscale, celle de 1848 :

 

Tout le monde veut vivre aux dépens de l’État, et on oublie que l’État vit aux dépens de tout le monde. […] Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir.

 

Deux ans plus tard, dans ses Harmonies économiques (« Services privés, service public ») il constate :

 

Quand l’État se charge de tout, il devient responsable de tout. Sous l’empire de ces arrangements artificiels, un peuple qui souffre ne peut s’en prendre qu’à son gouvernement […]. Quel triste spectacle offre maintenant la France ! Toutes les classes souffrent, et, au lieu de demander l’anéantissement, à tout jamais, de toute spoliation légale, chacun se tourne vers la loi, lui disant : « Vous qui pouvez tout, vous qui disposez de la Force, vous qui convertissez le mal en bien, de grâce, spoliez les autres classes à mon profit. Forcez-les à s’adresser à moi pour leurs achats, ou bien à me payer des primes, ou bien à me donner une instruction gratuite, ou bien à me prêter sans intérêt, etc. C’est ainsi que la loi devient une grande école de démoralisation […]. La spoliation […] finit par devenir toute une savante théorie qui a ses professeurs, ses journaux, ses docteurs, ses législateurs […]. Malheureuse, trois fois malheureuse la nation, où les questions se posent ainsi ; où nul ne songe à faire de la loi la règle de la justice ; où chacun n’y cherche qu’un instrument de vol à son profit, et où toutes les forces intellectuelles s’appliquent à trouver des excuses dans les effets éloignés et compliqués de la spoliation ! »

 

Depuis 1971, les États ont trouvé le moyen de faire vivre tout le monde à leurs dépens : avec l’émission de fausse monnaie et l’endettement sans limite. Inexorablement, nous allons de crise financière en crise financière, toujours plus dures et violentes. La prochaine nous pend au nez.

Un instrument pour éviter le vol collectif

C’est d’ailleurs l’une des raisons d’être du Bitcoin, sinon la principale, d’après son inventeur Satoshi Nakamoto. Seul un système monétaire « basé sur une preuve cryptographique plutôt que sur un tiers de confiance », disait-il en exposant son projet il y a dix ans, peut résister à la censure et « échapper au risque d’inflation arbitraire des devises centralisées ».

En France, de mai 1968 à 2018, nous avons supporté 50 ans de fardeau fiscal au nom de l’État-providence mais en réalité pour engraisser une classe politique clientéliste et corrompue.

Une anecdote révélatrice, sur ma route ce dimanche dernier : je passe en voiture à Rambouillet, vers 7 h du matin, devant la résidence de Gérard Larcher. Et devinez quoi ? Sa maison était gardée par trois « robocops » casqués et bottés, fusil à la main !

Les élus ont la peur au ventre… et ils se protègent avec des armes, avec de l’argent volé au contribuable, contre leurs propres citoyens désarmés, dépouillés et gazés.

Aucun politicien se pavanant en tête de cortège

Avez-vous remarqué comme les politiques se faisaient discrets ces jours-ci dans les manifestations, eux qui d’habitude aiment tant se montrer en tête des cortèges. S’ils se cachent et se protègent, au lieu d’aller manifester, c’est qu’ils savent qu’ils deviendront immédiatement la cible de la colère des manifestants.

Bien entendu, je ne cautionne pas les atteintes aux personnes ou à la propriété privée perpétrées par certains Gilets jaunes gagnés par le désespoir, mais je soutiens que les vrais casseurs sont les élus repliés dans leurs bunkers. Ils ne nous représentent pas. Ils nous trahissent, jour après jour, depuis 50 ans.

Et ce n’est pas une affaire de personne. Macron n’est pas plus mauvais qu’un autre. Comme tous ses prédécesseurs, derrière le nouvel alibi de l’écologie, il veut sauver le système social français en essayant de mieux le gérer. Mais personne n’adhère à cette écologie punitive. Tout le monde se doute qu’il s’agit surtout de renflouer les caisses de l’État, dont l’endettement atteint dangereusement 100 % du PIB, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République.

C’est non seulement un fiasco politique et économique mais également une profonde erreur morale. Car ce système de protection sociale est en réalité un système de spoliation légale qui subventionne la misère, la médiocrité, la maladie et finalement le nihilisme.

Tous les systèmes redistributifs, malgré leurs intentions affichées, sont profondément immoraux et finissent par s’effondrer. Le nôtre est condamné. Combien de temps réussira-t-il encore à survivre ? Nul ne sait. Mais la révolte des Gilets jaunes n’est que la première d’une longue série. La bataille sera longue et difficile.

Comme j’ai pu le constater ce matin, avec mes étudiants en journalisme, jamais je n’ai été aussi écouté et apprécié en dehors des cercles d’amis. J’avais un public a priori hostile et pourtant j’ai perçu un intérêt profond et sincère pour le message philosophique que je portais.

Alors plus que jamais les libéraux ont un rôle historique à jouer, eux qui ne sont représentés par aucun élu. Ils ont une parole libre et novatrice.

Pour plus d’informations, c’est ici.

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  • certes mais que voit on se passer sous nos yeux.. une revolution
    que la gauche essaie de recuperer .. pour plus de socialisme?
    Alors il faudra se méfier des conséquences.. a très court terme

    • Il me semble que la droite, l’extreme droite et l’extreme gauche essayent aussi de récupérer ce mouvement.
      Et les syndicats.

      Et aucun n’y est parvenu pour le moment… bon signe ?

  • 2 remarques.

    CHC a parfaitement raison, la révolte de ceux qui, au départ, militaient pour moins de taxes, a fait long feu.
    Ceux qui tiennent le pavé aujourd’hui proposent des solutions dont le coût sera supporté in fine par les premiers.
    Ce sont les bolcheviks révolutionnaires, fabriqués par le système, qui rêvent d’une dictature du prolétariat ou plutôt de cette masse informe et monstrueuse de ce qui reste du prolétariat et des assistés en tout genre.
    Ils se sont alliés, pour la circonstance, avec les hordes sauvages des banlieues.

    À décharge de Macron, il sera extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible dans la douceur, de sortir d’un tel système d’assistanat généralisé et de lobotomisation des individus.
    C’est un problème de masse critique.
    Ceux qui profitent d’une redistribution à leur profit sont aujourd’hui largement majoritaires dans ce pays et on leur a inculqué que c’est l’autre, le voisin qui travaille, l’entrepreneur, l’homme civilisé, qui est responsable de leur situation.
    Un seul petit exemple parmi d’autres, les réactions générées par la diminution de … 5€ de l’AL.
    Allez maintenant réduire de 100 milliards d’€uros les dépenses de l’état comme le préconisait F Fillon (que j’ai soutenu en son temps).

    Il faut une sacrée dose d’optimisme pour encore espérer dans ce pays.

    • Globalement d’accord, mais l’histoire des 5€ d’AL n’est pas du tout le signe que la France serait irréformable, mais celui d’une telle maladresse dans la manière de réformer qu’on a vraiment du mal à croire qu’il n’y ait que bêtise et aucune malice ni intention cachée…

      • Et une ignorance de l’importance des effets psychologiques. Un décalage entre la vie d’un riche technocrate qui n’est pas à 5€ près, et ceux au quotidien difficile qui sont à l’euro près.

        Les neurosciences nous apprennent que l’effet psychologique de prendre 10€ à quelqu’un est supérieur à l’effet de lui donner 20€.

        Pour compenser l’effet d’une baisse de 5€, il faudrait donner plus de 2x plus.

        Et quand on vit dans les palais dorés de la république, cette perception échappe forcément…

      • APL-epsilon?
        Il faut bien prendre la température du malade avant d’essayer de le soigner.

        La réaction a permis de voir qu’il était incurable.

        • La réaction a permis de confirmer l’hypothèse qu’on souhaitait confirmer. Mais enfin, pourquoi personne ne fait-il remarquer que 5€, ça n’est pas une réforme, c’était destiné uniquement à provoquer la réaction allergique !?

    • Un bénéficiaire des APL qui se plaint d’une réduction de 5€/mois et qui fume un paquet de clops à 10€/jour , vous en connaissez ? moi oui, énormément !

      • La démonstration a été concluante:
        Quand le bateau coule, seuls ceux du pont supérieur doivent écoper, surtout pas ceux du bas, même avec une petite cuillère.

      • Et un bailleur qui s’étonne que les APL soient réduites de 5€ tandis que les taxes et impôts sur les loyers qu’il perçoit sont plutôt augmentées ?

  • la suppression de la taxe d’habitation est le déclencheur, nous n’avons pas d’argent , les caisses sont vident pour avoir de la liquidité
    TAXES…. a partir d’aujourd’hui nous sommes les 1er au monde , champion de la fiscaliter ..
    la politique du renouveau est une escroquerie morale ….

  • « Renflouer les caisses de l’état » : quelle belle manière d’exprimer « continuer à dépenser et gaspiller sans compter au bénéfice des petits copains » !

  • Merci pour cet article revigorant.

  • Dans 15 pays d’Europe l’électricité est devenue moins chère qu’en France à cause des taxes anormales imposées aux ménages pour minimiser l’intérêt du nucléaire. Et à l’obligation faite à EDF d’acheter toute production verte à un prix très excessif car inadapté tant aux besoins, qu’au réseau pour lequel il est franchement perturbateur. Ajoutons que tant qu’il y a assez de réacteurs pour couvrir la totalité de nos besoins il n’est pas encore nécessaire de construire autant d’usines produisant du CO2 que l’on produit d’électricité verte à temps très partiel, non ajusté aux besoins. C’est la leçon de l’échec de la transition allemande qui a du construire autant d’usines à CO2 qu’elle a supprimé de nucléaire ! Le vert étant supposé « mature» Merkel le prive de subventions supposées inutiles, mais ses exploitants font faillite massivement. Reste acquis le doublement du prix de l’électricité pour les ménages seulement. Et aussi une croissance nationale est devenue négative ! On ne sait plus que faire de toute l’énorme et couteuse puissance verte construite inutilement. Merkel est punie de cette situation ubuesque où Macron précipite la France. Il est encore temps d’y mettre le holà…dans la rue ? à défaut de mieux…

  • Superbe citation de Bastiat!

    Les seuls vrais prophètes sont ceux qu’on n’écoute pas.
    Si on les écoutait leurs prophéties ne s’avéreraient pas.

  • Bonne définition du problème. Stratégie possible : puisque le système est condamné, il faut qu’il s’effondre au plus vite pour pouvoir préserver ce qui peut être préservé. C’est l’essence du cycle de Fondation d’Asimov. Conséquence pratique, je préfère voter pour ceux qui vont faire s’écrouler le système rapidement mais qui ne peuvent pas proposer d’alternative viable pour le maintenir. Ex pratique le Brexit

  • Je suis le premier a vouloir payer moins d’impôts mais ce n’est pas pour cela que j’irai dépaver l’avenue des Champs Elysées.

  • Macron ne veut rien sauver du tout….arrêtez de vouloir nous le faire croire.

  • « Sortez prendre l’ air un salarié pauvre il lui reste 189 e pour vivre plus de dix fois pour un nanti c est à dire 1890 e voilà l’ état providence magnifique  »
    Commentaire trouvé hier sur le site facebook du Figaro , le titre de l’article étant : « Jean-Robert Pitte: «Malgré un État-providence sans équivalent, on dépeint la France comme un enfer social»
    Je veux bien tenter de prêcher les bonnes idées mais quand je vois le niveau des commentaires (et il y en a des milliers comme celui là ) j’avoue être complétement démoralisée et ne pas savoir par où commencer

  • Ceux qui ne veulent pas réformer sont d’abord ceux qui nous gouvernent (administration comprise), incapables qu’ils sont de remettre en cause le rôle de l’Etat.

  • Ou est la voix des libéraux ?

    À part faire des incantations sur contrepoints : il ne faut pas que le mouvement des gilets jaunes soit récupéré par les extrêmes de droite ou de gauche…..
    Doit-on espérer que le gouvernement ait une illumination? Ce qui n’arrivera jamais.

    À quel moment une vraie démarche libérale va se mettre en place, et pas seulement avec des articles entre personnes déjà convaincues ?

  • Les commentaires sont fermés.

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