Notre-Dame : n’en profitons pas pour taper sur les entrepreneurs !

L’incendie de Notre-Dame de Paris donne, une fois de plus, l’occasion de taper sur les petits entrepreneurs.

Par Jean Kircher.

L’incendie de Notre-Dame a révélé un autre aspect de l’incurie des médias : le mépris des petits patrons ! En effet toute la presse s’est empressée de dénoncer photos à l’appui le soupçon d’incompétence de l’entrepreneur Le Bras en charge de l’installation de l’échafaudage du monument. Personne n’a cherché à savoir précisément d’où venait le déclenchement de l’incendie : c’était clairement de la responsabilité de l’entrepreneur.

Et contrairement à l’immense hypocrisie journalistique qui veut que l’on ne diffuse ni photo ni nom du coupable surtout s’il s’agit d’une personne dont le profil ne correspond pas au Français moyen, on a publié sans limite celle de monsieur Le Bras, entrepreneur de Meuse qui restaure des monuments historiques avec beaucoup de sérieux depuis de nombreuses années. Il était forcément coupable, un point c’est tout. Le coup de grâce a été donné par le maire de Jarny (Meuse) qui s’est empressé de faire référence à un autre chantier du même entrepreneur pris par un début de feu mais en précisant qu’il n’avait aucune preuve et n’était pas compétent pour juger mais trouvait ça quand même un peu bizarre : la radio nationale a largement commenté l’accusation de ce courageux élu.

Le petit patron, bouc émissaire facile

Il s’agit là surtout d’une preuve supplémentaire de ce mépris et de cette arrogance de nos médias qui s’octroient des droits et n’hésitent pas un instant à salir un petit patron qui n’en demandait pas tant !

Ce mal français qui consiste à mépriser tout ce qui peut ressembler à un patron-esclavagiste-qui-s’en-met-plein-les-fouilles et exploite les pauvres travailleurs m’inspire un grand dégoût.

Car le mal est profond et n’est que le résultat de 40 ans de matraquage intellectuel contre tout ce qui n’est pas conforme aux standards CGTENA, les 2 mamelles économiques de la France d’aujourd’hui.

Ce matin la radio nationale nous annonce que la France n’a que 5000 TPE alors que l’Allemagne en possède 13 000. Personne ne se demande pourquoi ?

La réalité c’est que la France est en manque de ce qui explique le succès de l’économie allemande et qui fait que l’on ne permet pas aux petits patrons de grandir. Les fameux seuils syndicaux que tout le monde politique connaît et regrette conduisent le petit patron à refuser de passer le seuil des 50 salariés de peur d’avoir à gérer la vérole syndicale dans son entreprise. Au mieux il crée une deuxième ou une troisième société à côté de la première avec l’inconvénient de ne jamais atteindre la taille d’une vraie TPE avec ses capacités d’export, de R&D ou de marché national.

France vs Suisse : y a pas photo

L’autre drame de notre modèle français que le monde nous envie c’est la faillite de l’État-patron.

Je reviens de Suisse et me pose des questions :

  • les autoroutes suisses sont parfaitement entretenues, alors qu’en France, seules les autoroutes confiées à des sociétés privées le sont ;
  • aucune société suisse ne cherche à délocaliser sa production à l’étranger alors que les salaires y sont les plus élevés au monde (le Smic suisse est 2,5 fois plus élevé qu’en France) ;
  • 54 agglomérations suisses sont branchées au réseau 5G depuis la semaine dernière. En France il faudra attendre 2025, sauf pour Paris ;
  • par souci écologique et pour désengorger les routes, les Suisses ont creusé un tunnel de 52 km et ont imposé le ferroutage pour les camions au long cours. Seuls les camions locaux circulent sur les routes, soit 20 à 30 % de leur trafic total.

Pour tout cela il aura fallu un certain courage politique, qualité qui manque totalement à nos édiles.

Ne cherchons pas plus loin des exemples qui nous abaissent : la France devient un pays de pauvres mais tel le coq sur son tas de fumier, nous continuerons de chanter.

Jean Kircher est patron de 2 entreprises en France et au Luxembourg et regarde avec tristesse et depuis 30 ans le pays s’enfoncer dans le déni et la déchéance.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.