Que nous manque-t-il pour avoir une croissance à l’Allemande ?

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Qu’est-ce qui explique la prospérité allemande comparée à l’échec économique français ?

Par Thierry Godefridi.

Dans son dernier livre, Tant pis ! Nos enfants paieront, François Lenglet observe qu’en traversant le pont de l’Europe qui, à Strasbourg, relie la France à l’Allemagne, vous passez du côté Deutschland au côté Chômland, 3% de sans-emploi chez les Allemands et plus de 10% chez les Français, séparés par les quelques dizaines de mètres des flots du Rhin. Les Allemands y auraient-ils trouvé de l’or ?

En visite récemment chez une relation d’affaires dans le land prospère du Bade-Wurtemberg qui est celui faisant précisément face à l’Alsace, je me suis enquis de ce qui expliquerait cette différence de prospérité entre deux régions qui se jouxtent.

La prospérité allemande

La réponse m’en est apparue simple et évidente et m’a fait regretter de ne pas avoir créé une entreprise en Allemagne avant de (ou « plutôt que de ») l’avoir fait en France, en Italie, en Espagne et en Belgique (mon pays d’origine), voire même au Royaume-Uni, si économiquement libérale qu’en soit la réputation.

Dans son livre Sire, surtout ne faites rien !, Charles Gave évoque la ligne de démarcation entre les pays qui marchent et ceux qui ne marchent pas en se référant aux travaux de l’économiste américain Kenneth Arrow qui, en 1953, démontra que, pour comprendre la croissance, il fallait introduire une troisième dimension à la configuration « capital – travail » de rigueur jusqu’alors, à savoir le risque.

Le drame de la France est que nos élites en sont restées à un monde à deux dimensions, dénonce Gave, et donc qu’elles interdisent ou pénalisent la prise de risque.

Les véritables créateurs d’emplois

Gave avait déjà élaboré ces idées dans un article publié en 2013 sur le site de l’Institut des Libertés. La question à se poser, écrivait-il, n’est pas de savoir comment créer des emplois, mais qui crée des emplois, et, à cette dernière question, la réponse est la même sous toutes les latitudes. Ce sont les entrepreneurs qui créent des emplois et personne d’autre !

« L’économie, ce n’est pas le PIB, la balance commerciale, l’inflation, le déficit budgétaire, la dette, mais ce sont des individus qui se rencontrent et qui acceptent librement et en confiance de travailler ensemble ou de commercer l’un avec l’autre en respectant les lois existantes et le contrat passé entre eux », précisait Gave qui avançait une statistique américaine selon laquelle plus de 90% des emplois nouveaux sont créés par des entreprises qui ont moins de trois ans d’âge…

Le mythe de la providence

À cet égard, il faut désabuser les tenants du pilotage directif et du mode prédictif qui croient à la providence en toutes choses et à leur propre providentialité.

Comme l’ont indiqué les travaux de la chercheuse américaine originaire de l’Inde le professeur Saras Sarasvathy qui, éminente spécialiste de l’entrepreneuriat, enseigne aux Universités sur la plupart des continents, la création d’entreprise ne résulte pas de découvertes miraculeuses et encore moins d’un quelconque programme d’incitation à l’emploi, mais entièrement de l’intuition et de l’initiative d’entrepreneurs dans un monde diffus et imprévisible.

Bref, dans la création d’entreprise et, partant, la croissance, c’est un processus ascendant d’effectuation volontariste provenant d’une multitude d’acteurs qui est à l’œuvre, et non la démarche de causation d’une élite omnisciente, fût-elle au service de l’État tout puissant et armée des leviers de la redistribution.

Les limites de l’intelligentsia

Que ladite élite ne puisse pas comprendre ni accepter que ce qui est au cœur de la dynamique économique lui échappe s’explique par le fait que l’intelligentsia qui nous administre n’a que très rarement créé et rentabilisé une entreprise à partir de ses ressources personnelles et que la démarche cognitive suscitant la richesse économique s’inscrit diamétralement à l’opposé de la haute estime que cette intelligentsia voue à ses propres capacités.

Revenons-en à présent à la traversée du pont de l’Europe et à la ligne de démarcation entre les pays qui marchent et ceux qui ne marchent pas. En Allemagne, si une entreprise n’emploie pas plus de 10 salariés, elle peut les licencier librement et sans motif.

Le secret de la prospérité allemande

Et, pourtant, le taux de chômage y est donc sensiblement inférieur à celui de la France (et de la plupart des autres pays européens où le marché du travail est cadenassé). Ne cherchez pas ailleurs le secret de la réussite économique de l’Allemagne !

Selon l’INSEE (2016), la France compte 3,75 millions d’entreprises, dont 96% de micro-entreprises (3,61 millions) occupant 2,81 millions de salariés (soit 19% du total).

Imaginez l’effet qu’aurait sur le chômage et la création de richesse économique en France de libérer ces micro-entrepreneurs (parmi lesquels assurément beaucoup de créateurs d’entreprises et d’innovateurs) du carcan de lois sur le licenciement qui s’appliquent indistinctement à toutes les entreprises, quelle qu’en soit la taille ?

Il est donc étrange qu’aucun des candidats à la présidence de la République n’évoque ouvertement la question de la croissance en ces termes. Mais, au fait, y en a-t-il un seul parmi eux qui ait un jour créé sa propre entreprise ? Et, les Français eux-mêmes, lycéens compris, auraient-ils le courage d’entrevoir la réalité économique sous cet angle ?

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