Singes OGM : la Chine prend-elle sa « note de crédit social » par les 2 bouts ?

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Et s’il y avait un lien entre le système de crédit social chinois et ses expériences génétiques pour créer des singes plus intelligents ?

Par Charles Boyer.

Au fur et à mesure que la Chine prend de plus en plus de pouvoir dans le monde, elle offre aussi à bien des pays un autre choix face à l’Occident pour accéder au développement et à la prospérité. Du début de la décolonisation à nos jours, les pays ayant réussi à décoller par l’accroissement de la richesse de leurs populations, par l’apparition d’une robuste classe moyenne et l’amélioration de leurs indices de développement humain, ont eu tendance à adopter au moins en apparence des aspects de la civilisation occidentale et de sa démocratie libérale, que l’on pensait liés à ces évolutions favorables : élections multipartites, avancées même modestes de la liberté d’expression, institutions politiques comprenant un exécutif, un parlement, une justice capables d’indépendance.

Que ce soit en Europe centrale et de l’Est, en Amérique Latine, dans certains pays d’Afrique, en Asie, beaucoup de pays ont fait de nets efforts pour avoir au moins l’air de jouer le jeu. Le monde arabe et la Russie depuis Poutine sont des exceptions d’autant plus frappantes qu’elles ne sont pas si nombreuses. Il y en a bien sûr quelques autres, Cuba, Corée du Nord et, fort tristement, la funèbre marche arrière qu’a connu le Venezuela.

Un nouveau modèle concurrent

Tout cela laissait penser que les choses allaient continuer de suivre ce chemin. Mais en fait, assez soudainement, un autre modèle semble rapidement gagner en popularité parmi les régimes du monde, qui promet une autre feuille de route vers le développement : la Chine. Celle-ci, en effet, depuis Deng Xiaoping, a ouvert son économie, mais pas son système politique ; et ce avec un succès phénoménal même s’il est exagéré par ses statistiques nationales truquées. Le mal-investissement y est certes massif, les aéroports s’y construisent comme des petits pains, tout comme les lignes TGV et les autoroutes, et tout le reste de l’infrastructure.

Après tout, sans suivre le modèle politique ni les institutions occidentaux, elle a extrait à une vitesse éblouissante des centaines de millions de ses habitants de la pauvreté abjecte, et les a propulsés (ou du moins leurs enfants) dans une classe moyenne aux moyens comparables aux nôtres. Non seulement cela, mais elle semble même en voie de dépasser l’Europe, qui n’est pas la dernière venue, dans certains domaines technologiques, en particulier l’intelligence artificielle ou, en ce moment, la 5G.

Même s’ils y vont régulièrement, tous les voyageurs de mes connaissances qui en reviennent sont à chaque fois impressionnés par la vitesse du changement qui s’y opère.

Tout ceci, elle le réalise sans avoir mis en place d’ouvertures permettant d’accroître l’expression de la contestation des gens, et donc pas davantage de consentement. En effet, qui ne peut contester ne peut consentir. Cela est possible grâce à un État policier si bien organisé qu’il a pu garder le contrôle, même à une époque de si grands bouleversements. On sait que la montée des classes moyennes est souvent accompagnée de revendications plus franchement formulées. Dans ce cas, non.

On peut sentir assez facilement que dans le reste du monde certains régimes y trouvent une source d’inspiration et se verraient bien accomplir un tel authentique progrès économique, mais sans ouverture politique, tournant ainsi le dos au modèle proposé par l’Occident. On peut penser au Général Sissi en Égypte, qui met le paquet sur les infrastructures, l’industrialisation, le développement économique, mais pas du tout sur la liberté d’expression ou les libertés individuelles, bien au contraire.

Tentation autoritaire

Le jeune Prince Mohammed Ben Salmane semble aussi fort tenté par cette approche. Un certain Erdogan aussi, même si la démocratie dans son pays se révélera un peu trop enracinée pour lui en laisser la chance. Des hommes forts qui misent sur une accélération économique dans un silence de mort politique font le choix du pari chinois.

Mais la Chine elle-même, en ces temps où mondialement le contrôle de l’information devient de plus en plus difficile pour les autorités, comment compte-t-elle, ou plutôt son parti communiste au pouvoir, préserver cette absence de tout débat et de tout mécontentement audible ? Eh bien, elle y travaille, et elle a inventé une parade, qu’elle espère infaillible : cela s’appelle la note de crédit social. De quoi s’agit-il ? C’est la presse chinoise elle-même qui en parle le mieux :

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Il s’agit d’un système de bon point (pour ceux qui ont connu ça à l’école), mais appliqué à toute la population et tous les aspects de la vie, et accompagné surtout par son opposé, un système de mauvais point si vous faites quelque chose qui déplaît au pouvoir ; ou bien, si vous préférez, un système de permis à points, mais pour l’intégralité de votre vie, pas seulement pour la circulation routière.

Le plan a été lancé en 2014 avec comme devise de laisser celui digne de foi circuler librement mais de rendre au discrédité le moindre pas difficile. Rassurant, non ? Environ 35 villes en Chine mènent des essais dans ce domaine. L’épine dorsale du système est une série de listes noires. Vos bons ou mauvais points peuvent vous être attribués par des tribunaux, des administrations, ou des entreprises privées ; mieux encore, des observateurs de voisinage, ce que l’on nommait des chefs d’îlot au temps du socialisme national-allemand.

Dictature de la réputation

Cela ouvre la porte à de charmantes perspectives : imaginez par exemple un voisin qui ne vous apprécie pas, un juge véreux, un fonctionnaire souhaitant vous soutirer quelque chose, ou des erreurs informatiques d’une administration. Et hop, votre vie se dégrade, et vous ne savez même pas forcément pourquoi.

Exemples de mauvais point : un retard de remboursement, une infraction au Code de la route.

Si vous êtes créditeur, vous pouvez obtenir des crédits moins chers, des bilans médicaux gratuits, des rabais sur le prix du chauffage et de l’eau ; en d’autres termes, le niveau de vie des autres en sera inévitablement réduit, le financement de ces récompenses proviendra bien de quelque part.

Si vous êtes débiteur, vous ne pouvez pas acheter de billet d’avion ou de TGV ; cela est déjà arrivé à 22 millions de personnes en 2018.

Le système sera généralisé à l’ensemble du pays prochainement.

Comme nous n’en sommes qu’au début, tout ceci promet de réjouissantes perspectives.

Mais ce n’est pas tout. Il se trouve que dans le même temps, la Chine joue aussi à améliorer les individus par des modifications génétiques. Elle produit déjà des bébés modifiés, semble-t-il pour augmenter leur intelligence. Encore mieux : elle implante des gènes humains dans des cerveaux de singes. Toujours pour les rendre plus intelligents.

Cela soulève deux questions :

  • Les personnes les plus intelligentes n’étant pas forcément les plus dociles, un tel pays voulant contrôler tout le monde par un système de crédit social ne préférera-t-il pas créer des individus un peu plus intelligents peut-être, mais surtout plus obéissants ? Voilà un axe de recherche captivant.
  • La Chine ne serait-elle pas en train d’approcher cette douce notion de crédit social par les deux bouts ? D’un côté, elle met en place le système lui-même, de l’autre, elle crée de toutes pièces des êtres nouveaux qui auront plus de chance de s’y conformer sans faire d’histoires ?

Quitte à partir de primates ?

 

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