Yann Moix devrait lire Yeomni Park sur la Corée du Nord

Il semble que ces dernières semaines Yann Moix ait décidé de se livrer à une véritable performance artistique moderne en décidant d’incarner une représentation vivante de la Myopie.

Par PABerryer.

Tout a commencé par un voyage en Corée du Nord à l’occasion du  70ème anniversaire de ce régime totalitaire (et ce n’est pas son premier voyage), suivi par son annonce d’enseigner à l’université Kim Il-sung, avant de finir en beauté par une injure publique envers la police française ! Bref, ce fut un festival.

C’est bien de myopie, ce trouble de la vision rendant flou ce qui est loin mais laisse net ce qui est proche, dont semble être affecté Yann Moix. En bon représentant de cette gauche française, que le monde ne nous envie pas, il est de tous les combats actuels : pour les migrants, contre la police et ses prisons, etc. La moindre chose qui lui déplait en France lui semble un retour aux Heures Les Plus Sombres de Notre Histoire.

Il voit bien, trop bien, de près, mais est aveugle à ce qui se passe au loin. À tout point de vue, le régime de la Corée du Nord est absolument bien pire que celui de la France. Le contrôle est tel en Corée du Nord en matière de migration que même ses ressortissants ne peuvent pas quitter le pays ; pas d’immigrés, pas d’émigrés, même Marine Le Pen n’en demande pas autant.

Accepter l’inacceptable

Ceux qui tentent tout de même de quitter le pays se retrouvent dans des camps de concentration à côté desquels les prisons françaises, indignes à bien des égards, sont de véritables palaces. Ces camps sont même équipés de chambres à gaz pouvant exterminer des familles entières, même si elles ne sont pas des installations industrielles comme à Chelmno, Treblinka ou Birkenau. Yann Moix aurait-il accepté d’enseigner la littérature française dans l’Allemagne nazie ?

La police, soi-disant couarde, reste soumise à l’état de droit en France. Elle a des défauts mais respecte globalement les règles d’un pays libre. Celle de Corée du Nord n’a certainement pas peur, elle a tous les doits, elle est armée, en face d’une population affamée. Pas de quoi se vanter.

Yann Moix se dédouane en reconnaissant que, oui, c’est un pays terrible mais il veut aller à la rencontre de sa population. Aurait-il des scrupules à faire de même auprès de ceux auxquels il réserve ses vitupérations les plus cinglantes ? Ce qui semble intolérable dans une démocratie libérale serait acceptable, moins condamnable, dans un régime totalitaire ?

Faut-il se rendre en Corée du Nord ? Est-ce collaborer ? S’informer ? Peut-on le faire sans se salir les mains ou la conscience, et si oui jusqu’où ? À chacun de se faire son opinion.

Yann Moix, lui, semble avoir franchi la limite de ce que l’on peut faire sans être complice. Y dispenser des cours, c’est participer à la légitimité et au renforcement de l’image du régime. Si un intellectuel de gauche le fait, c’est une forme de caution. En ce sens il fait partie de cette intelligentsia française qui préférait avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. Il a beau jeu de dénoncer les errements de l’État français mais reste ô combien mesuré avec celui de la Corée du Nord. In fine, un régime communiste ne pourra jamais être pire qu’une démocratie libérale capitaliste imparfaite.

Pourtant les témoignages sur l’horreur nord coréenne abondent, l’un des plus récents étant celui de Yeonmi Park. Yann Moix illustre à merveille cet adage : « Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ».