Chine : la nouvelle révolution culturelle

Les autorités chinoises veulent la destruction de la liberté religieuse.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Chine : la nouvelle révolution culturelle

Publié le 5 mai 2018
- A +

Par Jean-Baptiste Noé.

Plus que les mots, les faits témoignent de l’orientation autoritaire prise par le gouvernement chinois. Xi Jinping est bien décidé à siniser la Chine et à intégrer les marges chinoises dans la culture Han. C’est le cas au Tibet et au Xinjiang, où des populations Han sont transportées pour noyer les populations d’origine dans l’abondance démographique Han et ainsi prendre le contrôle de ces régions. C’est le cas aussi avec le christianisme, qui fait l’objet d’attaques de plus en plus répétées de la part du gouvernement. Attaques des églises, des fidèles, de la liberté religieuse, témoignent d’un recul des libertés fondamentales : libertés de culte et de pensée. Cette restriction des libertés avait été annoncée par Xi Jinping lors de son discours au congrès du PCC en octobre 2017. Les faits démontrent que la volonté de sinisation du christianisme, c’est-à-dire d’inclusion de cette foi dans la pensée communiste, est en cours, et ce en dépit des négociations avec le Saint-Siège pour aboutir à un accord entre les deux pays.

Destruction des églises et camps de rééducation

À Yining, dans le Xinjiang, à 700 km à l’ouest de la capitale de la région, vit une communauté catholique très minoritaire. La croix et les deux dômes de l’église ont été détruits, la façade a été martelée pour y retirer les statues des saints. Pour les autorités, la croix représente « l’infiltration d’une religion étrangère ». D’autres destructions de ce type ont eu lieu ailleurs au Xinjiang. Le gouvernement a interdit aux chrétiens de prier, y compris chez eux, sous menace d’être arrêtés et d’être conduits en service de rééducation. Les enfants et les adolescents n’ont plus le droit d’entrer dans les églises. C’est bien une nouvelle révolution culturelle que mènent les autorités chinoises, dans le but de siniser la population. Il s’agit de développer et d’adhérer à des théories religieuses qui aient des caractéristiques chinoises. Les religions doivent être adaptées aux théories socialistes et ne pas être infiltrées par l’étranger. Certes, l’islam est visé par la sinisation, et notamment les communautés musulmanes du Xinjiang qui espèrent créer un califat autonome en Asie centrale. Mais c’est surtout le christianisme qui est en ligne de mire, et c’est pourquoi le Vatican se trompe lourdement quand il espère pouvoir signer un accord avec ce pays.

Les destructions de Yining ont eu lieu le 27 février dernier ; une semaine après la rencontre entre les autorités du Vatican et de la Chine au sujet d’un possible accord diplomatique quant à la nomination des évêques dans le pays. Accord qui est régulièrement dénoncé par le cardinal Zen, évêque émérite de Hong Kong. La sinisation religieuse que prône Xi Jinping, c’est la soumission au parti communiste chinois.

D’autres cas de persécutions religieuses ont eu lieu dans le pays, avec à chaque fois le même principe : églises détruites et fidèles persécutés. Le 20 avril dernier, c’est l’église de Hutuo (province de Henan, centre de la Chine) qui a été complètement détruite et la tombe de l’évêque de Looyang, qui n’était pas reconnu par le régime, a été profanée. Son corps a été retiré du cercueil pour être jeté dans une fosse commune. Comme ailleurs, les enfants ont été interdits d’entrer dans les églises. Enfin, le gouvernement a annoncé aux parents fonctionnaires et aux retraités que s’ils continuaient à fréquenter l’Église catholique, ils ne recevraient plus de salaires et de pensions.

Monseigneur Li Hongye (1920-2011) fut évêque de Luoyang. Il a passé plusieurs décennies en camp de rééducation et a ensuite été arrêté plus d’une douzaine de fois et mis régulièrement en prison. Il a toujours refusé de s’aligner sur le Parti communiste et il est resté fidèle à Rome. Sa tombe a été profanée par les autorités pour effacer sa mémoire et éviter qu’un culte soit rendu à ce martyr.

D’autres églises et d’autres persécutions ont lieu actuellement en Chine. En dresser la liste serait long, mais on peut retenir les principaux événements.

À Zhengzhou, lors du dimanche de Pâques, la police politique du régime est entrée dans l’église pour expulser les enfants et les jeunes de moins de 18 ans. Le gouvernement a en effet interdit aux mineurs de recevoir une éducation chrétienne et de fréquenter les églises. Chaque dimanche, des policiers politiques sont présents dans les églises pour surveiller les fidèles et arrêter les enfants qui voudraient entrer. Ceux-ci sont ensuite conduits en camp de rééducation.

Pour les autorités catholiques, ces arrestations sont des tests lancés par le gouvernement pour voir comment réagissent les autorités vaticanes. Pour l’instant, ces persécutions n’ont lieu que dans le Xinjiang et dans le centre de la Chine, là où les catholiques sont une très faible minorité. En fonction des réactions de l’étranger, les autorités pourront appliquer la même politique dans les grandes zones urbaines, là où les catholiques sont davantage présents.

La magie de Mao se poursuit

Au Vatican, nombreux sont ceux qui n’ont pas compris la nature réelle du gouvernement chinois et de son idéologie et qui font preuve d’une collaboration coupable. La palme de la flagornerie revient à l’évêque argentin Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier des Académies pontificales des sciences et des sciences sociales. Autrement dit, quelqu’un d’important. En février dernier, de retour d’un voyage en Chine, celui-ci s’est fendu d’un discours louangeur en présentant la Chine comme un modèle, le seul pays à respecter la doctrine sociale de l’Église selon ses dires. On croirait lire les carnets de voyage des Occidentaux des années 1960 fascinés par Mao et sa révolution culturelle. Ce prélat s’est fait rapidement recadrer par de nombreux missionnaires présents en Chine qui ont rappelé la triste réalité du terrain.

Pour le cardinal Zen, un accord avec les autorités chinoises est impensable, parce que celles-ci ne veulent pas la conciliation, mais la destruction de la liberté religieuse. Il n’a de cesse de critiquer l’aveuglement, à ses yeux, de la politique vaticane à l’égard de la Chine et sa volonté de signer un accord coute que coute, c’est-à-dire en faisant disparaître l’Église indépendante de l’État communiste et en trahissant la foi des martyrs et des évêques qui se battent pour la liberté religieuse. Cela rappelle la fracture des années 1960-1970 sur la ligne du cardinal Casaroli, Secrétaire d’État du Saint-Siège. Celui-ci était partisan de l’ostpolitik, c’est-à-dire d’un dialogue et d’une entente avec les autorités communistes d’Europe centrale, contre l’avis de nombreux prélats de Pologne, de Hongrie et de Tchéquie. Cette politique a conduit à la destruction des églises locales et au triomphe des partis communistes sur les libertés religieuses. C’est Jean-Paul II qui a mis un terme à cette politique de l’impasse, dès 1978, en décidant d’affronter directement la dictature communiste. Le même aveuglement règne aujourd’hui chez de nombreux diplomates du Saint-Siège, servi par une vague morale socialisante qui leur fait regarder avec bienveillance le régime chinois. Pourtant, ce qui se passe en Chine est connu et diffusé. L’imminence d’un accord a toutefois été démentie en mars par les autorités vaticanes. Du reste, personne ne connaît la nature de l’accord en négociation. La volonté d’une réunification des deux églises, celle officielle et celle indépendante, ne peut pas se faire sur la destruction de l’église fidèle à Rome. Ce serait le risque d’une rupture entre les fidèles. D’autant que le gouvernement chinois n’a qu’une obsession : la sinisation du christianisme, c’est-à-dire son alignement sur les normes communistes. Il ne peut pas y avoir d’accord possible, ni même d’entente, avec un partenaire qui veut la dissolution de l’autre parti. Cela traduit une mauvaise compréhension de la nature du régime chinois et de la place de l’idéologie communiste dans la structure mentale de la Chine d’aujourd’hui. C’est aussi une preuve de la difficulté à penser l’autre et les différences culturelles.

Sur le web

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • Ce type est aussi dingue que Mao!

    • Bonjour,
      Avez-vous lu le « Traité des Révolutions », de Henri de Montherlant?
      C’est dans sa pièce « Malatesta ».
      En voici le contenu intégral:
      « £es révolutions ƒont perdre beaucoup de temps ».
      En vous souhaitant un excellent week end.

  • Bonjour,
    Sinisation?
    S’ils ne s’y cramponnaient (((comme les « verkrampte » d’Aƒrique du Sud aux temps glorieux de l’apartheid…))) ils seraient probablement déjà les maîtres-du-monde : un milliard et demi d’analphabètes!!! £’Inde, la Thailande, la Corée, le Cambodge…. ont leur alphabet, l’Indonésie et le Viêt Nam utilise le nôtre. £es chinois pourraient s’isoler encore plus en forgeant leurs propres chiffres? ((les Assyriens comptaient sur BASE 60 qui se perpétue dans nos minutes et secondes….)).
    Breƒ, « quand la chine s’éveillera » — on n’a pas encore tout vu.
    Brrrrrrrrrrrrrrrrrrrr!!!!!!!!!!!!!!!
    Ce que l’article présume, c’est qu’ici toute la population « humaniste » est imprégnée de valeurs chrétiennes, et prête à les déƒendre? N’empêche, on abat les calvaires et les marchands de yaourts effacent les croix sur les photos des monastères grecs.
    Est-ce un mauvais moment à passer?
    N’oublions pas notre excellentissime Révolution Française, achèvement sublime de £’Esprit-des-£umières, avec sa ƒameuse « Constitution civile du clergé », Robespierre l’Imprécateur, sa pompeuse et louƒoque religion de £’Être Suprême. Pour ceux que ça intéresse, il y a toujours, au Quartier £atin, des « chaises de curé », cachettes installées dans l’épaisseur de certains murs (comme au Restaurant £a Fourmi Ailée) où des « prêtres réƒractaires » se dissimulaient, assis derrière un tableau, le temps que les sans-culottes aillent se rhabiller.
    £a différence est probablement que la Convention montagnarde, harcelée par les Enragés, n’a jamais su remédier aux pénuries catastrophiques, alors que les chinois se sont relevés du Grand-Bond-en-Avant qui a ƒait mourir de ƒaim des dizaines de millions de paysans.
    Mais la Némésis a plus de suite dans les idées.
    Cette chasse-aux-chrétiens est peut-être le signe que les sans-culottes chinois ont déjà commencé à ƒaire-dans-leur-ƒroc en redoutant l’avènement d’un nouveau Thermidor???

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

En Chine, la ville de Wuhan (8,9 millions d'habitants) dispose d'une flotte de 500 taxis sans conducteur. Mille autres véhicules sont prévus, ce qui portera la flotte à 1500 véhicules. Dans la vidéo ci-dessous, diffusée par Asia News, on peut voir ces véhicules à l'œuvre, et la façon dont ils fonctionnent dans une ville dense.

Wuhan dispose désormais d’une flotte de 500 taxis sans conducteur et 1 000 autres sont à venir. La plus grande expérience mondiale de voitures sans conducteur est en cours en #Chine 🇨🇳. 🎥 @XH... Poursuivre la lecture

Pendant des millénaires, la Chine a connu famine sur famine. En 1981 encore, 88 % de la population chinoise vivait dans l'extrême pauvreté. Aujourd'hui, ce chiffre est inférieur à 1%. Jamais dans l'histoire du monde des centaines de millions de personnes ne sont passées de la misère à la classe moyenne en si peu de temps.

 

Mais tout a commencé par une tragédie. À la fin de l'année 1957, Mao Zedong a proclamé le Grand Bond en avant comme un raccourci vers le prétendu paradis des travailleurs.

Selon Mao, la Chine sera... Poursuivre la lecture

La Chine est-elle un monstre totalitaire prêt à conquérir le monde ? Ou bien ses politiques étrangères et intérieures sont-elles le résultat d'un intérêt personnel rationnel, comme celui de tout un chacun ? Un nouveau livre offre quelques espoirs pour éviter une confrontation entre les États-Unis et la Chine.

Les relations entre les États-Unis et la Chine peuvent-elles éviter le bord du gouffre ?

Article original de l'Acton institute.

Peu après son accession à la présidence, Donald Trump a invité son homologue chinois, Xi... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles