Est-on mieux soigné en clinique qu’à l’hôpital ?

Beard Clinique By: Anders Lejczak - CC BY 2.0

Messieurs et mesdames les Sénateurs retoquez la loi « Ma santé 2022 » avant qu’il ne soit trop tard !

Par Bernard Kron.

À l’horizon de la nouvelle loi santé, cette question mérite d’être posée car économiquement 40 % du budget santé part pour l’hôpital qui n’assure que 25 % des soins avec un déficit cumulé de plus de 30 milliards d’euros.

La dette a explosé, et pourtant des dizaines de milliers de lits ont fermé et des établissements sont menacés de fermeture, avec près de 100 000 médecins dont 30 % de postes de titulaires non pourvus et 30 000 médecins non diplômés en France.

Sur le fond, le système de santé français est coûteux. Avec 11 % du PIB consacré à la santé, la France figure parmi les champions du monde de la dépense médicale. Pour un résultat médiocre ! Tout le problème est que cet effort est peu productif et s’accompagne d’importants dysfonctionnements dont le management sanitaire ne semble guère se soucier. La qualité des soins est donc irrégulière avec des pôles d’excellences voisinant avec la médiocrité.

Comme toujours la vérité se situe entre les deux, dépendante des spécialités et de la densité de la population, car ce n’est pas l’établissement qui soigne mais le praticien.

La qualité ne se décrète pas par l’implantation géographique, mais par la seule compétence des soignants alliée à la fonctionnalité des matériels et à la rigueur de la chaîne de soins.

Une fois de plus, la machine à mensonges est en marche. Alors qu’il est évident que le système de santé est à bout de souffle à force d’être mangé par une bureaucratisation inhérente à son gigantisme, on trouve encore des urgentistes pour expliquer qu’il vaut mieux soigner le mal par le mal : toujours davantage d’hôpitaux gérés par l’État, avec toujours plus d’argent public déversé dans une énorme machine incontrôlable et incontrôlée.

Donc, augmentons la dépense publique de santé en France et tout ira mieux.

De façon paradoxale, il faut même que le service public soit inefficace pour justifier toujours plus d’impôt et toujours moins de liberté des citoyens par rapport à un État glouton.

L’exemple des maternités

On est mieux soigné, mieux dorloté dans une petite maternité que dans une usine à bébés, clament haut et fort les personnels qui défilent quand une maternité est menacée. La France reste cependant mal classée en termes de décès maternel par hémorragie de la délivrance et en complications néonatales. Le seuil de sécurité se situe aux alentours de 1 000 accouchements par an ! On ne devrait plus accoucher dans sa voiture ou chez soi ; une proximité raisonnable reste donc nécessaire mais les maternités de proximité ferment, faute de médecins (anesthésistes, pédiatres).

Les blocs opératoires

Pour des raisons de sécurité et de qualité de soins, 120 blocs opératoires auraient dû être fermés. Deux explications se détachent pour imposer le regroupement des personnels et des matériels sur des plateaux interventionnels adaptés quitte à faire un peu plus de kilomètres pour y accéder :

  • Les équipes qui opèrent souvent acquièrent l’expérience des cas les plus difficiles et savent mieux gérer les complications qui peuvent survenir.
  • Opérer avec des chirurgiens mal formés, des anesthésistes et des infirmières vacataires ne créent pas un environnement propice aux meilleurs soins.

Se connaître, se faire confiance, anticiper passent par une pratique soutenue des mêmes acteurs travaillant ensemble. Les cliniques privées avaient cette compétence mais grâce à la politique de regroupements dans des chaines, et en imposant des normes, des centaines d’entre elles ont disparu !

La transplantation : la concentration est incontournable

En constatant l’éparpillement des centres de transplantation, des questions se posent. Pourquoi 5 services parisiens pratiquent-ils encore des greffes d’organes ? Qu’attend-on pour concentrer l’expérience sur un ou deux centres ? À Lyon, la bataille fait rage pour empêcher le regroupement de deux unités de transplantation en une ! Les arguments les plus éculés sont utilisés, alors que sécurité ne rime en rien avec proximité.

Les urgences : de petits hôpitaux non, des cliniques privées oui !

Des hôpitaux neufs sont sortis de terre, mais à quel prix ? Ils sont le bel arbre qui cache la décrépitude des autres. Pendant ce temps, les malades attendent aux urgences surchargées : 8 millions de patients en 1988, plus de 21 millions en 2018 !

L’hôpital, comme la ville, ne doit pas être la variable d’ajustement du taux de chômage dans une commune. Il doit être un lieu de soins hautement technologiques ou les équipes rassemblées agissent en commun contre la souffrance.

Alors, messieurs et mesdames les Sénateurs retoquez la loi « Ma santé 2022 » avant qu’il ne soit trop tard !

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