Le système de santé continue de se dégrader

Fermé by Sylvain Naudin(CC BY-SA 2.0)

La catastrophe sanitaire n’est pas loin et, comme souvent, ce sont les plus vulnérables qui sont frappés de plein fouet.

Par Frédéric Duval.

Aujourd’hui, nous allons aborder un thème que je n’attendais pas vraiment mais qui s’est imposé régulièrement dans vos réponses.

Le délitement du système de santé apparaît comme une inquiétude majeure pour beaucoup d’entre vous, en particulier les seniors et les ruraux.

Mea culpa, si je n’y ai pas pensé au départ, c’est par pur égoïsme. En fait, j’ai une chance inouïe car je ne vais quasiment jamais chez le médecin. Je suis donc en quelque sorte déconnecté de cette problématique et vos retours ont donc été salvateurs.

Un grand MERCI !

Le sujet du jour sera donc la santé et je compte comme toujours sur vos commentaires avertis pour faire avancer le débat.

Les déserts médicaux s’étendent

Nous vivons une véritable pénurie de médecins généralistes. En 10 ans leur nombre a baissé de 9,1 % sur l’ensemble du territoire français.

Pourtant, la population augmente ! Et ceux qui en souffrent le plus sont les ruraux… et les seniors. Toujours cette règle lancinante : plus on est loin des lieux de pouvoirs, plus on subit.

Une cartographie des déserts médicaux a été dressée et le résultat est inquiétant. Les Français doivent en moyenne parcourir 5,1 km pour consulter un médecin… contre 4,3 km en 2005.

93 départements sur les 101 que compte la France enregistrent de fortes baisses du nombre de généralistes.

Et ça ne va pas en s’arrangeant

Les médecins généralistes sont, en moyenne, plus proches de la retraite que du début de carrière. Selon les prévisions de l’Ordre des médecins, nous perdrons un quart des généralistes d’ici 2025 ! On observe un effet inverse pour les spécialistes à leur compte qui suscitent de nombreuses vocations (serait-ce lié à un meilleur salaire ?).

La catastrophe sanitaire n’est pas loin et, comme souvent, ce sont les plus vulnérables qui sont frappés de plein fouet.

L’erreur des années 1970

Cette pénurie a en quelque sorte été organisée par un centre qui ne se soucie que peu de sa périphérie. Durant les années 1970, il fallait réduire les dépenses de santé.

Quelle fut la solution « baguette magique » proposée par un gouvernement qui n’avait visiblement que peu de notions d’économie ? Le numerus clausus, un cas typique de mauvais calcul économique et de planisme aux conséquences douloureuses et très longues à réparer.

Cette mesure limite le nombre de médecins généralistes formés. Qui dit moins de médecins, dit moins de salaires, donc de dépenses… Logique ! Sauf que la réalité a cette sale habitude d’être toujours plus complexe qu’on ne le voudrait.

Les premiers médecins à disparaître furent donc ceux des zones les moins attractives. Alors qu’à l’inverse, les régions dynamiques, proches de la mer et du soleil ou des grandes villes ont pléthore de choix.

Les généralistes ne sont pas les seuls affectés

Certaines spécialités sont également en extrême pénurie, c’est le cas de l’ophtalmologie. Dans certaines régions, les patients doivent réserver jusqu’à une année à l’avance, quand ils ne font pas le pied de grue à 5 h du matin pour espérer une visite urgente sans rendez-vous.

Le problème est identique pour les IRM.  Des disparités frappantes existent entre les régions. Si en Île-de-France le délai d’attente est de moins de 20 jours, un Breton doit attendre près de deux mois… un temps précieux pour un dépistage du cancer ou pour les maladies cardiaques.

La régression est globale.

Je citerai simplement 2 exemples clés à mes yeux.

La pressurisation des hôpitaux publics

Les budgets pour la Sécurité sociale visent à combler le déficit au prix de lourds sacrifices. Le ministère impose la baisse des remboursements mais en parallèle il pousse à l’augmentation de l’ambulatoire, ce qui revient à faire baisser le prix et le volume. Les conséquences de cette recherche de rentabilité sont infernales pour un secteur déjà chauffé à blanc.

Au-delà même des conditions de traitement de patients devenus des clients un indicateur morbide a retenu mon attention :  le taux de suicide des soignants est 3 fois supérieur à la moyenne nationale, elle-même particulièrement élevée en Europe.

La baisse des remboursements de la Sécu et l’augmentation des tarifs des mutuelles

Olivier Pericchi, courtier en assurance santé, confie :

« Pour une opération de la vésicule facturée 3 300 euros dans le secteur privé, il reste 1 400 euros (près de la moitié !) à la charge de l’assuré, alors que ce dernier était totalement remboursé hier. »

On observe un bond de 102 % du reste à charge à l’hôpital et de 130 % chez les spécialistes en un an à peine. La conséquence est tragique : certains patients attendent ou refusent carrément de se faire opérer, faute de moyen, en France, en 2018, dans un pays qui se targue d’avoir l’un des meilleurs systèmes de santé au monde…

Nos seniors ne sont plus pris en charge alors que les chefs d’État du monde entier viennent complaisamment se faire soigner chez nous (Bouteflika, Idriss Déby, Noriega…) !

Un fossé ville/campagne et riches/pauvres

80 % des médecins formés sont des citadins issus de familles plutôt favorisées. Ils ne veulent travailler ni à la campagne, ni dans les milieux sensibles.

Ce fossé ville/campagne est redoublé par le fossé aisés/défavorisés : à 35 ans, un ouvrier a une espérance de vie inférieure de 7 ans à celle d’un cadre. L’accès aux soins des foyers modestes est moindre, suite notamment à la réforme Touraine. Ils consultent moins souvent les généralistes, encore moins les spécialistes, et sont moins nombreux à recourir au dépistage et à la prévention.

Encore une fois, c’est une France à deux vitesses qui se dessine

D’un côté, des urbains riches et bien formés ayant accès à tout : éducation, emplois, structures de santé, etc. De l’autre, les perdants de la mondialisation et de la législation qui sont encore et toujours les dindons de la farce.

C’est à mon avis la fracture la plus importante qui se dessine aujourd’hui en France mais aussi ailleurs.

L’élection de Donald Trump, le Brexit ou l’arrivée au pouvoir de partis populistes en Italie ont un point commun. Ils sont provoqués par le mécontentement compréhensible de ceux qui se sentent laissés sur le bas-côté par la modernité : campagnards, retraités, habitants de zones défavorisées, ouvriers, chômeurs… etc.

Ils ne savent plus vers qui se tourner et espèrent l’arrivée d’un hypothétique sauveur. Des sauveurs, qui comme souvent, ne se révèlent être que des marchands de rêves.

Leurs résultats se feront probablement attendre encore longtemps…

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