Gilets jaunes v. État français, quand l’opinion internationale s’en mêle

Yellow Vests - Act 8 By: Christophe LEUNG - CC BY 2.0

Mardi 26 février 2019, le conseil de l’Europe a rendu public un mémorandum appelant la France à mieux respecter les Droits de l’Homme suite aux événements liés aux Gilets jaunes.

Par Sabine Lula.

Voilà maintenant près de quatre mois que le mouvement Gilets jaunes défraie la chronique. D’un petit regroupement spontané sur les routes françaises pour protester contre la hausse du prix du carburant, il est aujourd’hui un mouvement multiforme, parfois incohérent (en demandant par exemple une baisse des taxes simultanément à davantage de services publics). Ce qui n’empêche pas les syndicats et certains partis politiques de chercher à le récupérer.

Si le fond initial de la révolte, à savoir le ras-le-bol fiscal des premiers Gilets jaunes, semble désormais passer au second plan face aux demandes sociales, la forme, elle, demeure la même : voilà depuis l’Acte III que la capitale et les métropoles régionales sont chaque week-end le lieu principal des heurts entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Le droit à la liberté de réunion pacifique nié par la France, selon le Conseil de l’Europe

Les médias et organismes internationaux semblent assez intéressés par l’affaire des Yellow Vest Protesters, et s’inquiètent également d’une certaine dérive autoritaire d’Emmanuel Ier. La Commissaire européenne des Droits de l’Homme dénonçait dès le 30 janvier 2019 les violences des répressions de l’État français à l’encontre de ses manifestants. À tel point que le mardi 26 février 2019, le conseil de l’Europe a rendu public un mémorandum appelant la France à mieux respecter les Droits de l’Homme.

La plupart des manifestations des Gilets jaunes s’avèrent pacifiques. Certes polluées par la venue inopinée de casseurs, il n’en demeure pas moins que la réaction des forces de l’ordre peut être disproportionnée. Le LBD est au centre des revendications : responsables de pas moins de dix-sept éborgnements et autres blessures lourdes pendant ces dernières semaines, ils représenteraient la principale menace au droit de manifester pacifiquement. Les grenades de dispersions sont elles aussi pointées du doigt, avec quatre mains arrachées chez les manifestants, cinq si l’on compte celle du gendarme réunionnais lors d’un incident au mois de novembre.

Le système judiciaire, autre atteinte à la liberté de réunion et de parole

Pour les Gilets jaunes plus chanceux que ceux finissant lourdement handicapés, mais moins que ceux qui ne sont pas appréhendés, il existe un risque, celui de la comparution immédiate, également dénoncé dans le mémorandum de la Commissaire. Si dans certains cas, le tribunal condamne des multirécidivistes de la violence, la plupart du temps, les personnes jugées n’ont rien de dangereux leaders, ni de terroristes en croisade contre l’État central français.

Le système judiciaire s’est particulièrement illustré en arrêtant de nombreuses personnes, parfois pour des motifs presque dérisoires, comme la simple possession d’une arme contondante, sans aucune preuve que le manifestant allait s’en servir. Ceux qui échappent à la comparution immédiate se retrouvent sous contrôle judiciaire, alors que certains des casseurs les plus virulents échappent à toute condamnation.

Le fait que le Conseil de l’Europe s’immisce dans la politique intérieure française témoigne bien d’une certaine situation d’urgence. Si la question du non-respect des Droits de l’Homme se doit d’être posée, la question du respect de la liberté individuelle serait peut-être plus urgente, à une époque où elle semble disparaître un peu plus chaque jour de nos vies quotidiennes.

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