Un philosophe à la tête de la droite pour les Européennes

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Un philosophe à la tête de la droite pour les Européennes

Publié le 31 janvier 2019
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Par Olivier Maurice.

On se demande bien ce que cherche Laurent Wauquiez en choisissant de mettre en tête de liste pour les élections européennes le philosophe François-Xavier Bellamy, la consultante Agnès Evren et le vieux routier du parlement Européen et spécialiste des questions régaliennes Arnaud Danjean, tous quasiment inconnus du grand public.

On pourrait longuement épiloguer sur l’art de la synthèse politique et sur la mayonnaise de courants qui a abouti à la constitution de cette liste (Bellamy a ouvertement soutenu François Fillon lors de la campagne présidentielle alors que Danjean a soutenu Alain Juppé, Evren a été la porte-parole de Libres !, le mouvement créé par Valerie Pécresse), ce qui frappe le plus dans cette annonce est le choix délibéré de ne pas composer le sempiternel hitparade des barons en quête de mandat tranquille et bien payé, qui préside d’habitude au choix des investitures lors de cette élection. Si ceux-ci ne sont pas pour autant évincés de la liste, ils se retrouvent cependant réduit au simple rôle de figurants, ce qui ne les a pas empêché de faire savoir leur mécontentement.

Ce choix est d’autant plus surprenant qu’il provient d’un parti dont le moins que l’on puisse dire est qu’il se fait remarquer par son absence depuis les deux mois que dure la grande foire où tous les populismes, de Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan à Jean-Luc Mélenchon en passant par Emmanuel Macron font la chasse aux minutes d’antennes et la course aux promesses d’argent public gratuit et illimité pour tenter de s’attirer les bonnes grâces du petit peuple en colère.

Le visage de la France de droite ?

Il semble bien que Laurent Wauquiez soit revenu sur ses positions précédentes qui avaient abouti au limogeage de Valérie Calmels et qu’il cherche de nouveau à s’adresser à cette France silencieuse qui avait voté François Fillon lors des dernières élections. Cette France dont une partie s’était reportée sur Emmanuel Macron à la suite des péripéties judiciaires de son prédécesseur. Cette France conservatrice et plus libérale que le reste du pays et qui se dit résolument à droite (cf la précédente analyse du sondage sur le libéralisme en France).

Mais ce qui frappe, c’est qu’il prenne le risque de penser qu’un certain nombre de Français ne se sente désormais plus concerné par les joutes démagogiques et se tourne vers des réflexions moins superficielles que la tarte à la crème du fumeux « droit du Peuple à décider lui-même » qui tourne en boucle actuellement. En nommant un triumvirat aux profils radicalement opposés aux tribuns qui se targuent tous d’être anti-système, révolutionnaires ou prophètes d’un nouveau monde, il fait implicitement le pari de dénoncer ces professionnels de la politique qui se vantent de comprendre mieux que personne ce que ressentent les Français « du peuple », alors  qu’ils vivent depuis toujours aux frais de la princesse dans le confort des ors de la République.

La philo au secours de la politique

Ce qui est surprenant, c’est cette idée farfelue de croire qu’un professeur de philosophie trouvera sa place face aux bretteurs aguerris de la rhétorique qui n’ont aucune pudeur à dire tout et son contraire dans la même phrase, qu’un chef d’entreprise arrivera à se faire entendre face aux économistes en peau de lapin qui sortent des milliards d’euros d’argent public de leur poche comme David Copperfield sort des lapins de son chapeau, qu’un ancien de la DGSE sera crédible alors que manifestants et forces de l’ordre jouent au chat et à la souris tous les samedis et que ces « évènements » sont dramatisés comme si on revivait chaque jour la Commune de Paris et ses 10 ou 20 000 morts.

En tout cas, les petits nouveaux propulsés « chefs » ne pourront pas compter sur grand monde pour parler du fond : Marion Maréchal a de suite brandi la manœuvre politicienne qui fait fortune dans ce pays depuis 40 ans : celle de la « porosité » entre la droite et l’épouvantail sans aucune ligne politique claire qui n’existe que par la peur que suscitent le souvenir des heures sombres de la collaboration et de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Yannick Jadot s’est aussitôt engouffré dans la porte ouverte, dénonçant le « danger » d’une nouvelle apocalypse s’ajoutant à l’embrasement climatique.

Le reste de la gauche indignée ne tardera pas, à n’en pas douter. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan prendront des airs offusqués et parleront d’original et de copie. Jean-Luc Mélenchon en profitera pour remplir une page entière de son blog en faisant l’apologie de la liberté vénézuélienne, des fabuleuses réussites économiques cubaines et nord coréennes et en clamant le besoin impérieux de défendre la démocratie en danger.

C’est un pari très risqué que tente Laurent Wauquiez en nommant un philosophe comme tête de liste des Républicains pour les élections européennes : celui d’être totalement à contre-courant de l’escalade démagogique des « yaka fokon » qui anime la France depuis maintenant plusieurs dizaines années. Cela fait déjà bien longtemps que beaucoup de gens se sont résigné à ne plus prendre au sérieux cette politique qui parle de tout et de rien. De tout, sauf de sujets sérieux.

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  • Des philosophes maintenant…

    Avec la chemise blanche sans cravate au premier bouton réglementairement déboutonnée.

    Une copie carbone de plus de la soi disant élite.

    C’est un comptable qu’il nous faut. Terne, gris, efficace, honnête.

    • Absolument pas. C’est ce que la droite propose depuis 30 ans sans pour autant être crédible en matière de réduction des déficits une fois arrivée au pouvoir.
      Cette carte là est usée jusqu’à la corde en raison des actes qui n’ont jamais suivi les paroles.
      François Xavier Bellamy est l’une des dernières chances pour réconcilier les français avec la politique plutôt que de se tourner vers le RN.

      • Oui. Mais il faut se rappeler que ces elections sont un scrutin de liste. Ce qu’il faut regarder c’est toute la partie de la liste qui peut être éligible: chacun aura une voix, et la logique des partis est un peu moins présente au parlement européen qu’à l’Assemblée Nationale.

      • Parce que vous croyez vraiment qu’on a mis des gestionnaires aux manettes depuis 50 ans ? Mitterrand , Chirac, Sarko, Hollande ? des gestionnaires ? Des idéologues, ou des baratineurs oui …
        Même Macron n’a jamais rien géré de sa vie…
        Non, désolé, on a vraiment besoin de gens qui ont les mains dans le cambouis, et qui arrêtent de voir la réalité au travers de leur prisme politique/idéologique déformant…

    • Depuis les récentes déclaration de Ferry, la côte du philosophe à beaucoup baissé …

  • Bon, d’accord. Mais en tant que libéral j’aimerais savoir si c’est vers eux qu’il va falloir se tourner pour les Européennes ?
    Macron pas question, je suis un jeune retraité et je ne vais pas me faire avoir une nouvelle fois par ce freluquet prétentieux !

  • Mon copain Ahmed m’a dit:

    Il i fou çouilà, c’i pas loui, c’i la poule qui fis lö öfs…

    Aïe, pas taper !
    Je sors…

  • pour une fois que l’on a du changement !!!

  • On aimerait que LR nous fasse le bonheur d’avoir un programme, comme par exemple mettre fin à l’implantation d’éoliennes un peu partout. Mais c’est mal parti : LR se spécialise dans les phrases creuses ; même en cherchant loin, on ne parvient pas à y trouver la moindre idée.

  • y’a vraiment une droite en France?

  • Et bien, personnellement, je trouve que le choix par Laurent Wauquiez de ce triumvirat est une excellente initiative car ce sont tous les trois des personnes qui ont fait la preuve de leur valeur sans se répandre sur les plateaux de télévision ou dans les radios. Nul doute qu’ils vont être la cible de critiques acerbes de tous bords!

  • Je pense que l’auteur de cet article n’a jamais entendu parler M Bellamy.
    Il ne s’agit pas d’un philosophe raisonnant dans l’abstrait mais d’un homme qui va réhausser le débat politique comme on n’a pas vu en France depuis des décennies.
    Certaines nouvelles figures paraissaient plus ou moins crédibles parmi dans les opposants à Macron. Elles apparaîtront vite dénuées d’intérêts à côté de lui.

  • Pas sûr qu’il y ait un risque à être « totalement à contre-courant de l’escalade démagogique des « yaka fokon » qui anime la France depuis maintenant plusieurs dizaines d’années ».
    En effet, en politique, une sage stratégie est de se centrer sur son électorat. C’est sans aucun doute le cas. On verra si c’est payant ou pas.

  • Le fil du texte est difficile à suivre :
    Où est le scandale ? Pourquoi ces réactions sur sa personne ?
    Ah, oui, j’ai compris : l’auteur omet de nous dire que Bellamy est catholique…

  • J’ai écouté une de ses conférence concernant l’éducation. J’ai trouvé son propos pertinent , d’un niveau peu habituel , honnête avec de la fraicheur . Que sera son approche politique ?

    • Voilà ce qu’il a dit:
      «Nous ne sommes pas là pour défendre nos convictions. Laissons cela aux autres, laissons cela à ceux qui ne défendent que leurs intérêts, laissons cela à Jean-Pierre Michel, à Christiane Taubira, à Vincent Peillon. Laissons-les défendre leurs convictions. Nous servons le bien de l’homme, nous servons le bien de tout homme, et aucun autre but n’est suffisamment grand pour nous.»

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