Wauquiez limoge Calmels : où va la droite ?

Laurent Wauquiez en 2014 by UMP photos(CC BY-NC-ND 2.0)

Le choix politique de Laurent Wauquiez de se figer dans la direction qu’il a choisie risque fort de détourner un nombre encore plus important d’électeurs de la politique.

Par Olivier Maurice.

Depuis les années 80, la question du choix entre le front républicain et le ni-ni, autrement dit la question du rapport avec le Front National maintenant Rassemblement National semble être la seule question politique qui intéresse vraiment les hommes politiques de droite. Ces chicaneries ont semble-t-il pris une dimension rarement atteinte, lorsque l’on découvre ce week-end que le numéro 2 des Républicains, Virginie Calmels, n’hésite plus à laver le linge sale en public en attaquant frontalement le numéro 1, Laurent Wauquiez, sur le sujet, lequel ne tarde pas à répliquer en la limogeant illico de son poste de premier vice-président des Républicains.

Tout ce psychodrame m’a fait m’arrêter sur une question que je me pose depuis très longtemps : mais pourquoi donc la droite française tient-elle absolument à devenir un parti de gauche ?

Je parle ici de la droite que l’on appelle couramment de gouvernement. Cela fait déjà longtemps que la droite dite d’opposition et que l’on s’escrime à appeler extrême-droite est dans la réalité un parti de gauche, même carrément d’extrême gauche.  Et la question que je me pose plus précisément est : pourquoi Laurent Wauquiez tient-il autant à faire suivre à son parti la même voie que celle que suit le parti de Marine Le Pen ?

Droite ou gauche

Il est vrai que, sans tomber dans les slogans populistes, il n’est pas très simple de faire la différence en France entre la droite et la gauche.

Entre un François Mitterrand qui a été le premier président de gauche de la V° République et que bon nombre de gens de gauche considèrent comme ayant été de droite, un Jacques Chirac élu en 2002 avec les voix de gauche, un Nicolas Sarkozy qui a embauché bon nombre de ministres de gauche, un François Hollande accusé par les frondeurs tout le long de son mandat de trahir la gauche et un Emmanuel Macron qui se dit de gauche et qui prend comme Premier ministre un élu de droite …  Il y a franchement de quoi se perdre si on ne suit pas de près les finesses rhétoriques qui justifient ou pas ces petits arrangements électoraux.

L’image est encore plus floue pour les libéraux qui ont tendance à amalgamer ces deux courants qui se sont montrés tous les deux constamment éloignés du libéralisme et qui considèrent donc que les deux ne sont que d’insignifiantes nuances de socialisme : l’un se voulant universel (la gauche) et l’autre se voulant patriote (la droite).

Cependant, il y a une différence. Ou tout du moins il y a eu une différence claire et bien marquée. La droite sépare clairement pouvoir et citoyens, alors que la gauche considère que le pouvoir appartient au Peuple.

Je pense que cela ne choquera personne de dire que la monarchie est plutôt un régime politique de droite, surtout quand on la compare à la démocratie plus à gauche, ou de dire que la monarchie constitutionnelle serait plus à droite que la république, le mandat représentatif plus à droite que le mandat impératif, le suffrage censitaire plus à droite que le suffrage universel, etc…

Universalisme et anachronisme

Cette différence n’est pas absolue, elle dépend fortement de l’époque et de ses us et coutumes. La société a fortement évoluée depuis 200 ans et elle continue à se modifier rapidement. Ce qui pouvait paraître de gauche il y a des années peut être clairement de droite actuellement et inversement. Les notions de pouvoir, de peuple ont fortement changé et il est plus que douteux de vouloir placer des positions politiques en dehors de leur contexte.

L’exemple le plus frappant est sans doute la position des deux camps sur la suppression de l’esclavage, suppression qui remettait complétement en question la notion de citoyenneté, ce qui fait que c’est la droite américaine qui l’a mise en œuvre aux USA, alors que l’on considérerait maintenant clairement que cela est plutôt une idée de gauche. On pourrait citer de nombreux autres exemples dans l’autre sens, comme la loi Le Chapelier qui interdisait les syndicats ou le discours de Jules Ferry défendant la colonisation.

Ce qui importe est bien plus la direction que le but lui-même. Un mouvement qui appelle à l’établissement d’une monarchie constitutionnelle dans un régime de monarchie absolue est clairement de gauche, alors qu’un mouvement qui chercherait l’établissement de la même monarchie constitutionnelle dans une république est clairement de droite.

Tous les populismes sont de gauche

Le récent exemple Italien nous a prouvé concrètement quelque chose dont tout le monde se doutait depuis bien longtemps : les populismes de bords différents sont compatibles entre eux.

La raison en est somme toute assez simple : tous les populismes sont de gauche. Leur principe fondateur est de rendre au peuple le pouvoir dont il a été dépossédé, alors qu’il en serait le propriétaire légitime. Cette revendication est tout simplement le fondement de toutes les idées de gauche : le pouvoir appartient au peuple.

Les positions de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles s’opposent clairement à la position de droite qui est de dire qu’il n’y a aucune importance à ce que le pouvoir soit national ou européen, qu’il soit composé d’élus ou d’experts, à partir du moment que celui-ci fasse bien son boulot et qu’il soit suffisamment éloigné du Peuple pour en avoir les moyens, qu’il s’élève au-dessus des querelles partisanes, selon la formule consacrée, c’est-à-dire qu’il agisse en tant qu’arbitre au-dessus de la mêlée et non en tant que porte-parole d’une revendication.

Nationalisme et Internationalisme

Ce qui entraine actuellement la confusion vient de la notion de peuple qui est bien mise à mal depuis quelques années. Le pouvoir s’étant détaché de la vie des gens, ceux-ci cherchent tant bien que mal à comprendre de quelle communauté ils font partie.

La mondialisation, la transformation Européenne, les questions migratoires et sécuritaires, les mouvements régionalistes qui sont au cœur de la vie politique depuis 40 ans illustrent parfaitement ce malaise : chacun essayant de chercher à quelle communauté il appartient : Région, Pays, Europe ou Monde ?

Ainsi les identitaires qui font la chasse au migrants considèrent que le peuple se compose uniquement des ressortissant nationaux, alors que les no-borders à l’opposé considèrent que le peuple est composé de l’ensemble des êtres humains sans distinction de nationalité.

On aura donc tôt fait de classer les uns à droite et les autres à gauche, mais il n’en demeure pas moins que penser qu’un membre du peuple (quelle que soit la définition qu’on lui donne) a intrinsèquement des droits particuliers qui lui sont dus est une idée de gauche.

[Note pour les libéraux : je parle bien ici de droits positifs, de droits à quelque chose et non des droits naturels que sont les libertés]

Les identitaires considèrent que le peuple (entendez les nationaux) a le droit intrinsèque de refuser l’entrée de nouvelles personnes qui viendraient modifier la composition du peuple. Les no-borders considèrent que le peuple (entendez les migrants) a le droit intrinsèque de venir s’installer dans le pays qui lui plait et d’en tirer les avantages qui y sont prodigués.

La position de droite sur le sujet serait de dire qu’il est du ressort du pouvoir de fixer des règles (quotas, procédures …) en fonction des besoins économiques ou autres, en dehors de toute considération idéologique reposant sur des privilèges réservés aux nationaux ou des revendications déclarées légitimes et universelles en raison de telle ou telle idéologie.

Si le régime politique était une monarchie absolue, il est assez évident que la décision de faire entrer les migrants, ou pas, serait une décision arbitraire du souverain, qui ne s’affranchirait peut-être pas totalement de l’opinion du peuple, mais qui reposerait bien plus sur des considérations économiques, diplomatiques ou autre que sur des raisons philosophiques établissant des règles juridiques ou morales.

Dérive droitière ou dérive gauchiste ?

En voulant suivre la ligne Buisson qui tend à vouloir s’attirer les bonnes grâces de l’électorat populaire, politique que Virginie Calmels dénonçait dans son interview comme une dangereuse dérive droitière tendant à rapprocher les Républicains du Rassemblement National, Laurent Wauquiez tire en fait son parti vers la gauche.

Pour les libéraux, il convient donc sans doute d’attendre, mais le paysage ne semble pas s’éclaircir, entre le Rassemblement National, la France Insoumise et maintenant Les Républicains dont la principale préoccupation semble être de proposer une liste clientéliste de cadeaux électoraux distribués par un État père Noël et la République en Marche en pleine hyperactivité à tenter de colmater toutes les brèches de l’État obèse pour éviter qu’il ne coule, aucun parti ne propose vraiment d’alternative qui permettrait à la France d’effectuer enfin les transformations vers moins de dirigisme et plus de vision à long terme dont elle a cruellement besoin.

Le choix politique de Laurent Wauquiez de se figer dans la direction qu’il a choisie risque fort de détourner un nombre encore plus important d’électeurs de la politique.

Gageons que la nature ayant horreur du vide, il finira bien par se créer un mouvement qui concrétisera l’idée que le rôle du pouvoir n’est ni de faire la chasse aux électeurs, ni de promouvoir une idéologie quelle qu’elle soit, ni surtout de régner sur une armada de fonctionnaires occupés à pomper l’argent des uns pour le redistribuer aux autres, mais de se concentrer sur l’essentiel et de faire au mieux le seul vrai boulot pour lequel on le paie : à savoir prendre les meilleures décisions possible pour l’avenir du pays.

On peut juste se demander combien de temps cela prendra et ce qu’il en coûtera d’en arriver jusque-là.