Le Grand débat se transforme en cirque médiatique

Cyril Hanouna et Marlène Schiappa en animateurs du Grand débat national. Voilà de quoi encore accélérer la défiance des Français envers leur gouvernement.

Par Claude Robert.

Il est parfois préférable de rire de ce qui est grave, plutôt que de s’en offusquer. Ceci est d’autant plus facile lorsque des événements a priori affligeants prennent eux-mêmes une tournure clownesque et incitent à la caricature. Ainsi en est-il de ce fameux Grand débat national censé pourtant répondre à la révolte populaire avec la diligence et le sérieux que celle-ci mérite, débat en train de virer tout simplement au happening sur internet et dans les médias.

Conscient de l’opportunité de faire du buzz sur un évènement d’ampleur nationale et plus que chargé en émotion, une chaîne de télévision s’est naturellement emparé du sujet, LCI, via l’émission de Roselyne Bachelot. Mais c’était sans compter sur C8, et sur le gouvernement lui-même, via l’incroyable participation d’une secrétaire d’État, Marlène Schiappa, qui secondera Cyril Hanouna dans un programme également consacré au débat, et dont l’accroche dissipe le moindre doute quant à son niveau : « balance ton post1 ».

L’État n’a donc même pas peur du ridicule, et profite au passage pour cadenasser un peu plus le débat tout en le masquant derrière l’apparence du folklore, ceci au grand dam des règles démocratiques les plus élémentaires. En noyant la consultation dans des festivités dont Philippe Muray se délecterait2, il semble en effet que l’État tente de gagner du temps, d’asphyxier le mouvement des Gilets jaunes et surtout, ruse grotesque, de verrouiller les récriminations du peuple afin d’éviter de se remettre en question.

De tout ce barnum résulte une sorte d’évènement politique non identifié, quelque chose de totalement hybride, au croisement entre la farce de mauvais goût et la kermesse du dimanche. Quelque chose de parfaitement indigne de notre démocratie en tout cas, mais à la mesure de la « démocrature » que cette dernière est devenue.

Depuis le mouvement des Gilets jaunes, mouvement pourtant d’ampleur, Emmanuel Macron commet trois graves erreurs :

  • il continue d’interférer, de se montrer dans le débat et de sermonner alors qu’il est lui-même une partie du problème ;
  • il méprise le peuple en organisant une consultation qui ne respecte pas les lois de la démocratie ;
  • il est incapable de prendre la mesure des difficultés du pays et d’actionner la seule réponse qui vaille : le libéralisme économique.

Emmanuel Macron ou l’entêtement dans l’erreur

Alors qu’il suscite un rejet viscéral d’une partie grandissante de la population, alors qu’il souffre d’une cote de popularité exceptionnellement basse, alors même qu’il a été élu avec très peu de scrutins et grâce à des artifices plus ou moins clean3, Macron se comporte comme s’il était légitime et apprécié ! C’est à se demander s’il met son nez de temps en temps dans les réseaux sociaux, s’il regarde les actualités, et si son entourage immédiat ose lui parler de la répulsion épidermique qu’il suscite.

Car le rejet de sa personne est un leitmotiv solidement ancré parmi les Gilets jaunes, les nombreuses banderoles en attestent, en dépit des tentatives de censure4. Comment les pauvres, les chômeurs et les petites gens ne se sentiraient-ils pas méprisés après les paroles maladroites que le président collectionne à leur égard depuis son élection ? Il n’est même pas exagéré de dire qu’il constitue, intuitu personae, une partie du problème. Or, loin de s’effacer, de prendre un profil bas et de la jouer modeste (ne parlons même pas d’excuses), il en profite pour se mettre en avant dans sa lettre aux Français et pour animer lui-même des débats dans certaines municipalités !

Emmanuel Macron ou le dédain de la démocratie

Sans surprise, la confiance des Français dans la classe politique ne cesse de s’étioler. Il ne manquait plus que l’épisode Benalla et les mensonges à répétition sur la hausse des taxes sur l’essence, sur les limitations de vitesse et sur la « baisse » des impôts pour doucher les citoyens les plus complaisants.

Selon la définition du Larousse, la démocratie est « un système politique dans lequel la souveraineté émane du peuple ». Selon les faits avérés, il semble au contraire que le président et son gouvernement nous abusent et servent d’abord leurs propres intérêts, à savoir collecter de l’argent frais auprès des contribuables pour éviter le moindre sacrifice.

Mais le pire était à venir, avec cette totale désacralisation de ce que le président a osé nommer un Grand débat national. Mettre en pâture une telle consultation sur internet, dépêcher un membre du gouvernement pour co-animer une émission de télévision avec un animateur spécialisé dans le vulgaire, tenter d’orchestrer les débats et les remontées des récriminations via l’unique patronage de l’État, tout cela revient à ruiner ce qui nous restait d’espoir démocratique.

Ce qui aurait pu et dû devenir un grand moment de la vie de la cité et le point de départ de la réhabilitation du peuple se termine dans une espèce de foire téléguidée par médias interposés : émissions de télévision, consultation sur internet, et grands oraux municipaux en présence du président. Une sorte d’apothéose de dé-construction de la démocratie, un avatar monstrueux digne des apprentis sorciers qui actuellement nous dirigent !…

Emmanuel Macron ou le socialisme pavlovien

De nombreux économistes datent le début de notre déclin socio-économique actuel à la fin des années 1970. La plupart des précédents présidents ont bien évidemment leur responsabilité dans ce recul. Cependant, au fur et à mesure que notre appauvrissement se matérialise, les erreurs se paient de plus en plus cash et sont de moins en moins acceptées.

Ainsi, le mandat de Hollande a été particulièrement catastrophique, et la responsabilité de son conseiller fiscal devenu ensuite son ministre de l’Économie n’est pas anodine. Hélas, non seulement Macron poursuit dans la même voie keynésienne de dépenses d’aides aux chômeurs, mais il n’a visiblement pas la présence d’esprit de remettre en question cet atavisme au moment où la rue lui crie qu’elle n’en peut plus.

Car le mouvement des Gilets jaunes est un mouvement spontané qui dépasse de très loin les habituelles revendications de fonctionnaires orchestrées par les syndicats d’extrême gauche5. Il semble que le pays ait atteint les limites de la tolérance psychologique des catégories défavorisées. Il n’y a pas trente-six réponses possibles pour relancer notre économie déclinante. On ne résout pas une chute de la compétitivité comme la nôtre en poussant simplement la demande, c’est-à-dire en ne soignant que la douleur de l’appauvrissement et pas sa cause ! Le problème dont souffre notre pays se trouve aux antipodes de ce pour quoi le keynésianisme est efficace !

Hélas, cette remise en question semble inenvisageable chez Macron. N’a-t-il pas confisqué le soi-disant grand débat qu’il propose en le verrouillant de toutes parts ? La crise actuelle ne méritait-elle pas une vraie consultation populaire avec une garantie de transparence quant aux récriminations exprimées ? Comment imaginer que Macron puisse changer de paradigme économique alors qu’il impose à cette consultation une organisation totalement étatique ?

Pour toutes ces raisons, la réponse du président et de son gouvernement semble tellement en deçà des problèmes qu’il faut hélas craindre non seulement la poursuite du mouvement de révolte, mais son aggravation.

Sur le web

  1.  Traduire : « balance ta récrimination, défoule-toi ».
  2. Homo festivus festivus, un livre hilarant (entre autres) sur les travers du politiquement correct actuel.
  3. Au premier tour, le candidat au programme libéral a été dézingué par le PNF pour des faits pourtant connus depuis 20 ans. Au second tour, n’importe qui aurait gagné contre Marine Le Pen tellement les médias et la classe politique s’étaient ligués contre elle.
  4. France 3,12/18.
  5. Le trio infernal CGT, SUD et FO.
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