Des chercheurs influencent le prix de votre alimentation

Girl at a market By: Stephen Bartels - CC BY 2.0

Sur la foi d’une nouvelle étude prétendument scientifique, certains voudraient taxer la viande rouge. Mais nous devrions-nous pas être aptes à choisir nous-même sans interférence ?

Par Bill Wirtz.

Dans une publication récente pour l’Université d’Oxford, le Dr. Marco Springmann, plaide en faveur de l’introduction de taxes supplémentaires sur la viande rouge. Springmann soutient que les produits comme le lard pourraient causer la mort de milliers de personnes chaque année, car ils sont associés à des risques plus élevés de maladie cardiaque, d’AVC et de diabète de type 2.

Trop souvent, ce ne sont pas ceux qui proposent ces taxes qui sont les plus touchés. Même si une taxe sur la viande rouge était introduite, les « défenseurs de la santé publique » (nous choisirons les guillemets jusqu’à ce que nous soyons convaincus qu’ils plaident véritablement pour des mesures en sa faveur) auraient toujours les moyens d’acheter autant de viande qu’ils le souhaitent.

Un principe socialement injuste

Ce n’est pas le cas des plus démunis : comme pour toute autre taxe sur la consommation, ce sont les pauvres qui sont les plus touchés par la mesure, puisqu’ils consacrent une plus grande part de leurs revenus à ces biens, comparé aux personnes à revenu élevé.

À moins d’être favorable à l’idée que les pauvres doivent être davantage guidés dans leur consommation que les personnes à revenu élevé, une taxe sur la viande est tout simplement socialement injuste.

Oui, il est évident qu’il est important d’être sensibilisé aux risques pour la santé associés à la nourriture ou à un mode de vie, mais en fin de compte, c’est à chacun de choisir par lui-même ce qu’il veut manger ou consommer.

Si on pense le contraire, ces mesures ne s’arrêteront pas là : une fois que les consommateurs auront abandonné la viande rouge, les partisans de l’État-nounou trouveront un nouvel angle d’attaque contre le moindre soupçon d’amusement. Le paternalisme prenant le dessus, il sera un jour nécessaire de défendre une chose aussi simple que le droit de s’amuser.

Mais nous ne devons pas seulement discuter le principe, nous devons aussi nous intéresser aux statistiques.

Un principe statistiquement contestable

L’argument essentiel est que la viande constitue un danger pour la santé publique car elle serait associée à un risque accru de cancer. Les mots-clés associés à sont ici très importants, d’autant plus qu’ils sont répétés souvent. Tout ce que vous consommez est essentiellement cancérigène et peut donc être lié à différents cancers. La question est de savoir à quel point ces substances sont dangereuses, donc leur degré de dangerosité. L’étude sur laquelle Springmann se base est une méta-analyse de 2011 provenant de l’Institut de technologie des sciences de la vie, de l’alimentation et de l’environnement de Paris, qui dit ceci :

La possibilité de prévenir le cancer colorectal au Royaume-Uni en réduisant la consommation de viande rouge, en augmentant la consommation de fruits et légumes, en augmentant l’activité physique, en limitant la consommation d’alcool et en contrôlant le poids a été estimée à 31,5 % chez les hommes et 18,4 % chez les femmes.

Vous avez peut-être remarqué ici que la réduction de la consommation de viande rouge n’est qu’une des cinq caractéristiques clés que les gens devraient suivre afin de réduire leur risque de cancer colorectal d’un tiers (pour les hommes). Si l’on se limite à la consommation de viande rouge, on constate une réduction du risque possible de 5 % au Royaume-Uni, à condition que la personne consomme plus de 80 g de viande rouge par jour. Donc oui, certaines personnes peuvent réduire leur risque de certains cancers dans une certaine mesure si elles limitent leur consommation de viande rouge.

Cependant, cela n’est vrai que si les gens réduisent leur consommation de viande rouge sans la compenser par une autre consommation plus nocive.

Un postulat scientifiquement contestable

Il semble qu’il y ait un désintérêt malheureux de la part des défenseurs de la santé publique pour l’analyse d’éventuelles conséquences involontaires. Si vous limitez l’accès à un produit, les gens sont susceptibles de reporter leur consommation sur autre chose. Prenons l’exemple de la taxe sur les matières grasses au Danemark introduite l’année même où la méta-analyse de Paris a été publiée.

En octobre 2011, la coalition politique danoise a introduit une taxe sur les aliments et les boissons qui causeraient l’obésité comme le beurre, le lait, le fromage, la viande, la pizza et l’huile, du moment qu’ils contiennent plus de 2,3 % de graisse saturée. Après quinze mois d’application, la même majorité parlementaire a abrogé la taxe, les Danois ayant reconnu que la mesure était un échec.

Pourtant, une étude publiée dans l’European Journal of Clinical Nutrition suggère qu’au cours des mois qui ont suivi l’entrée en vigueur de la taxe, la vente de ces aliments avait chuté de 10 à 15 %. Toutefois, cela ne tient pas compte de l’effet de stockage ou de thésaurisation que les Danois ont effectué en prévention de l’introduction de la taxe. En effet, en analysant les ventes durant les 15 mois pendant lesquels la taxe était en vigueur au Danemark, on constate une baisse marginale de 0,9 % de la consommation des aliments dits gras, et des boissons : un résultat qui se situe dans la marge d’erreur.

Il est difficile de prédire ce que feront les consommateurs britanniques lorsqu’on leur présentera une hausse massive des taxes sur la viande rouge, mais ce n’est certainement pas aussi clair que les “défenseurs de la santé publique” le voudraient. Le fait qu’ils ne tiennent pas compte des conséquences involontaires témoigne davantage d’un comportement idéologique que d’une recherche scientifique.

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