Gilets jaunes et CSG : Macron n’a pas abordé le tabou des retraites

Nos problèmes de finances publiques ne pourront être résolus qu’en baissant fortement le coût des retraités que ce soit par un âge de départ retardé ou une baisse des pensions (ou une hausse de la CSG).

Par Eddie Willers.

Afin de calmer les tensions et les explosions de violences liées à la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a annoncé un certain nombre de mesures et de réformes. La plus marquante aura certainement été la hausse de 100 euros du SMIC dont nous attendons encore les contours exacts mais qui comme je l’avais déjà montré n’aura que pour seul effet d’accroître le chômage en France.

Pourtant, je retiendrai de son allocution une mesure qui me semble bien plus importante : l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2000 euros. Il faut bien comprendre qu’Emmanuel Macron avait pris un tournant historique en début de son mandat en augmentant la CSG. La Contribution Sociale Généralisée est un impôt créé en 1991 qui vise à faire supporter le financement de la protection sociale non plus sur les seuls actifs mais sur tous les Français. Son assiette correspond à tous les types de revenus y compris les salaires mais aussi les revenus du patrimoine et les pensions de retraites.

L’augmentation de la CSG, d’une certaine manière, venait donc diminuer le niveau des retraites et correspondait à un (léger) rééquilibrage entre les niveaux de vie des actifs et des retraités. Mis à part Emmanuel Macron, personne n’avait encore osé parler de ce tabou français des retraites.

Un pognon de dingue

Car oui, le niveau de vie des retraités et en particulier des baby-boomers coûte un pognon de dingue et se fait sur le dos des actifs dont le niveau de vie ne progresse pas. Chaque année près de 15 % de la création de richesse du pays part dans le paiement des retraites. Ainsi 20 % de la population s’accapare 45 % des prestations sociales (hors dépenses de santé dont ils sont également les principaux bénéficiaires). Loin d’avoir cotisé pour les montants qu’ils perçoivent, ils sont un poids mort pour les finances françaises.

Droite comme gauche s’imaginent que l’argent pousse dans les arbres et qu’en un tour de main nous pouvons régler notre problème de déficit : la droite en disant qu’il faut rationaliser le fonctionnement de l’État (vrai, mais dérisoire en montant) et la gauche en s’imaginant que les riches peuvent payer ad vitam aeternam pour ses délires égalitaristes.

Pourtant nos problèmes de finances publiques ne pourront être résolus qu’en baissant fortement le coût des retraites, que ce soit par un âge de départ retardé ou une baisse des pensions (ou une hausse de la CSG). Aucun homme politique ne l’évoque mais les retraites sont l’éléphant dans le magasin de porcelaine de la dépense publique française.

Commençons tout de suite notre démonstration en nous attardant sur le taux de pauvreté des retraités. Le taux de pauvreté (60 % du revenu médian) des retraités était en 2017 de 6,6 % vs. 14,2 % pour l’ensemble de la population selon le ministère des Solidarités.

Ce montant est à mettre en regard du taux de pauvreté des jeunes. Je n’ai pas réussi à trouver les données pour le seuil de pauvreté à 60 % mais je vous laisse constater l’infographie ci-dessous de l’Observatoire des Inégalités pour un seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian :

Ou encore :

Alors que nous voyons passer quasiment tous les jours des images de pauvres retraités qui ont du mal à joindre les deux bouts, vous ne verrez quasiment jamais d’images de jeunes de 25 ans au SMIC qui galèrent. Pourtant ces derniers sont bien plus représentatifs des personnes en situation de précarité dans ce pays.

Le niveau de vie des retraités supérieur à celui de la population

Par ailleurs, le niveau de vie global des retraités est supérieur à celui de la population, quand bien même les retraités ne touchent plus de salaires qui logiquement devraient être supérieurs aux pensions :

À chaque fois que le sujet du niveau de vie des retraités est mis sur la table, vous voyez apparaître un reportage sur Jeanine qui touche une petite retraite et qui galère. Je ne mets absolument pas en doute le fait que la vie n’est pas toujours rose pour elle, néanmoins je souhaite remettre cette image en perspective lorsque nous parlons des retraités.

En lisant le Panorama de la DREES sur les retraités et les retraites, vous découvrez par exemple que seuls 25 % des retraités de la génération 1946 ont une retraite inférieure à 1 200 € :

En analysant la répartition interdéciles des niveaux de vie des retraités, nous remarquons par ailleurs que chaque décile de cette population a un niveau de vie supérieur au même décile de la population française et que cela est encore plus flagrant sur les déciles les plus faibles :

Nous avions donc seulement 20 % des retraités qui avaient un niveau de vie inférieur à 1290 euros à fin 2015. Encore une fois, cela permet de remettre en perspective les informations qui passent sans cesse au sujet des petites retraites, notamment si nous tenons compte des niveaux de patrimoine.

Il faut ainsi noter que la France est le seul pays avec le Luxembourg à avoir un niveau de vie de ses retraités supérieur à celui de l’ensemble de sa population (cocorico !).

L’allongement de l’espérance de vie

Mais alors, d’où vient ce niveau de vie supérieur dont bénéficient les retraités ? L’explication première est à aller chercher du côté de l’espérance de vie qui a crû de manière bien plus rapide qu’anticipé dans les années 1970.

Source : OCDE

Nous remarquons qu’entre 1981 et 2015, l’espérance de vie à 65 ans a augmenté de 5 ans alors que dans le même temps, l’âge de départ à la retraite a péniblement été augmenté de 2 ans et que cela n’est arrivé qu’en 2010. Alors que la retraite moyenne s’établit à 1 390 euros mensuels, ce gain grâce à l’espérance de vie s’établit donc à 85 000 euros.

Alors que la plupart des retraités imaginent avoir mérité leur retraite parce qu’ils ont travaillé toute leur vie, nous allons voir que cette affirmation est très largement erronée.

Il est intéressant de souligner tout d’abord que cette hausse naturelle du niveau des retraites s’est faite en supplément d’un niveau de cotisation plus faible pour les générations de retraités actuelles que pour les actifs d’aujourd’hui :

Source : COR

Nous remarquons que ce taux de cotisation moyen se rééquilibre à partir de la génération X, post-baby boom, ce qui traduit bien le fait que les baby-boomers sont certainement les plus favorisés parmi les retraités.

Cela se voit notamment au travers de l’augmentation régulière du montant de la pension moyenne, qui était de 1 029 euros mensuels en 2004 et qui atteint aujourd’hui 1390 euros (une croissance 1,1 point supérieure à celle de l’inflation soit dit en passant). Les générations les plus anciennes, qui bénéficiaient de retraites plus faibles, décèdent et laissent leur place aux boomers qui ont bénéficié de meilleurs salaires au cours de leur carrière. Les dernières études ont été réalisées sur la génération 1949 et montrent une pension moyenne 30 % supérieure à celle de leurs aînés de 1938 :

En plus d’avoir bénéficié de meilleurs salaires, les boomers ont également profité des années de forte inflation pour emprunter et se constituer un patrimoine immobilier à moindre coût. Le patrimoine moyen des retraités atteint ainsi 170 000 euros, soit le 4ème plus élevé de l’OCDE. Le tout pour une durée de cotisation effective de 37,5 ans en moyenne :

L’entretien de ce système coûte une fortune à la France qui doit s’endetter chaque jour pour financer ses retraites. Ce transfert de richesse monumental se fait en faveur des retraités au prix des actifs et des plus jeunes d’entre eux qui subissent des prélèvements obligatoires colossaux. À cela s’ajoutent des prix de l’immobilier faramineux qui empêchent nombre d’entre eux de devenir propriétaires et de se constituer un patrimoine.

Le pouvoir d’achat des retraités a augmenté

Vous ne serez dès lors pas surpris en lisant cet article des Échos publié dans la semaine et intitulé “Cette crise du pouvoir d’achat qui couvait depuis 10 ans”. Nous y apprenons entre autres que la seule catégorie de la population qui a vu son pouvoir d’achat croître entre 2008 et 2016 sont… les retraités !

J’ai bien conscience que les enjeux ne sont pas les mêmes pour tous les retraités et que les situations sont très disparates en fonction des régimes de retraite, cependant cela ne vient en aucun remettre en cause la trame de fond sur le fait que le niveau des retraites actuel est trop élevé par rapport à ce qu’il devrait être :

Ce tableau nous permet en outre de voir que les régimes spéciaux bénéficient en moyenne de pensions bien supérieures à celle du régime général. Ils sont pour nombre d’entre eux injustifiés et devraient être purement et simplement supprimés.

Du fait de la démographie qui tend à augmenter année après année notre espérance de vie, nous ne pourrons réduire notre déficit qu’en nous attaquant en profondeur à notre système de retraite. Il représente 14 % de notre PIB et constitue, comme nous l’avons vu, un privilège indu. L’augmentation de la CSG et de l’âge de départ à la retraite constituent deux pistes à évaluer de toute urgence si nous souhaitons un jour présenter des comptes à l’équilibre et arrêter de ponctionner éhontément les actifs.

À titre d’exemple, si nous dépensions la même proportion de notre PIB que la Suède (pays pourtant plutôt généreux sur ses prestations sociales) pour les retraites nous économiserions près de 100 milliards d’euros par an ! Loin des calculs d’apothicaires sur la réforme du fonctionnement de l’État ou du mythe des 80 milliards de l’évasion fiscale, la seule véritable solution juste et rapidement efficace pour nos deniers publics passera par une refonte du système des retraites.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.