Macron : Bye bye « en même temps », bonjour bon vieux socialisme !

President Macron by Global Partnership for Education — Global Partnership for Education , CC-BY

Je-m’en-foutisme politique, irresponsabilité économique, abondance de déclarations stupides et incohérentes sont manifestement les choses les mieux partagées de notre classe politique.

Par Nathalie MP.

Mes amis, je vous annonce que le « en même temps », c’est terminé. Vous savez, ce gimmick électoral macronien badigeonné de modernité printanière et d’esprit startupeur qui se voulait « ni de gauche ni de droite » tout en étant à la fois « de gauche et de droite ». Bref, le dépassement des clivages qui était censé mettre tout le monde d’accord sur… sur quoi au fait ? On ne sait plus car le mécontentement gronde, mais en tout cas, c’est fini, terminé, enterré.

Macron avait mis « protéger » et « libérer » dans un bateau. Libérer vient d’être violemment poussé à la baille par Macron lui-même au prix de 14 milliards de déficit en plus pour calmer la colère des Gilets jaunes. Qu’est-ce qui reste ? Du bon gros socialisme et son flux continu d’interventionnisme, de dépenses publiques, de dette qui s’empile et de mauvaise foi.

Des dépenses encore et encore !

Les 14 milliards en question, qui consistent en des baisses de prélèvements obligatoires et en des dépenses supplémentaires, notamment la hausse et l’élargissement de la prime d’activité pour doper le SMIC, poseraient moins de problème s’ils se limitaient à des baisses de prélèvement et s’ils étaient compensés par des coupes équivalentes dans les dépenses publiques.

À vrai dire, même les baisses d’impôts et de cotisations posent problème, non pas par leur baisse, mais par le côté bricolé des mesures. Pas de remise à plat globale, pas de réflexion sur le niveau supérieurement complexe et élevé de nos prélèvements obligatoires, pas de remise en cause de notre modèle de protection sociale, mais des ajustements hâtivement présentés pour éteindre une colère particulière. La grande réforme fiscale dont le pays a besoin attendra.

Mais admettons ces baisses. C’est bien de l’argent laissé entre les mains des particuliers « où il n’est jamais inutile ni oisif » comme disait Vauban. Le mieux employé du royaume, précisait-il même.

Non, le gros problème, c’est qu’elles ne sont pas financées.

D’où viendra tout cet argent ?

Le gouvernement a donc passé la semaine à nous expliquer que « tout va très bien, Madame la Marquise », dans un festival de tortillements, fausse logique et affirmation contre l’évidence qu’il garde on ne sait trop quel cap avec une « rigueur budgétaire » absolument exemplaire.

Mercredi dernier, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux nous affirmait purement et simplement que « l’intérêt général des Français passe avant le dogme budgétaire ». Autrement dit, en avant pour plus de dépenses, de déficit et de dette, et bonjour le message porté en place publique ! Ce qui pèsera à la baisse sur le pouvoir d’achat et l’emploi et résultera inéluctablement en un appauvrissement du pays devrait être vu comme favorisant l’intérêt général !

S’ensuivent effectivement quelques concessions à la maîtrise des dépenses afin de ne pas alourdir la dette pour nos chers enfants. Mais n’imaginez surtout pas que ces propos de bon sens soient le moins du monde suivis d’effet. Après tout, l’équipe en place à Bercy s’est surtout fait remarquer par ses belles déclarations toujours très orthodoxes et une totale absence du moindre petit début de mise en application.

Lors de la présentation du PLF 2018 (automne 2017), Bruno Le Maire n’écrivait-il pas :

« Nous faisons un choix stratégique : baisser en même temps la dépense publique et les impôts pour plus de croissance et plus d’emploi. »

Voilà qui est parler. Pour nous concocter dans la foulée un budget 2018 où les dépenses et les prélèvements continuent à augmenter en volume. Rebelote pour 2019 avant même les annonces d’Emmanuel Macron en direction des Gilets jaunes ; à tel point que la Cour des comptes s’était une fois de plus inquiétée de la faible attention donnée à la réduction du déficit structurel, c’est-à-dire cette part importante du déficit qui ne dépend pas de la conjoncture économique mais uniquement de nos petits travers nationaux.

Pour les sages de la Rue Cambon, cette situation serait particulièrement dangereuse en cas de ralentissement de l’activité économique. Or les toutes dernières  prévisions de croissance de la Banque de France pour 2018 et 2019 sont ramenées à 1,5 % quand le PLF 2019 tablait sur 1,7 %. Un taux qui ne permet pas d’envisager une amélioration de l’emploi…

Mais « le chiffrage est secondaire »…

Mais ne soyons pas trop durs avec M. Griveaux. En tant que porte-parole, il ne fait que diffuser la bonne parole exécutive. En l’occurrence, celle d’Emmanuel Macron, président de la République, devant les députés et sénateurs de sa majorité mardi 11 décembre dernier :

« Dans les moments de crise, le chiffrage est secondaire. »

Comme c’est amusant. On pourrait presque croire que si le pays est en ébullition sociale, c’est en raison d’une trop grande austérité antérieure. On ne devinerait jamais que nos dépenses publiques sont à 57 % du PIB, record mondial, tout comme nos prélèvements obligatoires allègrement en marche vers les 50 % (48,4 % en 2017 d’après Eurostats).

Et si la « crise », le chômage – très élevé lui aussi par rapport aux pays comparables – la faible croissance, les revendications sur le pouvoir d’achat et le ras-le-bol fiscal venaient justement de ce que personne ne s’est beaucoup préoccupé de chiffrage depuis de longues années, 2017 et 2018 comprises ?

Note amusante supplémentaire, Emmanuel Macron sait-il qu’il nous fait là du Marine Le Pen dans le texte ? Et ce n’est pas un gage de sérieux, loin de là. Réponse de la candidate à François Lenglet qui lui faisait remarquer pendant la campagne présidentielle le coût exorbitant et non financé de ses nombreuses dépenses nouvelles :

« J’adore votre vision comptable ! C’est tout ce que je rejette en économie. » (vidéo, à 39′)

Compter l’argent des autres, non mais quelle horreur ! Vous la voyez, l’identité française ? Je-m’en-foutisme politique, irresponsabilité économique, abondance de déclarations stupides et incohérentes sont manifestement les choses les mieux partagées de notre classe politique.

Malgré son air sérieux et sa barbe toujours bien taillée, le Premier ministre Édouard Philippe n’accèdera pas au titre d’exception qui confirme la règle. Il serait plutôt la confirmation absolue que la France constitue décidément une exception économique dangereuse pour la prospérité de ses citoyens.

Donnant l’impression qu’il croyait profondément à ses propres paroles, il a été pris cette semaine d’un délire extrêmement préoccupant en pleine Assemblée nationale. On l’a entendu déclarer sans rire :

« Tout ce qui n’est pas financé n’est ni certain ni durable (…), ce n’est pas une question de dogme, c’est une question d’éthique (…), ce n’est pas un attachement comptable (…), ce n’est ni à nos enfants ni à nos petits-enfants de boucler nos fins de mois. »

Oui, c’est vrai, la comptabilité, ça passe mal, il ne s’agirait pas de heurter la sensibilité de Marine Le Pen. Parlons plutôt d’éthique.

Et si on demandait un effort aux entreprises ?

Une éthique qui fait que lorsque le gouvernement se montre absolument incapable de tenir les comptes de la nation, lorsqu’il se voit « acculé » à ouvrir les vannes de la dépense publique sans entraves pour réparer ses multiples échecs, il sait toujours de quel côté se tourner : et si on demandait un effort aux entreprises ?

C’est pourquoi, lorsqu’il a fallu agir vite et bien pour récupérer les 10 petits milliards d’euros perdus dans les errements de la taxe à 3 % sur les dividendes, le gouvernement a tout de suite pensé à concocter une taxe additionnelle applicable aux grandes entreprises.

Aux grandes, pas aux petites. Les grandes entreprises, surtout si elles réussissent, embauchent en nombre, investissent, innovent et versent des dividendes à des actionnaires avides de profits, sont une injure permanente à l’éthique du socialisme. Il est donc parfaitement normal de les mettre à contribution une fois de plus.

Il était question de baisser progressivement l’impôt sur les sociétés ; oublié que tout ceci. Une taxe additionnelle est à l’étude, les grandes entreprises du numériques sont dans le collimateur de Bruno Le Maire, tout le monde doit payer autant d’impôts que « nos PME, nos commerçants, nos artisans » :

L’idée qu’en baissant les dépenses publiques, on pourrait aussi baisser les impôts de « nos PME, nos commerçants, nos artisans » n’effleure évidemment pas le ministre de l’Économie. C’est qu’on a des services publics que le monde nous envie à financer ! Les PME, c’est mignon, Bruno les adore, mais de là à leur lâcher l’impôt !

Taxer plus les entreprises pour répondre à un malaise englobant ras-le-bol fiscal, emploi et pouvoir d’achat : il fallait y penser, notre gouvernement le fait ! C’est ainsi que la pieuse fable du « en même temps » se retire pour ne plus laisser derrière elle qu’un bon vieux socialisme comme on les aime. Bravo Macron !

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