Service public, baisse d’impôts, déficit : les trois demandes incompatibles

Il est impossible d’avoir à la fois la rigueur budgétaire, la modération fiscale et davantage de services publics.

Par Archibald Buttle.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait »  – Mark Twain 

« Tout homme prend les limites de son champs de vision pour les limites du monde »  – Arthur Schopenhauer

Emmanuel Macron, président de la République, a déclaré : « On ne peut pas avoir dans un même slogan « baissez les taxes » et « créez des crèches » ».  

Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, a déclaré : « Les Gilets Jaunes sont un mouvement un peu contradictoire qui veut à la fois moins d’impôts et plus de services publics. »

François Patriat, Sénateur LREM (ex PS), a déclaré : « On ne peut pas demander moins de taxes et plus de services publics, c’est une demande contradictoire. »

Et les journaux et les réseaux sociaux se sont peuplés de commentateurs pontifiants sur le même discours : il faut être raisonnable, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Cela rappelle un diagramme de Venn qui a pas mal circulé sur les réseaux sociaux anglophones il y a quelques temps. 

Il pourrait se résumer comme ceci. 

On retrouve la même idée. Il est impossible d’avoir à la fois la rigueur budgétaire, la modération fiscale et davantage de services publics. 

 

  • Si on veut davantage de services publics sans l’augmentation des impôts, on explose la dette. 

  • Si on veut éviter les hausses d’impôts sans laisser filer les déficits, il faut réduire le périmètre des services publics. 

  • Si on veut maîtriser le déficit et avoir davantage de services publics, il faut augmenter les impôts.

Si on veut les trois à la fois, on vit dans le monde de OuiOui (ou au pays des merveilles, ou dans nos rêves), on n’est pas sérieux, pas réaliste.  

Pour les gens qui nous dirigent et la plupart des commentateurs, on ne peut pas à la fois fournir des services publics de qualité et réduire les impôts tout en équilibrant les comptes publics. Ce n’est même pas la peine d’y réfléchir. C’est impensable. 

 

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Je connais mal l’administration publique mais je connais assez bien le monde de l’entreprise et je m’aperçois que toutes les entreprises que j’ai côtoyées ont des problématiques assez similaires à celles de l’Etat. 

 

Nous aussi nous devons jongler avec les trois mêmes contraintes : 

  • La qualité des produits et/ou des services que nous devons constamment améliorer pour servir nos clients. 

  • Le prix tiré vers le bas par la concurrence et que seule une amélioration de la qualité peut permettre de relever. 

  • Le profit nécessaire aux investissements et dont on ne peut s’éloigner durablement. 

 

Alors ça m’a donné envie de faire le diagramme de Venn équivalent pour les entreprises :


Et là je me suis rendu compte d’une différence fondamentale. Leur monde de OuiOui, c’est notre seule chance de survie. Nous sommes obligés d’atteindre les trois objectifs à la fois; si on n’en a que deux, on meurt.  

 

  • Si on a la bonne offre au bon prix mais qu’on n’est pas profitable, on n’a plus d’argent et on fait faillite. 

  • Si on a la bonne offre rentable mais que le prix est trop élevé, on perd des clients et on fait faillite. 

  • Si on parvient à être rentable tout en maîtrisant le prix mais en laissant filer la qualité, on perd des clients et on fait faillite. 

 

Toute notre énergie, notre intelligence, notre créativité, tous nos efforts tendent à atteindre les trois objectifs simultanément : la qualité, le prix, l’équilibre financier. On n’a pas le choix, on s’y est fait, on vit avec. C’est indispensable. 

 

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Ce qui est impensable pour eux est indispensable pour nous. 

 

Je pense que là se trouve le nœud du problème français, le cœur de l’incompréhension, du conflit entre l’Etat et la société.  

 

Nous ne vivons littéralement pas dans le même monde. Notre réalité est irréelle pour eux. Leur réalité est irréelle pour nous. 

 

La dernière fois que l’Etat a connu un budget à l’équilibre, c’était en 1973, il y a 45 ans.