Éducation nationale : pourquoi l’échec de Blanquer était programmé

Que peut faire un ministre de l’Éducation nationale ? Réponse : peu de choses, voire presque rien.

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Éducation nationale : pourquoi l’échec de Blanquer était programmé

Publié le 25 octobre 2018
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Par Jean-Baptiste Noé.

Lors de sa nomination comme ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a suscité beaucoup d’espoir. Un an et demi après, ses réformes semblent pourtant au point mort. Pourquoi ? Après le désastreux bilan du quinquennat Hollande où le poste avait été occupé par trois ministres idéologues et peu au fait du sujet, l’arrivée de Jean-Michel Blanquer était une bonne nouvelle. Beaucoup plus pragmatique et ouvert, connaissant parfaitement la machine Éducation nationale, il faisait partie des bonnes nominations d’Emmanuel Macron.

Au-delà des mesures cosmétiques, il a mis en place deux chantiers majeurs : la réforme d’APB et le nouveau lycée. La première s’avère une impasse. APB a été rebaptisé Parcoursup, sans que rien de fondamental ne soit modifié, sauf le nom. Le ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé en septembre qu’un ordre des vœux serait rétabli, comme sur APB. C’est donc un coup dans l’eau.

La réforme du lycée ne fait pas encore parler d’elle, parce qu’elle a été noyée dans la réforme du baccalauréat. C’est une mèche lente, qui va faire surgir des tensions dans les semaines à venir. Déjà, les fuites quant aux réformes des programmes ont suscité beaucoup d’amertume. Forcément serait-on tenté de dire : on ne peut pas faire un programme applicable partout et pour tous et qui satisfasse tout le monde. C’est le gros problème des monopoles centralisés.

Violences : rien à faire

Le mouvement #Pasdevague qui a touché le monde enseignant cette semaine est lui aussi emblématique. On ne peut pas imputer au ministre actuel la responsabilité de la violence qui sévit dans les établissements depuis une quinzaine d’années. Croire qu’il peut résoudre ce problème en quelques mois est aussi d’une grande naïveté. Sur ce dossier, le ministre ne peut rien faire.

La violence à l’école est la continuité de la violence dans les territoires tenus par les narcotrafiquants. Elle est aussi le résultat de trente ans de délire pédagogiste qui a considéré que les sanctions étaient une mauvaise chose, qu’il ne fallait pas traumatiser les élèves et que tout le monde devait aller à l’école, y compris ceux qui ne savent pas quoi y faire. Indépendamment de ses qualités, Jean-Michel Blanquer ne pourra pas résoudre ce problème qui dépasse largement sa personne et l’institution scolaire.

La question posée est donc la suivante : que peut faire un ministre de l’Éducation nationale ? Réponse : peu de choses, voire presque rien. Ce n’est pas lui qui décide, c’est l’administration. C’est elle qui, de la rue de Grenelles aux établissements de province tient l’école en France. J’interrogeais ainsi un formateur d’ESPE quelques mois après la nomination de JM Blanquer pour savoir ce qu’il en pensait. Sa réponse fut nette : « Je n’en pense rien. Le ministre ne sert à rien. C’est nous qui avons le pouvoir et nous ferons ce que nous voudrons. »

La réforme du lycée est symptomatique de cet état de fait. Elle était déjà prévue par Najat Vallaud-Belkacem. Après la réforme du primaire par Vincent Peillon et celle du collège par NVB devait forcément suivre la réforme du lycée. François Hollande l’avait par ailleurs annoncée courant 2016. Ce que fera Jean-Michel Blanquer sur le lycée ne sera pas très différent de ce qu’aurait fait une autre personne ministre. Ce sont les inspecteurs et les multiples commissions qui dirigent le ministère. Cela rappelle ce qu’évoquait déjà Alexis de Tocqueville dès 1830 : les dictatures modernes seront celles des administrations.

Il n’y a donc rien à faire. Ceux qui le peuvent encore doivent quitter l’Éducation nationale afin d’éviter la violence qui ne fera que s’accroître. Le message semble compris puisqu’ils sont de moins en moins nombreux à passer les concours de recrutement et qu’il y a de plus en plus de postes non pourvus. Le mouvement #Pasdevague risque d’amplifier le phénomène.

La solution, les libéraux la connaissent : la fin du monopole et l’établissement de la liberté scolaire via le chèque éducation. Mais comme pour l’instant personne ne remet en cause le monopole scolaire, il n’y a décidément rien à faire. Dommage : face à un quinquennat qui coule, Emmanuel Macron pourrait être un grand réformateur et laisser une trace positive en ouvrant le chantier de la liberté scolaire.

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  • tes bon article, j’ajouterai que ce n’est pas symptomatique de l’éducation nationale , c’est l’administration qui gouverne depuis longtemps,la democratie française consiste a changer le casting
    de ceux qui vont baratiner les citoyens en leur expliquant le comment du pourquoi leurs reformes « cosmétiques  » vont tout changer..
    Aucun gouvernement depuis la libération n’a été en capacité de modifier l’administration française, les dirigeants passent la dictature administrative reste

    • Hélas … mais comment sortir de ce bourbier ?
      Ou bien alors, doit-on réellement se faire à l’idée qu’en fin de compte, il faudrait bien se rendre à l’évidence, et commencer à envisager que ce pays est foutu ?

      • la France ne se reforme que par la violence, guerre, révolutions etc..
        jamais par consensus , la dette est la mèche et l’implosion pour bientôt , car on ne peut prélever plus et la structure est en constante augmentation

      • Déjà, si on évitait de mettre un énarque à l’Elysée…

        • et un énarque banquier qui plus est ….bonjour les dégâts …..

        • Si le recrutement du personnel politique est essentiellement assuré par l’ENA, c’est que les véritables dirigeants, ceux qui ont fait élire Micron, n’ont pas besoin d’esprits novateurs mais de doux serviteurs.

  • Nous sommes sous dictature administrative. Et M. Macron, pur produit de cette Administration, ne va certainement pas nous en sortir’

  • du coup on se demande si ce ministre sert à quelque chose ;

  • LE truc qui rend fou: pourquoi les profs qui se mettent en grève si volontiers lorsque leurs syndicats le demandent, ne se mobilisent pas un tout petit peu sur ce sujet? Je me demande combien d’entre eux ont lu Animal Farm: ils devraient méditer le destin d’un certain cheval.

  • il a éventuellement le pouvoir de nommer les chefs de cette administration.
    Pour le reste, il vit bien.

  • Macrouille ne fera aucune réforme de l’EdNat, c’est un etatiste forcené.

  • Je partage la conclusion de l’article, oui le chèque éducation est la meilleur solution aux problèmes que cause l’éducation nationale.

    Si seulement on pouvait appeler ce chèque éducation, « chèque instruction », là ce serait parfait… 🙂

  • Il n’y aurait qu’une réforme à faire dans ce pays : faire sauter le statut de la FP. Puis clouer sur la porte de la grange tout fonk qui refuserait d’appliquer une loi. (symboliquement même si c’est tentant) Tout le reste suivrait car personne ne connait autant son intérêt qu’un fonk. Mais bien sûr tout ceci est un rêve, quel fonk voterait l’abolition de son privilège, n’est ce pas ? Alors ils finiront comme leurs ancêtres nobliaux : la tête tranchée, pas par nous, non, non, par leurs nouveaux obligés…. l’histoire est parfois juste.

    • @ Val
      Je ne suis pas sûr que ça suffirait, mais ce serait une partie de la tache à accomplir.
      Je n’imagine plus le « pouvoir » en France sans l’associer automatiquement avec l’administration, pas élue, mais aux pouvoirs réels redoutables!
      C’est pour ça qu’un ministre de l’éducation/instruction nationale reste indispensable pour garder informé le pouvoir politique.
      Pour le reste, on voit qu’on ne peut rien réformer en profondeur en évitant la levée immédiate de boucliers populaires, vite rejointe par la mauvaise volonté de l’administration pléthorique (prise du sommet au plus petit salarié rémunéré dans le plus petit village, par la fonction publique).

      E.Macron n’y parviendra pas plus que ses prédécesseurs, raison pour laquelle il « enraye », afin de laisser un premier sillon qu’il faudra ensuite creuser d’avantage, d’où les premières réformettes peu révoltantes.
      Ce n’est pas la stratégie la plus efficace, mais celle-là est possible et faisable!
      Rien à voir avec W.Churchill promettant « du sang , du labeur, des larmes et de la sueur », évidemment!

  • les enseignants ne veulent pas de policiers dans l’école..
    est ce qu’ils imaginent etre le clergé de la republique?

  • Tant que le monde enseignant prétendra détenir la vérité , rien que la vérité , toute la vérité et opposera la camisole pédagogique à toute nouveauté il n’en sortira pas . Inutile de s’en prendre aux autres . On veut bien les aider mais qu’il commence par entr’ouvrir la porte .

  • Curieux commentaires. La solution n’est pas dans encore polus de libéralisme mais un puissant tour de vis et une mise à l’écart des pédagogistes et idéologues soixante-huitards qui ont pourri le système dont moi-même, en qualité d’enseignant, j’a eu maille à partir.

  • Les commentaires sont fermés.

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