Parcoursup : les lycéens plébiscitent la sélection

Parcoursup : la sélection introduite cette année parmi les candidats s’est doublée à bien des égards d’une sélection sévère opérée entre les formations par les candidats eux-mêmes.

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Parcoursup : les lycéens plébiscitent la sélection

Publié le 18 mai 2018
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Par Nathalie MP.

Tout comme les cheminots actuels persistent et signent – et « vot’actionnent » – contre la réforme de la SNCF alors qu’ils ne sont nullement concernés par la fin du recrutement à leur statut, la mobilisation houleuse des étudiants d’extrême-gauche contre la sélection prévue dans la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) à travers la procédure Parcoursup pour l’accès à l’université ne faiblit pas non plus, tout en ne les concernant pas plus.

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Ah – m’objecte-t-on dans l’oreillette gauche – parce que vous, vous ne vous mobilisez que pour vos petites affaires de gros sous et vos misérables impôts ! Bravo, l’égoïsme à courte vue ! Et que faites-vous de la solidarité, que faites-vous du « vivrensemble », que faites-vous de l’avenir ? C’est ça, la société que vous voulez laisser à vos enfants : un monde de sélection et de concurrence aveugle qui ne profite qu’aux riches et qui laisse les plus faibles meurtris au bord du chemin ?

Tout ce qui précède est une composition personnelle à partir des tweets nombreux et courroucés qui émanent régulièrement de la France Insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, des syndicats d’extrême-gauche et des bobos au grand cœur.

Il est évidemment beaucoup plus flatteur, y compris dans les relations sociales de tous les jours, de se présenter aux yeux du monde bardé des plus nobles intentions morales, que de prendre deux secondes pour évaluer si, ce faisant, on ne serait pas en train de paver l’enfer de ceux qu’on prétend accueillir au paradis socialiste de l’égalitarisme.

Aussi, pour un député Insoumis hautement conscientisé comme François Ruffin, c’est une petite « casse » bien acceptable que de lutter pour l’avenir radieux de tous les étudiants en empêchant avec violence quelques uns – assez nombreux, voire largement majoritaire, en réalité – de suivre leurs cours puis passer leurs examens.

Peu importe que leur année universitaire soit ruinée, peu importe que leur histoire particulière soit piétinée par des considérations de lutte politique autrement plus considérables, peu importe que les jeunes soient si nombreux à grossir les rangs de Pôle emploi, si dans le même temps l’idéologie égalitaire triomphe et si nos révolutionnaires subventionnés peuvent se dire avec des larmes de bonheur dans les yeux que tout le monde a accès à l’université sans conditions. Et advienne que pourra. Le résultat concret n’entre jamais en ligne de compte quand l’intention est merveilleuse.

Au rayon des bons sentiments, on n’est donc pas du tout surpris d’apprendre que certains enseignants universitaires farouchement opposés à la procédure doucement sélective de Parcoursup, à Rouen par exemple, n’examinent pas les dossiers de candidatures et affectent systématiquement à tout le monde le rang de premier ex-æquo.

Mieux encore, ils espèrent avec une joie malsaine que le système se plantera finalement en laissant sur le carreau des centaines de lycéens qui transformeraient alors leur frustration en soutien actif à la « convergence des luttes ». Ainsi que nous le rapportait Le Parisien récemment :

Ils (les lycéens) se sont peu mobilisés contre Parcoursup jusqu’à présent, mais cela pourrait changer s’ils se retrouvent nombreux sans affectation, glisse avec espoir un opposant à la réforme.

Et de fait, la procédure Parcoursup n’a pas encore abouti. Elle en est au stade où les futurs bacheliers ont déposé leurs vœux (10 maximum) pour l’an prochain et où les établissements examinent les candidatures en vue de faire connaître les résultats d’admission à partir du 22 mai prochain.

Ceux qui ont toujours pratiqué une sélection, comme les classes prépas, les BTS, les IUT et les écoles post-Bac, ne sont pas dépaysés ; ils examinent les demandes comme ils l’ont toujours fait. Mais pour les universités qui ont toujours accepté tous les bacheliers, quitte à constater des taux d’échec de 60 % dès la première année de licence, c’est totalement nouveau, et ça chamboule leurs habitudes généreuses et égalitaristes – ce que, pour ma part, j’appelle « nivellement par le bas ».

Pour éviter toute mauvaise surprise finale, le lycéen devait indiquer dans Parcoursup quel grand domaine de formation il privilégiait afin qu’on puisse lui faire des propositions au cas où il ne serait accepté dans aucun de ses premiers choix. Le gouvernement s’est de plus engagé à ouvrir des places dans les secteurs les plus demandés d’ici la fin juin. Si ce nouveau processus d’accès à l’enseignement supérieur devait se terminer comme l’an dernier sur l’injuste nécessité de procéder par tirage au sort, la crédibilité de cette nouvelle approche de l’enseignement supérieur en prendrait clairement un coup.

Il s’avère cependant – et c’est plutôt réjouissant – que non seulement les lycéens de Terminale ne se sont pas joints au mouvement de protestation des étudiants, mais qu’en plus, ils ont montré dans leurs vœux une préférence marquée pour les filières sélectives. C’était déjà le cas du temps du défunt APB (système en vigueur jusqu’à l’an dernier), mais c’est particulièrement visible et dynamique cette année. Ainsi, sur 811 000 candidats ayant formulé 6,3 millions de vœux dans 13 000 formations différentes, les filières sélectives représentent 68 % du total des vœux.

Les filières non sélectives (les licences des universités) ont vu leur nombre de candidatures baisser de 12,5 %, tandis que celles des filières sélectives ont fait des bonds : BTS : + 15,5 %  /  DUT : + 25,9 %  /  Prépas : + 11 %.

Plus intéressant encore, il semblerait que l’introduction d’une dose de sélection à l’entrée en licence ait permis d’amorcer la restauration d’une forme de « vérité des prix et de l’information » sur le marché de la formation supérieure.

Tout d’abord, les filières traditionnellement en excès de demandes par rapport aux places disponibles et/ou aux débouchés ultérieurs telles que Droit et Staps (Sciences et Technique des activités sportives) voient leurs candidatures diminuer. Pour Psycho et Paces (médecine, kiné, etc..) on observe une stagnation qui est en fait une baisse compte tenu de la croissance de l’effectif global.

D’autre part, alors que jusqu’à présent un lycéen titulaire d’un Bac professionnel pouvait s’inscrire en licence, quitte à y perdre totalement son temps et sortir du système sans formation réelle ni diplôme, on constate que les licences se renforcent en titulaires du Bac général, tandis que les candidatures en BTS et IUT issues de futurs bacheliers techniques ou pros augmentent considérablement. Pour certains professeurs et Présidents d’université, c’est loin d’être l’horreur inégalitaire, au contraire :

On aura beaucoup moins d’étudiants déconnectés, les jeunes se sont informés et ont manifestement pris conscience de l’exigence de nos formations. (D. Delignières, Président Conférence des doyens Staps)

Enfin, les filières non sélectives qui ont fait montre de beaucoup d’agitation et de blocage contre la loi ORE et Parcoursup sont nettement dédaignées par les candidats. Il s’agit surtout des filières Lettres et Sciences sociales – géographie, sciences du langage, sciences de l’éducation, notamment. Je sais par expérience de mère de famille que tout lycéen émet au moins un voeu non sélectif pour lequel il est assuré d’obtenir l’admission. Or leurs candidatures n’atteignent pas les places disponibles, et de loin. Par exemple, l’université  Paris 8 (Vincennes Saint-Senis) qui est bloquée depuis plus d’un mois voit ses candidats chuter de 55 % par rapport à 2017.

Il est donc tout à fait probable que si le gouvernement doit ouvrir de nouvelles places, ce sera dans les filières sélectives telles que BTS et IUT.

Ainsi, tout se passe comme si la sélection introduite cette année parmi les candidats se soit doublée à bien des égards d’une sélection sévère opérée entre les formations par les candidats eux-mêmes.

Les voies de garage archi-connues de tous, les foyers de blocages syndicaux, les facs ultra-politisées, celles dont la valeur du diplôme ne tenait que grâce à la caution de l’État, tout ceci pouvait encore passer quand le système faisait semblant de croire que tout se valait.

Mais du moment où on réintroduit un peu de raison et de vérité dans le système, une fois qu’on fait du niveau effectif des élèves le premier critère d’évaluation, les jeunes et leur famille reformulent leurs préférences et, comme on vient de le voir, le résultat décoiffe. Dès lors qu’on ouvre un peu la porte, l’air circule mieux et le malade, même confronté aux turbulences du grand large, respire plus à son aise et ne craint pas les embruns.

Pour la première fois en France, un système considéré comme à bout de souffle depuis très longtemps, un système sous perfusion et maintenu en vie par pur rafistolage, a atteint le point catastrophique de non retour : l’an dernier, faute de réforme antérieure, faute de vouloir enfin introduire une sélection libératrice à l’entrée de l’enseignement supérieur, il a fallu procéder par tirage au sort pour choisir les lycéens qui pourraient étudier.

Seule cette catastrophe a poussé à réformer le système, pas comme on avait toujours fait en dévalorisant un peu plus les diplômes chaque année, mais comme on n’avait jamais fait à l’université : en introduisant un peu de sélection à l’entrée, comme ça se pratiquait déjà dans d’autres établissements d’enseignement supérieur, avec tous les bénéfices que cela représente pour leurs élèves. Loin d’inaugurer une période d’incertitude, on voit au contraire se reformer – de façon extraordinairement rapide et spectaculaire – un marché éclairé de l’enseignement supérieur.

Cet exemple concret est de très bon augure pour tout ce qu’il reste à accomplir en France. Mais faudra-t-il également que nous attendions que la catastrophe se produise dans les autres domaines (déficits, dette, système de santé, agriculture, etc…) pour agir enfin dans la bonne direction ? L’exemple précurseur de Parcoursup devrait nous donner des ailes pour avancer dans le sens de la libéralisation des systèmes verrouillés par nos peurs et nos immobilismes nationaux.

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  • Ben ouais, finalement !

    Je cite de mémoire Gustave le Bon dans son ouvrage « Psychologie des Foules » : « L’expérience, cette grande éducatrice des peuples ».

    Mais il en aura fallu, du temps…

  • je pense surtout que les lyceens, qui ne sont pas tous idiots, et pour certains réalistes, choisissent de preference les fillieres

    à) qu’ils ont des chances de réussir ce qui explique la réorientation des bacs pro

    b) amenant a un avenir professionnel

    pour moi la stagnation des voeux « medecine » vient de la dégradation des conditions d’exercice des médecins;

    faire sept ans d’etudes pour etre a l merci du tiers payant de la secu, le jeux n’en vaut plus la xhandelle

  • « Les lycéens plébiscitent la sélection ».

    Sauf que « la sélection » n’est pas le débat car la « sélection » a TOUJOURS existé.

    Qui oserait dire qu’il n’y a pas de sélection en PACES ? Personne. La seule différence est le MOMENT où l’on sélectionne. Ce qui importe énormément car ceux qui sont bon dans le supérieur ne sont pas toujours ceux qui étaient bon dans le secondaire.

    Mais là n’est pas le problème : le problème du gouvernement – disons le sans détour – c’est juste de baisser le nombre de place à l’université. Tout simplement. Un simple problème budgétaire.

    Tout le reste est du bavardage.

    • Baisser le nombre de places en Histoire-Géo, Psycho, Sociologie, STAPS, Lettres et Philosophie par exemple, je ne voie pas le problème : si seulement cela pouvait être le cas !

      • @pascompliqué et @Propone
        Effectivement, il faudrait adapter le nombre de places dans les différentes filières en fonction des débouchés existants : bien sûr, on ne peut aller jusqu’à prévoir un nombre de places correspondant aux nombre d’emplois correspondants dans 3 ou 5 ans, ce serait impossible et absurde ; mais il faut mettre fin à des deltas énormes dans certaines filières entre le nombre de places et le nombre d’emplois correspondants pour éviter, par exemple, de « sortir » 20 fois plus de sociologues que d’emplois correspondants. À cet égard, pour piloter ceci, on pourrait imaginer des outils de suivi comme des enquêtes-sondages annuels sur l’activité professionnelle d’échantillons représentatifs d’étudiants 3 ou 5 ans après la sortie de l’université.

        Cette politique de numerus clausus générerait d’importantes économies, ce qui permettrait, entre autres, de mieux doter les universités (équipement en matériel et des bibliothèques, par exemple), de relever le montant des bourses et d’aider des étudiants étrangers de valeur (vecteur d’influence pour notre pays).

        Au passage, il faut appliquer les lois sans faiblesse, voire les compléter, pour empêcher que des minorités (étudiants et complices externes) puissent perturber, voire bloquer, le fonctionnement des universités (cours, examens, …), ce qui est particulièrement désastreux pour les étudiants de milieux modestes qui n’ont pas les moyens de recommencer une année ; là, il s’agit d’expulser immédiatement les perturbateurs, d’interpeller les plus agressifs et les juger et sanctionner (amendes, radiation temporaire ou définitive de l’université, etc.). Car la tyrannie d’une minorité usant régulièrement de méthodes physiques d’intimidation est inacceptable, surtout de la part de gens censés argumenter avec leurs neurones et non leurs poings.

    • « ceux qui sont bon dans le supérieur ne sont pas toujours ceux qui étaient bon dans le secondaire »

      C’est un raccourci qui déforme sans doute la réalité. A mon avis de praticien, ceux qui réussissent dans le supérieur sont les élèves faciles, sinon bons, au lycée et qui, de ce fait, sont capables de travailler plus ensuite. Ce n’est toujours le cas des très bons élèves de lycée qui l’étaient car ils bossaient déjà beaucoup et n’ont plus rien « sous la pédale » pour le supérieur.

  • L’auteur se méprend quand il évoque les demandes accrues des Bacs Pro en BTS, il s’agit en fait d’une politique débilitante initiée sous NVB qui consiste à leur réserver des places (entre 15 % et 45 % selon les filières) indépendamment de toute étude sérieuse de leur dossier (soit depuis le lycée émetteur). Cette réservation va se faire au détriment des bacs généraux dont nombreux seront les déçus (voire dindons de la farce).

  • Les propos de M. Delignières sont porteurs d’espoir. L’orientation est un vaste sujet d’un complexité folle et le seul moyen pour un jeune de s’en sortir s’est de le prendre à bras le corps et de s’y impliquer. C’est un effort d’information important mais indispensable.
    Il est inutile de compter sur les dispositifs institutionnels (COP et autres bidules) et encore moins sur les profs, qui sont débordés par 1.000 autres préoccupations. Même quand un prof est décidé à conseiller ses élèves, il est bien incapable de le faire tant l’offre de formations est grande. Et ce n’est pas en proclamant que c’est une de ses missions essentielles qu’on va changer les choses.
    C’est bien entendu au jeune lui-même, et aux siens, de faire l’effort de s’orienter. Après tout il est le premier concerné. Si les jeunes s’y mettent à cause de ParcoursSup, cette … chose aura au moins eu une conséquence heureuse.

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