Plan santé : nouvelle usine à gaz socialiste ?

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

« Je veux que le système de santé soit l’un des piliers de l’État-providence du XXIe siècle ». Tout est dit dans cette simple phrase d’Emmanuel Macron.

Par Phoebe Ann Moses.

Après le « Plan Pauvreté », « le Plan Vélo », voici le « Plan Santé », qui comme son nom l’indique à l’instar des précédents, s’avère être une belle planification. Si vous n’avez pas le courage de lire la suite, sachez d’ores et déjà qu’il n’y aura aucune libéralisation du système.

Emmanuel Macron présentait ce mardi le programme du gouvernement en matière de réforme du système de santé. Le pupitre annonce la couleur : « Prendre soin de chacun ». La plus petite minorité, l’individu, devrait se réjouir. Et pourtant…

Emmanuel Macron use tout au long de son discours d’une rhétorique bien connue dans l’art de la conviction : cookie-lemon-cookie (autrement appelée communication du « en même temps ») : 1) un constat sur la grande valeur des soignants, leur abnégation ; 2) mais il va falloir réformer (sans coercition mais je vous tiens par la bourse) ; et 3) vous allez voir, tout va bien se passer.

Plan Santé : un constat erroné ? Un « Macroncare » ?

D’abord, une réaffirmation de la beauté de notre système de santé :

Personne ne souhaite se faire soigner ailleurs qu’en France.

Nous sommes l’un des pays où le reste à charge est le plus faible, grâce à un « haut niveau de couverture par la Sécurité sociale ».

C’est un acquis que j’entends préserver.

Je veux que le système de santé soit l’un des piliers de l’État-providence du XXIe siècle.

Il va falloir « restructurer pour les 50 ans à venir ».

Une réforme profonde et « en même temps » bien étatique

3 axes sont développés. Le premier est de « regagner du temps pour les soignants ».

Il condamne la manière de former les médecins aujourd’hui et condamne le coût occasionné par les médecins vacataires « qui grèvent le budget de l’hôpital ».

Dommage de les réduire à un « coût » en oubliant la performance : implication, temps travaillé en dehors des habitudes (Noël et autres jours fériés pendant lesquels ils sont sur le pont…).

Emmanuel Macron souhaite ouvrir les études de médecine à d’autres filières « aux compétences similaires ». On attend avec curiosité de connaître quelle filière est l’équivalent parfait en termes de volume de connaissances et de capacité de travail.

Le numerus clausus sera abandonné. Cela permettra de former plus de médecins. D’autant que par le biais de passerelles, tous les étudiants en licence pourraient intégrer la 3e ou la 4e année de médecine.

Le contenu de cette partie de la réforme n’est pas encore clairement énoncé.

Gagner du temps médical

Le grand leitmotiv auprès de la profession : il faut libérer du temps pour que le médecin n’ait plus qu’à se concentrer sur sa consultation.

Décryptage : un patient qui se déshabille, c’est du « temps perdu ». 15 à 30% de temps perdu. Oui, car cela a été chiffré. C’est la beauté de la planification : si on réforme, on veut du chiffre et de la rentabilité. Ou plutôt de l’économie.

Décharger le médecin de ce temps « perdu », c’est oublier tout de même que ce moment est souvent mis à profit par le médecin pour poursuivre l’interrogatoire du patient, voire repérer des signes physiques de mal-être. Le médecin, « libéré, délivré » de ce temps « inutile », n’aura plus qu’à se concentrer sur… un dossier médical ? Des résultats d’analyses ? Au moment où on évoque l’empathie et la sensibilité, c’est faire peu de cas de cet échange qui semble à l’État être une perte de temps.

Déserts médicaux : « pas de coercition »… mais… la loi !

La contrainte venant d’en haut peut satisfaire… mais ne marchera pas.

Cela est de bon augure. Hélas, il y a un « en même temps »

Je veux que l’exercice isolé devienne marginal, devienne une aberration.

Oh la belle planification. Si Emmanuel Macron ne veut « pas de coercition », il insiste  pourtant lourdement sur les incitations/sanctions financières :

Pas de contrainte, mais un principe que la loi devra affirmer.

Les financements seront réservés à ce nouveau modèle d’organisation.

Nouvelle organisation des soins

Davantage de collaboration public-privé, et une nouvelle répartition des soins :

  •  soins de proximité (médecine, gériatrie)
  •  soins spécialisés (chirurgie, maternité)
  •  soins ultra spécialisés (de pointe, établissements experts)

C’est peut-être l’idée forte la plus intéressante de cette réforme qui, sans fermer à tout prix des hôpitaux de proximité, permettrait une organisation en fonction du niveau d’exigence de soins.

Reste à voir s’il y aura une obligation pour le patient de se rendre dans un établissement dont il « dépend », et qu’il n’aura donc pas choisi. La liberté de choix, cela fait aussi partie de la qualité des soins proposés au patient.

Les urgences, la permanence des soins

Pour Emmanuel Macron, les patients se rendent aux urgences « par réflexe, pour la disponibilité des médecins, parce que c’est gratuit ». C’est gratuit aussi en ville, en libéral, rappelons-le.

Il souhaite que les médecins s’organisent pour que leur cabinet reste ouvert jusqu’à 22 heures. Ironisant sur le fait qu’on lui a suggéré que 20h c’était déjà beaucoup, il souhaite que des négociations s’ouvrent sur le sujet. Espérons que la rémunération sera à la hauteur du manque à gagner personnel et familial… Et que cela restera du libre choix du médecin.

Financement du Plan Santé ?

Emmanuel Macron dénonce une « course à l’acte et à l’activité ».

La tarification à l’acte (T2A) consiste à rémunérer un médecin en fonction de l’acte qu’il pratique. Certains gestes sont rémunérés comme un acte supplémentaire qu’il a fallu accomplir en sus de la consultation. Mais attention, l’État a toujours soigneusement encadré les actes, qui la plupart du temps ne peuvent être cumulés : pour schématiser simplement, si le médecin doit vous faire 3 examens, il ne sera payé que pour le premier, le second sera à moitié prix, et le 3eme est offert… par la maison. C’est le cas par exemple pour une suture qui, si elle est facturée, ne peut pas être cumulée avec un autre soin.

C’est l’État qui en a décidé ainsi. Et il paraît que cela fait des économies et que notre système de soins est très performant.

En milieu hospitalier public, le médecin ne reçoit pas directement de rémunération en fonction de son activité, mais l’hôpital oui.

Macron considère, comme d’autres planificateurs avant lui, que cela est un gaspillage d’argent. Il faudra donc rémunérer au forfait. Peu importe le contenu des soins ? Cela sera-t-il dépendant des 3 niveaux de soins cités précédemment, lesquels auront alors un financement… à 3 vitesses ?

À force de faire de l’acte, on fait plus, et mal.

Idée forte et bien socialiste. Décryptage pour les novices : c’est fini, le temps du travailler plus pour gagner plus.

Si vous fournissez plus de travail, ne vous attendez pas à être payé pour cet effort, puisque vous avez dû mal travailler. Forcément. On est en France, l’enrichissement est suspect, le travail aussi.

Conclusion

Le financement de ce Plan Santé est envisagé uniquement du point de vue de l’État : qu’est-ce que ça va coûter ?

Le constat est bon : la qualité des soins peut être meilleure, il y a des déserts médicaux, il y a une souffrance du personnel médical… Mais comme d’habitude, la solution passe à côté parce qu’elle est planifiée, socialisante, bureaucratique. Personne ne veut entendre que c’est le marché libre, de l’offre et de la demande qui apporterait au patient et au médecin la seule solution où chacun est gagnant.

Il aurait été intéressant de motiver plus de futurs médecins à s’installer en déserts médicaux en leur permettant de libéraliser leurs honoraires. Ce ne sera pas le cas.

Il aurait été intéressant aussi d’évoquer la liberté de choix du patient : sera-t-elle compromise ? Cela n’a pas été évoqué.

Une réforme aurait pu être menée avec intelligence et clairvoyance. Avec des problèmes posés dans leur ensemble, plutôt que pris séparément. Mais pour cela, il aurait fallu remettre en question notre éternel dogme de système d’État-providence, et libéraliser réellement le système. Cela ne sera pas le cas.