Plan pauvreté : parce qu’il faut encore plus de pauvres ?

Pauvreté SDF (Crédits : Franco Folini, licence CC-BY-SA), via Flickr.

Un Plan Pauvreté pour financer la lutte contre la pauvreté. Avec l’argent des pauvres. Il fallait y penser !

Voilà voilà, mes petits amis, c’est décidé, c’est lancé, plus raison de paniquer, enfin le Grand Plan Qui Se Déroulera Sans Accrocs vient d’être lancé par Manu La Présidence et sa fine équipe de plombiers fiscaux ! Ouf, il était temps : la pauvreté est bientôt quelque chose du passé parce qu’Emmanuel Notre Président à Tous a pris le sujet à bras-le-corps.

C’est ainsi que le jeudi 13 septembre 2018, la République Française aura marqué d’une pierre blanche l’une de ses victoires les plus décisives avec l’allocution du chef de l’État visant à lancer le Plan Pauvreté qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas officiellement un plan destiné à la répartir le plus également possible, mais bien à la combattre, âprement, pied à pied, vaille que vaille et surtout, bien sûr, coûte que coûte.

J’écris « bien sûr » parce qu’il faut comprendre que mener une guerre contre la pauvreté, cela ne sera pas gratuit. D’autant qu’en détaillant le plan de bataille, le Président Macron n’a pas fait mystère des sommes qui seront engagées.

On pouvait s’y attendre : tous les dossiers les plus brûlants de cette pauvreté qui sévit en France sont ainsi méticuleusement abordés par le chef de l’État qui a bien décidé de pilonner avec acharnement toutes les poches de pauvreté identifiées. Jugez plutôt :

  • à la cantoche, les petits-déjeuners seront à 1 euro,
  • des euros par milliers pour les places de crèches s’adonnant à la mixité sociale ou intégrant les familles défavorisées,
  • des troupes, plein de troupes : 600.000 professionnels de santé formés à la petite enfance !
  • un nouveau Service Public de l’Insertion,
  • plus de couverture maladie universelle, encore plus payée par les autres gratuite,
  • extension de la Garantie Jeune,
  • un Revenu Universel d’Activité (qui s’assortira tout de même de quelques petites obligations, z’inquiétez pas, tout va très bien se passer),
  • des sous, par millions, pour le logement,
  • des sous, par millions aussi, pour l’insertion économique…

Bref, il va y avoir du sérieux, du lourd, du gros montant : on parle en effet ici de 8 milliards d’euros sur 4 années, ce qui fait tout de même une jolie somme, et ce d’autant plus qu’actuellement, ce n’est pas comme si l’argent coulait à flots.

Cependant, ce plan appelle quelques questions.

D’une part, il y a bien sûr le souci purement marketing, le branding comme on dit hardiment de nos jours : n’est-il pas particulièrement symptomatique que ce plan soit ainsi nommé « Plan Pauvreté » ? Peut-on, doit-on réellement planifier la pauvreté ? Pourquoi diable n’ont-ils pas choisi de faire plutôt un Plan Richesse ? Outre un optimisme nettement plus évident, cela permet de clairement identifier le problème qui n’est pas qu’il y ait des pauvres, mais bien qu’ils le restent.

Bien sûr, on peut mettre ce choix sur le compte d’une boulette de communication. Après tout, il n’est qu’à voir la dernière trouvaille de l’Élysée qui cherche maintenant à vendre des mugs et des t-shirts à la gloire du Président pour se rappeler qu’en matière de n’importe quoi mal troussé, tout est possible et souvent le pire.

Mais plus probablement, ce nom montre surtout le véritable tabou qui existe en France au sujet de la richesse et sa création : c’est tout un état d’esprit qui permet de créer de la richesse, de viser celle-ci pour tous, et cet esprit est fondamentalement différent de celui qui consiste essentiellement à combattre les effets (la pauvreté) sans s’attaquer aux causes (à commencer par l’étatisme galopant et son pendant, le collectivisme pervasif).

D’autre part, on ne pourra s’empêcher de noter qu’avec 8,5 millions de pauvres en France, répartir 8 milliards d’euros en quatre ans soit donc deux milliards à l’année, cela nous fait un bon petit 235 € par pauvre et par an. Soit, tout calcul fait, environ 64 centimes d’euros par personne et par jour. Ce plan, aussi volontaire soit-il, permet tout juste de fournir à ces 8,5 millions de personnes le beurre d’un jambon-beurre.

Dit autrement, il suffit de repasser la liste des propositions pour comprendre qu’on ne risquera pas d’obtenir un effet quelconque avec le saupoudrage épileptique d’une somme finalement fort peu élevée au regard de la masse de citoyens concernés. Si le chiffre de 8 milliards d’euros semble gros, c’est par un effet de loupe (on regroupe les 4 années de budget, on mélange les choux des services avec les carottes des réductions diverses, des créations d’emplois ou des distributions budgétaires plus ou moins calibrées).

Et bien évidemment, cela cache l’essentiel : que ce soit 2 milliards par an ou 8 en quatre, l’argent devra bien sortir de quelque part. Selon toute vraisemblance, les étables à licornes de la République étant maintenant à court de canassons miraculeux, on ne pourra pas en extraire cette richesse attendue. L’État ne produisant jamais de richesse directement, il lui faudra donc faire appel – je vous le donne en mille – au contribuable.

Surprise et rigolisme : une partie non négligeable de ceux qui paieront pour ce Plan Pauvreté seront ceux qui souhaiteront en bénéficier. Et une partie de ceux qui n’en bénéficieront pas au début pourront y prétendre à la fin, la ponction correspondante ayant contribué à les pousser dans la pénible catégorie.

Car oui, cela ne fait aucun doute : comme l’essentiel des taxes et autres impôts sont finalement prélevés sur le corps le plus large des contribuables, donc les classes moyennes et modestes, ce plan Pauvreté sera donc financé (au moins en partie) par ceux auxquels il s’adresse.

Malin ?

On se le demande, parce qu’en parallèle, les domaines où l’État doit piocher pour trouver des financements s’étendent tous les jours un peu plus : les taxes sur les carburants (comme le fioul par exemple) continuent de grimper vigoureusement. La redevance télévisuelle portera bientôt mal son nom si elle doit s’étendre aux tablettes, ordinateurs et autres supports…

Et question tabous, si la richesse en France en est un, la fiscalité sur l’héritage, en revanche, n’en sera pas : la majorité veut s’y attaquer très prochainement. Or, en la matière, force est de constater que la fiscalité « sans tabou », c’est un peu comme la sodomie sans vaseline, sans prévenir et sans consentement : ça laisse de mauvais souvenirs.

Bref, ce « Plan Pauvreté », tout empreint d’un volontarisme macronien d’apparence, n’en reste pas moins un simple transfert de « moindre-pauvreté » des classes modestes vers les classes les plus dénuées, sans aucune volonté d’aller créer de la richesse en premier lieu. Or, avant de distribuer l’argent qu’on n’a pas, on devrait déjà faire en sorte de créer des richesses, ou, plus exactement, que chacun puisse en créer sans être systématiquement entravé par des ponctions, règlements et interdictions tous azimuts.

Encore une fois, on a complètement inversé la charrue, les bœufs et leur chargement.

Forcément, ça va bien se passer.


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