Comment la Sécurité sociale sacrifie la prise en charge du cancer

Perfusion by Liu Tao(CC BY-NC-ND 2.0)

L’attitude de la Sécurité sociale face au remboursement de certains traitements contre le cancer prouve que la « solidarité » tant vantée n’existe pas.

Par Eric Verhaeghe.

En France, la Sécurité sociale est l’objet d’un mythe savamment entretenu par les pouvoirs publics. Avec le développement accéléré des techniques médicales, la Sécurité sociale devient un handicap de plus en plus lourd à surmonter. Ses lenteurs bureaucratiques posent de sérieuses difficultés dans l’accès aux nouveaux traitements contre le cancer.

La Sécurité sociale protège les Français. Le mythe fabriqué de toutes pièces dissimule une situation extrêmement préoccupante en matière de finances publiques. Alors que la Sécurité sociale rembourse des médicaments aussi anodins que le Doliprane à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros chaque année, elle refuse (ou tarde à le faire) pour des médicaments innovants qui peuvent sauver des vies humaines. Le cas des traitements contre le cancer est emblématique de cet énorme raté de nos services sanitaires.

Cancer et immunothérapie mal traités par la Sécurité sociale

Les traitements contre le cancer connaissent une véritable révolution grâce à l’immunothérapie. Mais ces traitements coûtent cher, et les bons apôtres de la solidarité, qui est paraît-il la valeur fondamentale de la Sécurité sociale, traînent les pieds pour venir en aide aux victimes de ces maladies graves.

On lira sur ce point un édifiant article d’Alternatives Économiques de janvier 2018, qui déclare par exemple :

Pour avoir une discussion sérieuse sur la fixation des prix et le PLFSS avec l’industrie pharmaceutique, qu’elle commence par offrir une transparence minimale sur ses profits réels. À défaut, qu’elle range les argumentaires sur son chiffre d’affaires et le financement de l’innovation au placard.

La Sécurité sociale à reculons face au cancer

Pour soigner le cancer, la Sécurité sociale recourt donc à une doctrine toute simple, inspirée de l’esprit de solidarité qui prévaut chez ses adeptes : soigner, oui, mais à condition que les fabricants de médicaments ne s’enrichissent pas. Car, c’est bien connu, si on nationalisait l’industrie pharmaceutique, beaucoup plus de brevets et d’innovations technologiques seraient déposés.

D’où une logique malthusienne qui explique que la décision de rembourser le Keytruda dans le cancer du poumon ait été prise dix-huit mois après la Belgique ou l’Allemagne. Au nom du principe selon lequel la santé devrait être gratuite, les bons apôtres du monopole de la Sécurité sociale renâclent à sauver les patients parce qu’ils trouvent que les soins coûtent trop cher.

Le cas du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate donne un autre exemple du peu de cas réservé par les adeptes de la solidarité à tout crin à la mort qui rôde autour de certains malades français.

Ainsi, dans le cas des cancers avancés de la prostate (avec métastases osseuses), 23 pays dans le monde ont décidé de rembourser le Xofigo, un traitement par injections qui coûte 30 000 euros. Si l’on se souvient que ce cancer tue 9 000 hommes par an en France, la décision française de ne pas le rembourser permet de mesurer l’ampleur des dégâts.

Curieusement, le gouvernement est capable de consacrer beaucoup plus de moyens pour diminuer de bien plus faibles quantités de morts sur les routes. Et c’est dans un parfait cynisme qu’il refuse de rembourser ces traitements coûteux pour les patients qui souffrent d’un cancer.

Un système sanitaire moins performant ?

Si la Sécurité sociale traîne à rembourser les médicaments innovants contre le cancer, on constate aussi que la douleur due à cette maladie est parfois mal traitée par les médecins. Ainsi, on considère aujourd’hui que 40% des malades du cancer qui devraient recevoir de la morphine n’en reçoivent pas.

Là encore, ce chiffre a de quoi faire réfléchir. Il souligne que le système sanitaire français est loin d’être l’un des plus performants. Plus le temps passe, plus la lourdeur bureaucratique de la Sécurité sociale tend même à le placer à un rang subalterne.

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