Déserts médicaux : encore un peu plus de ce qui n’a pas marché…

Fermé by Sylvain Naudin(CC BY-SA 2.0)

Agnès Buzyn, ministre de la Santé veut lutter contre les déserts médicaux. Elle propose que l’État intervienne encore un peu plus.

Par Phoebe Ann Moses.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a évoqué dans un entretien au « Généraliste«  les pistes qu’elle compte suivre pour résoudre le problème des déserts médicaux. Problème : tout ce qu’elle propose a déjà été tenté ; et elle demande encore d’autres rapports.

Des déserts médicaux organisés par l’État

Il faut d’abord rappeler que la médecine en France est déjà très encadrée : le nombre de médecins formés est décidé par l’État, qui ajuste chaque année le nombre de recrues à la démographie médicale.

Enfin, « ajuste » est un bien grand mot qui supposerait que les décisions sont prises de manière logique. Cela n’est pas le cas : sous les années Mitterrand, le fameux numerus clausus a été réduit au maximum, puisque la pensée socialiste était que moins il y aurait d’offre, moins il y aurait de dépense. Moins de médecins cela devait entraîner moins de consultations. Un raisonnement à la soviétique qui a contribué à la pénurie subie aujourd’hui.

De même, quand il est décidé d’ouvrir moins de places dans certaines spécialités, le retentissement se fait sentir des années plus tard… trop tard : lorsque par exemple, les patientes ne peuvent plus trouver de gynécologue en ville et doivent se rendre dans des services surchargés de gynécologie-obstétrique peu appropriés à leur cas.

Les propositions d’Agnès Buzyn pour lutter contre les déserts médicaux

Agnès Buzyn propose donc des pistes. Ou plutôt, propose de faire des consultations. Pas médicales, politiques. Les éléments de langage sont révélateurs.

J’ai chargé l’IGAS d’une mission sur ce sujet de la simplification administrative.

Nous avons chargé le Dr Thomas Mesnier, médecin urgentiste et député de Charente (LREM), de mener une mission sur cette question.

J’ai saisi la HAS pour qu’elle voie quelles pourraient être les limites de l’exercice de la téléconsultation ou de la télé-expertise.

J’ai demandé à la Drees de m’en proposer pour vérifier que ce plan est suivi d’effets.

On ne peut pas dire que l’usine à gaz ne fonctionne pas à pleins tubes ! Au passage, si vous ignoriez à quoi correspondent ces sigles, sachez juste qu’il s’agit d’instances chargées de savoir quoi faire avec l’argent de vos cotisations sociales.

En somme, nous voilà repartis dans la commande de rapports en tous genres, qui auront très probablement le même résultat que d’habitude : ajouter des lois pléthoriques à un système qui croule déjà sous la réglementation.

La cause n’ayant toujours pas été identifiée par les politiques, ils répètent leurs erreurs de diagnostic et proposeront donc toujours les mêmes solutions. Et si le mot « coercition » n’est pas encore prononcé, il est dans toutes les têtes.

« À vot’bon coeur ! »

Les médecins ne peuvent plus rester insensibles aux difficultés d’accès aux soins de nos concitoyens.

Ou comment implorer les médecins de faire preuve de compassion. Ne pas « rester insensible », cela recouvre quoi, exactement ? Plus d’heures ? Plus de dévouement ? Soyons concrets, il s’agit d’un sujet grave, et économiquement important : on attend un peu de rigueur, de la précision dans le vocabulaire, des chiffres… Pas des gémissements.

Notez au passage le « plus » : parce qu’avant, les médecins étaient insensibles. Mais ça c’était avant Agnès Buzyn.

L’accès aux soins, c’est l’État qui le gère, et il fait cela fort mal. Venir ensuite demander à la profession de réparer les âneries qui ont été commises en amont, c’est un peu comme si s’incarnait l’expression « l’hôpital se fout de la charité ».

Cela dit, ce n’est pas une première : Bruno Le Maire demande bien aux entreprises de faire un geste, pour éponger les prélèvements que l’État leur a imposés illégalement et qu’il ne peut aujourd’hui leur rembourser…

C’est le même genre de raisonnement que l’on trouve un peu plus loin dans l’interview. Il révèle combien il est compliqué pour un ministre de revoir ses paradigmes :

Notre système de santé solidaire est en grande partie financé par les cotisations sociales. Nous ne pouvons pas nous désengager.

Tout est dit : dans une habile formulation, Agnès Buzyn met le contribuable de son côté en sous-entendant que s’il paye, il a droit. Et avec une couche de « solidaire », qui aurait l’idée de remettre en cause un si beau système qui marche si bien ?

« Nous ne pouvons pas nous désengager» est une formulation bien étrange. Ce « nous » c’est Agnès Buzyn, l’État et les médecins. C’est bien connu, ce sont les politiques qui soignent.

Non, décidément, le diagnostic est erroné, le patient va mourir.

Déserts médicaux : la solution existe pourtant !

Les déserts médicaux peuvent disparaître. Mais pour cela, il faut que la Sécu libère les médecins de son emprise. Que les politiques aient le courage de la réformer pour qu’elle ne rembourse plus les millions de bobos quotidiens mais se reconcentre sur le financement de pathologies trop lourdes et dont le traitement est trop cher pour le patient.

Laisser aux médecins la liberté d’établir leur propre tarif de consultation est le moyen le plus évident et le plus sûr de repeupler les zones désertifiées. Quand l’offre est rare, ou de qualité, ou les deux, elle est chère. Et si trop de médecins s’installent dans une zone, ce sont les patients qui feront eux-mêmes le tri en évinçant celui qui propose des tarifs trop élevés, ou qui n’est pas compétent. Nul besoin de régulation par l’État : la régulation se fera naturellement, par l’interaction entre les individus.

On rétorquera que cela prendra du temps pour arriver à une répartition harmonieuse des médecins sur le territoire : mais que dire alors des politiques qui depuis 30 ans n’ont jamais donné le résultat escompté ? Au pays de Claude Bernard, on doit bien pouvoir enfin faire une observation correcte et proposer une solution rationnelle…