De Prague à Caracas, l’Histoire repasse-elle les plats ?

Le cinquantième anniversaire du Printemps de Prague vient de s’achever dans un relatif anonymat avec simplement quelques articles çà et là. Pourtant, au regard de l’actualité, des enseignements restent à tirer de cet évènement.

Par PABerryer.

De Prague…

Petit rappel, le Printemps de Prague est la relative tentative de libéralisation du régime communiste tchécoslovaque mené par le Parti Communiste de ce pays (PCT). Cette ouverture entraîna l’émergence d’une opinion réclamant d’aller plus loin dans la libéralisation du régime. Le pouvoir soviétique prit peur et intervint, conjointement avec d’autres pays frères pour mettre au pas ce début d’ouverture.

Cet épisode ne dura que quelques mois, et marqua durablement la Guerre Froide ; non pas tant les gouvernements occidentaux, qui furent très compréhensifs avec Moscou afin de préserver le dégel des relations en cours, que la perception du communisme par les populations occidentales. Il y avait déjà eu des accrocs au tableau idyllique du paradis soviétique (Blocus et Mur de Berlin, Insurrection de Budapest, rupture sino-soviétique, publication d’auteurs passés à l’Ouest, etc), mais à chaque fois la propagande avait pu protéger le mythe, les problèmes provenaient des menées impérialistes occidentales, de mouvements hitléro-trotskistes, de menteurs éhontés, etc.

Dans le cas du Printemps de Prague cela n’était pas possible. Le mouvement de réforme était issu de l’intérieur du Parti communiste et l’écrasement avait été le fait de pays considérés comme des alliés, le tout sans que les Soviétiques aient eu le temps de monter une division interne au PCT pour justifier l’intervention par un appel à l’aide interne, comme cela avait été le cas en 1956 à Budapest.

Le pouvoir soviétique avait montré son visage tyrannique, ne pouvant le dissimuler à temps : au sein du mouvement communiste ses soutiens ont marqué le pas, même Jean Ferrat a critiqué l’intervention. L’opinion publique non communiste fut bien plus critique vis-à-vis du pouvoir soviétique.

Pourtant, cette indignation retomba bientôt. Ferrat resta communiste jusqu’au terme de sa vie, Marchais défendit le bilan globalement positif du communisme, et l’intelligentsia de gauche occidentale resta dans une position de défense de la révolution. Prague, comme Budapest, ne suffirent pas à dessiller les yeux de la majorité bien pensante qui n’a jamais renoncé à cet idéal.

…  à Caracas

L’Histoire se répète-elle ? On aimerait le penser mais ce n’est pas aussi simple. La vérité est que les même causes entraînent les même conséquences. Quand une soi-disant élite intellectuelle a toujours refusé de considérer un mal pour ce qu’il est, elle se condamne à persister à ne pas le reconnaitre quand il se répète. L’exemple le plus flagrant est le Venezuela aujourd’hui.

Aujourd’hui, ce pays est dirigé par un président se revendiquant socialiste et désigné comme exemple par les mouvements de gauche et d’extrême gauche européens. Son fondateur, Chavez, est un ancien militaire qui commença sa carrière politique par un putsch raté avant de conquérir le pouvoir pas les urnes (il est regrettable d’avoir oublié ce premier fait d’armes qui appelle à bien des comparaisons historique). Une fois au pouvoir il appliqua son programme de socialisme du XXI° siècle et son successeur, Maduro, a continué son œuvre.

Le Venezuela, qui était l’une des démocraties les plus stables, riches et développées d’Amérique du Sud, est devenu un pays miné par la violence, la pauvreté (alors qu’il est assis sur les plus grandes réserves de pétrole au monde), la corruption et le népotisme (la fille de Chavez est désormais la personne la plus riche du Venezuela).

Les produits de base ou les médicaments, et même la nourriture, viennent à manquer (on estime que les Vénézuéliens ont en moyenne perdu 7kg depuis l’arrivée de Chavez au pouvoir). La population tente de survivre, voire s’exile comme du temps du bloc soviétique. Le pouvoir manipule les élections, arme ses milices, emprisonne ses opposants et réprime dans le sang toute contestation.

L’Histoire ne se répète pas mais l’aveuglement se transmet ; malgré tous ces faits connus et établis la gauche et l’extrême-gauche, en particulier française, continuent de défendre le régime vénézuélien. Elles célèbrent la révolution bolivarienne comme Le Monde salua l’entrée des Khmers Rouges à Phnom Penh. Les mêmes qui sont prompts à hurler au fascisme ou au retour des heures les plus sombres de notre histoire ferment les yeux sur un régime ouvertement tyrannique et liberticide. Cet aveuglement va loin, aux obsèques de Chavez un ministre français a même affirmé qu’il était « de Gaulle plus Léon Blum » !

Quand l’aveuglement confine à la complicité

Cet aveuglement aux faits inouïs et aux souffrances endurées par les peuples victimes du socialisme semble incompréhensible. Pour déchirer le voile il faut comprendre que l’attachement à cette cause ne relève pas de la raison mais de la foi. Le socialisme se prétend une doctrine scientifique, au même titre que la gravité.

Pourtant, lorsqu’une théorie scientifique n’est pas corroborée par l’expérience elle est corrigée ou abandonnée. C’est le propre de la démarche scientifique. Pas le socialisme. Ce dernier se considérant comme l’explication ultime de l’Histoire il ne peut être faux. Tout échec n’est pas de son fait mais d’éléments extérieurs : sabotage, traîtres, ennemis, etc. qui visent à empêcher sa réalisation.

C’est ainsi que peut s’expliquer la paranoïa de tout régime socialiste, que l’on peut entendre que Staline n’était pas communiste, que le communisme n’a pas été expérimenté, la théorie n’ayant pas été fidèlement appliquée, ou mal, par des traîtres ; aucun argument relevant de l’analyse scientifique mais bien d’une foi pervertie au plus haut degré.

Le bilan d’un siècle d’essais porte sur plus de 100 millions de morts et un nombre incalculable de vies brisées. Malgré tout, des aveugles affirment que ces morts ne sont pas le fait du communisme mais de tentatives ratées ou sabotées. L’Histoire ne repasse pas les plats mais elle permet de juger sévèrement ceux qu’un tel aveuglement finit par transformer en complices.