Idée reçue : « les cotisations sociales sont un salaire différé »

Rien n’est plus scandaleux que de prétendre assimiler les cotisations sociales à un salaire différé. Explication.

Par Eddie Willers.

Alors qu’on nous affirme tous les jours que la France est un pays ultra-libéral qui roule à 200km/h sur l’autoroute du capitalisme débridé, devinez quoi : nous sommes les champions du monde des prélèvements obligatoires ! Depuis l’année dernière, nous avons en effet détrôné le Danemark pour nous imposer au sommet de la hiérarchie mondiale.

Et lorsque vous rappelez cela à un contradicteur, la parade ne tarde pas à arriver : “oui mais les cotisations sociales, ça ne compte pas, c’est du salaire différé”.

Comprenez  : « de quoi vous plaignez-vous ? Vos cotisations, vous allez les retrouver en cash bientôt ».

Un propos scandaleux

Or rien n’est plus faux et scandaleux que de prétendre cela. Voyons pourquoi.

Lorsque vous payez une prime d’assurance pour votre voiture, considérez-vous que cela correspond à du salaire différé ? En clair, espérez-vous avoir un accident ou un problème mécanique grave avec votre véhicule ? Pour tout être normalement constitué, cela ne constitue pas un objectif.

Pourtant, en suivant la logique socialiste vous pourriez penser : si j’ai un accident avec ma voiture, l’assurance va me rembourser des frais, donc je recevrai du cash. Ma prime d’assurance est donc une forme de salaire différé.

Il en va de même avec ce que nous nommons abusivement “l’assurance maladie”. Nous sommes contraints de cotiser à un régime d’assurance maladie, et un jour l’État nous paiera une indemnité si nous tombons malade et devons nous soigner. Nous ne souhaitons évidemment pas avoir besoin de recevoir cet argent. Prétendre que ces cotisations sont du salaire différé est dès lors totalement faux.

Vous pouvez répliquer ce raisonnement pour l’assurance chômage : vous ne souhaitez évidemment avoir besoin de percevoir l’assurance chômage !

Ne pas compter sur l’État

Le seul type de cotisation que je veux bien à la rigueur classer dans la catégorie “salaire différé” est l’assurance retraite. Car celle-là correspond bel et bien à un décaissement cash souhaité à un moment où notre force productive décline.

Néanmoins lorsque vous regardez l’état catastrophique de nos systèmes de retraite, je peux vous garantir qu’il ne vaut mieux pas compter sur l’État pour m’assurer un revenu décent pour mes vieux jours. Je suis donc curieux de vérifier si mes cotisations retraite rentreront in fine bel et bien dans la case “salaire différé”.

Le sujet des retraites pose d’ailleurs le problème de ces prélèvements obligatoires : je souhaiterais préparer ma retraite différemment qu’en confiant mon épargne à un gérant dispendieux. Pourtant je n’ai pas le choix. Cet argent va directement à l’État qui le gère dans un flou des plus total.

L’État ne nous donne pas le choix

Certains préfèreraient investir dans l’immobilier pour encaisser des loyers une fois à la retraite, d’autres moins averses au risque préfèreraient investir en actions pour bénéficier de plus-values et de dividendes… Mais l’État ne nous donne pas le choix. Il prélève et gère sans avoir à rendre de comptes à ceux qui cotisent.

Si vous placez votre argent dans un fonds de pension et que sa politique d’investissement ne vous convient pas (trop de risques, pas assez d’investissements éthiques et responsables, rendements trop faibles…) vous pouvez changer. L’État français considère que ses citoyens sont des enfants, incapables de penser par eux-mêmes et de prévoir leur avenir, il faut donc s’en occuper à leur place, et si possible sans leur demander leur avis.

Idem pour les cotisations maladie : je ne peux pas choisir le type de remboursement que je souhaite. Par exemple : je considère que je peux payer mon Doliprane et mon rendez-vous chez le généraliste sans être remboursé, en revanche, je veux être pris en charge à 100% en cas d’hospitalisation. Or, encore une fois je n’ai pas le choix. L’État prélève, et je dois ensuite me plier à ses règles de remboursements.

Nanny-State

Les Anglais utilisent parfois le terme Nanny-State pour définir l’État-providence. La France correspond parfaitement à cette définition d’État nounou. Les citoyens sont trop stupides pour faire des choix, faisons-les pour eux.

Là où la Suisse par exemple oblige ses citoyens à s’assurer, elle ne les oblige pas à passer par des caisses gérées par des organismes publics. Chaque citoyen est libre de s’assurer où il veut en fonction des besoins qu’il aura identifiés pour sa santé.

J’entends déjà certains me rétorquer : “ah oui et regardez où les transfrontaliers s’assurent : en France”. Je leur répondrai qu’ils le peuvent puisque la France pratique une concurrence déloyale en affichant un déficit régulier depuis 17 ans, couvert par une dette garantie par l’État.

D’ailleurs, parle-t-on d’impôts différés lorsque l’État est en déficit ? Non, et pourtant cela a peut-être davantage de sens que de parler de salaire différé au moment d’évoquer les cotisations.

Le problème fondamental des prélèvements obligatoires dont les cotisations font partie réside dans leur appellation. Leur augmentation d’année en année piétine chaque jour un peu plus la liberté des Français. Alors que l’État devrait faire en sorte que ses citoyens soient des adultes libres et responsables, il les garde serviles et dociles aux ordres de leur nounou.

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