SNCF : avec nos élites technocratiques, le projet de réforme ne peut que capoter

Sncf : les réformes menées n’ont rien de radical, elles sont juste menées avec beaucoup de maladresse par une élite technocratique totalement déconnectée du monde réel.

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SNCF : avec nos élites technocratiques, le projet de réforme ne peut que capoter

Publié le 11 avril 2018
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Par Claude Robert.

Avec la grève de la SNCF et les mouvements observés à la fois dans les universités et certains services publics, flotte comme une odeur de mai 68. Certes, s’il y a des mouvements sociaux, c’est parce qu’il y a des projets de réforme serait-on tenter d’espérer. Or, les  réformes en cours n’ont rien de radical, elles ont juste été amenées avec cette maladresse technocratique qui caractérise la plupart des gouvernements, maladresse due à l’inexpérience et l’immodestie habituelles de notre classe politique.

Des « change-managers expérimentés », tel est le profil qui devrait peupler le gouvernement à la place de ces indéboulonnables hauts fonctionnaires, tous très diplômés mais à peu près vierges de la moindre pratique du management des hommes. Michel Crozier, sociologue des organisations, ancien juré de l’ENA, militait pour la fermeture de cette école et pestait contre cette fameuse « sélection de l’élite à la française ».

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Avec les grèves actuelles, grèves déclenchées pour des réformes pourtant superficielles, nous payons au prix fort ce travers typique de la France, ce pays qui, à chaque élection présidentielle ou presque met son avenir entre les mains d’un « haut fonctionnaire » qui lui-même s’entoure de ses semblables pour former son gouvernement. Si la France était une entreprise privée, et que les élections étaient remplacées par un recrutement sur profil à partir d’objectifs précis, nos gouvernants seraient tellement différents ! Mais restons factuels et analysons le douloureux cas de la SNCF…

Réformer la SNCF : comment des spécialistes du management du changement auraient procédé ?

La règle de base du management du changement réside dans la gestion des oppositions, ces fameuses inerties que tout un chacun oppose consciemment ou inconsciemment à toute évolution de son travail. Le meilleur moyen d’utiliser ces forces d’inerties et de les transformer en une adhésion constructive autour d’améliorations pertinentes consiste bien évidemment à déterminer ces améliorations avec le personnel lui-même. Mais il y a tout un cheminement à respecter par ailleurs, ne serait-ce que par respect des susceptibilités.

1. Consultation de l’ensemble des acteurs

À l’inverse des réformes claironnées du sommet de la hiérarchie, de type top-down, le change-manager va tout d’abord consulter l’ensemble des directions, fonctions, personnels et organisations syndicales pour prendre le pouls de la situation et relever les dysfonctionnements les plus handicapants.

2. Communication de l’état des lieux et des objectifs visés

Au lieu de prendre en traître le personnel ou de lui raconter des histoires, le plus efficace consiste à faire en sorte que celui-ci soit informé des dysfonctionnements qui ont été remontés. À ce stade-là, la direction a également tout intérêt à annoncer clairement, et de façon aussi diplomatique que factuelle, la nature des objectifs qu’elle envisage de son côté.

À elle de faire en sorte que ses objectifs coïncident, ne serait-ce que partiellement, avec les améliorations que le personnel appelle de ces vœux. Mais il est encore trop tôt pour présenter la moindre solution car c’est avec lui que cela doit se préparer

3. Élaboration avec le personnel des changements à opérer

Il ne s’agit pas de laisser le personnel s’exprimer de façon illimitée et irrationnelle. Pour autant, rien n’est plus apprécié par celui-ci que d’être convié à des groupes de travail thématiques, domaine par domaine, afin de trouver les solutions dont chacun a besoin.

D’ailleurs, les change-managers le savent : personne n’est mieux placé pour améliorer un processus que les cadres ou employés qui le pratiquent quotidiennement. C’est à ce moment-là qu’en fonction des thèmes prévus pour chaque groupe de travail, le personnel le plus pertinent doit plancher sur les réformes souhaitées par la direction. Ces réformes ne sont certes pas forcément celles auxquelles il aurait pensé (surtout lorsqu’il s’agit d’un changement de statut et de pertes d’avantages) mais celles-ci sont d’autant moins rejetées qu’elles s’appuient sur des analyses objectives et chiffrées indiscutables. Il incombe donc à la direction d’informer le personnel de façon transparente et détaillée, en tablant sur sa compréhension des enjeux et sur sa responsabilisation.

Surtout, les ateliers constituent le lieu idéal pour trouver des accords en prévenant les conflits sociaux par le dialogue et la recherche commune de solutions. En général, ils permettent de procéder à des négociations de type gagnant-gagnant : un accord qui satisfait un objectif de la direction compense un accord en faveur du personnel sur un autre domaine, et ainsi de suite. Et plus le personnel aura été consulté et sera à l’origine des changements décidés, et plus il mettra de l’ardeur à les mettre en place. Telle est la règle d’or de toute transformation.

4. La validation et l’information en temps réel du personnel

Chaque avancée sur chacun des thèmes doit être validée par le personnel et ses représentants. Des rapporteurs doivent être choisis de façon représentative et doivent continuellement tenir informé le personnel via des réunions de restitution régulière. Tant que chaque étape est officiellement validée, le projet avance de façon consensuelle et le risque de dérapage est faible. Les organisations syndicales font bien évidemment partie intégrante du dispositif, et des groupes de travail spécifiques les concernant permettent de s’assurer qu’elles ne jouent pas un double jeu.

L’idéal est de faire en sorte qu’elles soient motrices dans les étapes clé du projet, et ce pour un double avantage évident : elles en sortent valorisées aux yeux du personnel ce qui souvent leur permet de se passer de leur rôle d’opposant stérile toujours à la recherche de la surenchère. Un projet bien géré permet en général de maintenir les différents acteurs à leur juste place.

5. La communication

L’erreur que doit éviter toute direction est de claironner à l’avance son projet de réforme en donnant le détail des transformations qu’elle veut imposer. Au début du projet, la communication doit rester exclusivement en interne à l’organisation.

Ce n’est qu’à la fin du projet, lorsque les changements souhaités à la fois par la direction et par le personnel ont été déterminés dans le détail, puis validés par chacun, que le projet peut-être communiqué à l’extérieur. Ainsi, cela permet d’éviter qu’il y ait officiellement un gagnant qui a imposé ses choix (la direction) et un perdant ulcéré par la perte de ses avantages (le personnel).

Telles sont les règles des techniques de transformation des entreprises : pragmatisme, respect du personnel et modestie. C’est un métier en tant que tel qui, comme le management, s’apprend sur le tas, à partir de cycles d’échecs et de réussites à la hauteur des responsabilités que l’on acquiert progressivement dans toute entreprise. L’exact inverse de cette maudite sélection de l’élite politique à la française.

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  • Ok ..supprimons les privilèges des cheminots
    puisque à entendre c’est ce qui plombe la SNCF…Et bien en Échange supprimons les SUDVENTIONS et mettre la concurrence sur tout le reseau de la SNCF…..le probléme de nos politique ,il faut occuper l’espace médiatique …on lance une réforme. .dans une coquille vide …ou incomprehensible…

  • oui simple et efficace. Sauf que comme expliqué au début la sncf n’est qu’une excroissance du léviathan. Il essaye d’en couper un bout en conservant la tête. Cette pseudo réforme est de la pure magie macronesque. Car c’est notre brochet. Bon h16 tu reviens de Biarritz là ?

  • C’est bien beau, mais si vous ne sortez pas les syndicats actuels de la boucle, vous n’arriverez à rien non plus.

    • @ MichelO
      C’est la question qu’on peut se poser: un syndicat comme la CGT a-t-il pour seul but de défendre et représenter les salariés ou souhaite-t-il, « aussi », faire pression sur les autorités politiques pour changer la ligne politique du président et du gouvernement selon une idéologie clairement et plus exclusivement politique?

      Dans le premier cas, on peut trouver un compromis honorable, dans le second, le risque de conflit apparaitra bien plus rapidement.

      S’asseoir autour d’une table ou bloquer l’outil?
      La grève de 3 mois annoncée indique le choix fait!

    • Justement, le principe de la démarche ci-dessus est que les syndicats n’ont au final… plus rien à dire. Ou en tout cas plus aucun pouvoir de nuisance, puisque la volonté de transformation, si elle a été impulsée d’en haut, a été appropriée par les équipes qui vont la réaliser et la vivre. En bref, les syndicats sont coupés de la base.

      • un syndicaliste c’est juste un inapte au travail qui se protège derrière une organisation rouge coco pour conserver ses acquis et ses privilèges au détriment des gens qu’il doit servir.

  • De plus ne pas oublier qu’à la SNCF,
    de part son statut, seuls les syndicats sont les interlocuteurs uniques des directions.
    Or précisemment ces syndicats ont été court-circuités et provoqués dans les précédentes réformes,
    c’est donc une sacrée erreur de tactique que de réformer dans un tel climat. D’ailleurs cela commence à
    tanguer de partout. Usagers, cheminots, étudiants, retraités, personnels médicaux etc,
    chaque jour allongeant la liste des « halte au feu ». Les chefs d’entreprises commencent
    à comprendre que le gouvernement échouera comme en 95 avec des faillites d’entreprises.
    Monsieur le Président arrêtez le MASSACRE, dites STOP à ces réformes dans l’état actuel, et reprenez le dialogue
    sur des bases saines comme celles suggérées dans cet article.

    • « De par son statut, seuls les syndicats sont les interlocuteurs uniques des directions »
      C’est donc un statut inique qu’il est urgent de supprimer.

  • Pourquoi faut-il sauver/réformer la SNCF ? Est-elle sauvable (tout comme l’éducation nationale…) ?
    Ne suffit-il pas d’ouvrir à la concurrence et la laisser se débrouiller (en coupant les subventions) ?

  • erreur politique avant de faire les réformes ils aurait dû commencer par un audit de L’ÉTAT des finances de ce pays …depense ,dettes ..ensuite un référendum national …..
    2 députés et sénateurs par départements. .
    suppression du conseil économique et social ..ne sert à rien …supptession de ces commission theodules ne sert à rien pour caser les copains…rendre obligatoire les observations de là cour des comptes si ce n’est qu ‘un avis à supprimer….
    tout fonctionnaire qui veux se présenter à une
    élection doit démissionner de sa fonction tout élus délinquants fraude fiscal,abus de biens sociaux,conflits d’intérêts, enrichissement personnel ..ineligible à vie !!!
    d’abord l’on montre l’exemple..et ils servent là nation et non pas se servir !!!!
    et après l’on voit les réformes à faire.. …

  • Ce que j’aime bien dans l’article, c’est que « la direction » et « les syndicats » sont présentés comme deux choses séparées. A la SNCF c’est la même chose, ceux qui dirigent, c’est les syndicats… Et Pepy n’est qu’un pantin qui n’a aucun pouvoir. Dans la situation actuelle, je ne vois pas de manière douce. La meilleure solution pour moi est de couper le flux d’argent, et de laisser faire au marché les basses besognes.

  • Le ton sentencieux de cet article est un peu pénible et déconnecté des réalités. Faites appliquer au gouvernement toutes les recettes de management participatif que vous voulez. Face à la CGT, on n’évitera de toute façon jamais le conflit.

    • A Manchot : ce n’est pas de la sentence mais une analyse à froid : n’oubliez pas que le gouvernement a choisi d’avancer « en douceur » et ne veut pas le clash. S’il avait été aussi malin que pour le droit du travail, le pays ne serait pas bloqué 2 jours par semaine. C’est en cela que le calcul du gouvernement est mauvais : puisque le conflit est quasiment inévitable avec de vraies réformes radicales, mieux vaut carrément engager ces réformes radicales. Actuellement, si nous payons les conséquences d’une réforme radicale (grèves, blocages) sans la radicalité de cette réforme, c’est bien parce que le gouvernement n’a pas bien géré ce dossier SNCF.

  • Le problème se poserait différemment si on avait d’abord réformé le financement des syndicats en supprimant toute subvention ou aide publique extorquée aux contribuables.
    Si les cotisations des adhérents ne suffisent pas, c’est que le syndicat concerné ne représente rien et doit disparaitre.
    Une France sans CGT aurait plus de gueule quand-même.

  • Est ce possible à la SNCF ?
    Il est normal d’en douter, le poids des syndicats etc. Mais il ne coutait rien d’essayer… Nous pouvons s’opposer que les « élites « ne connaissent pas cette méthode, ou que la connaissant elles aient un calcul politique. Lequel ?
    Je pencherai pour un habitus , la bêtise étant bien partagée aide au reste!( pour la bêtise pas besoins de redistribution étatique) .

  • La solution est pourtant évidente : Mettre Martinez a la place de Pépy.
    Ainsi la décomposition devrait s’accelerer.

    • avec résorption de la dette par le contribuable…non merci.

      • Non je vous rassure; dés que j’ai perçu votre inquiétude, j’ai passé un coup de fil a mon pote Le pape François qui m’a assuré du contraire.
        Vous connaissez certainement sa grande connaissance du Coran, elle n’a d’égale que celle de la SNCF.

  • Je plussoie !
    J’espérais beaucoup de la méthode qui avait été utilisée pour la loi travail (de Macron, pas celle de Hollande). Même les syndicats avaient été obligés de reconnaître qu’il y avait eu vraie démarche de concertation/négociation.
    Patatras ! Chassez le naturel… On retrouve depuis quelques mois les mêmes ingrédients que ceux utilisés dans l’ancien monde. Un projet de réforme qui vient d’en haut, qui veut se faire imposer d’en haut, avec un premier ministre qui claironne urbi et orbi qu’il ne lâchera rien et qu’il ira jusqu’au bout !
    Du coup, alors que les mouvements d’opposition de rue étaient faible contre Pénicaud, ils ont repris du poil de la bête contre Borne.
    Je pense en effet que nous souffrons des méfaits d’une technostructure (énarchique ?), un soit-disant gouvernement d’experts, incapable de faire autre chose que de communiquer (brillamment il est vrai) sur des décisions prises en amont, dans l’antre des cabinets ministériels. Elle est capable de nous mettre autant de vaseline qu’il faut là où il faut, mais infoutue de s’assurer du consentement préalable de ses partenaires.

  • @dekkard, Bien résumé ! Ajoutons qu’il vous dit en plus que c’est pour vous qu’il se bat mdrrr !

  • je réfute le mot usager de la SNCF…je suis un client…mais n’est pas de choix de l’entreprise pour me faire voyager !!! alors est ce que la concurrence fera avancer les choses??j’en doute …!!! si les aiguilleurs font grève que se passera t-il ????

  • ne rêvez pas tous les transports publique ou privé ,sont sudventionné en réalité si ce n’est pas L’ÉTAT ,c’est les RÉGIONS et les DÉPARTEMENTS.. .vous aurez des surprises. .sans c’ est sudventions les prix serait prohibitif et personne ne les prendrer…
    ex: PARIS BORDEAUX ect ..ect…cest de l’enfumage !!!

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