Glyphosate : pour la science, le match retour ?

Glyphosate : l’emballement médiatique dénoncé par les scientifiques a poussé le gouvernement français à agir vite ; sans vraiment consulter les rapports des experts.

Par Bruno Kulich.

Depuis plusieurs semaines, le champ scientifique s’invite dans l’épineux débat du glyphosate. Lassée par l’atmosphère de suspicion qui pollue la recherche et les échanges, la communauté invite à mieux réfléchir sur les grands sujets qui nécessitent de l’expertise. Dans le cas du glyphosate, l’heure est à la modération…

Début mars 2018, un collectif regroupant une quarantaine de scientifiques (professeurs, chercheurs et ingénieurs) a signé une tribune qui a fait grand bruit.

Le message est clair : il faut sauver la recherche face au renoncement politique. Selon eux, l’expertise scientifique n’est plus prise en compte dans les processus de la décision politique. Pire : les débats scientifiques sont de plus en plus pollués par les minorités violentes et autres « experts » médiatiques qui ont le dernier mot.

Le règne de la post-vérité a gagné du terrain

Les scientifiques prennent l’exemple du glyphosate pour appuyer leur propos. Selon eux,

le classement marginalisé d’une agence de l’OMS a prévalu sur les avis d’une dizaine d’agences, y compris européennes, qui l’ont déclaré non-cancérigène 

Pire encore,

le régime de la post-vérité a gagné du terrain dans le domaine scientifique et technique. 

Ce pavé dans la mare jeté par la communauté a un objectif clair : remettre les arguments scientifiques rationnels au cœur de la décision politique. Quelques jours plus tôt, sur le site du Huffington Post, d’autres experts avaient également interpellé le grand public sur l’importance de reconquérir la culture scientifique. Car, disent les signataires de cette tribune :

elle nécessite de réfléchir à des mécanismes suscitant le désir de culture, à des médiations conduisant à une rencontre vivante avec la science 

Alors, cornérisée, la science ? Il faut croire que oui, et ce au plus haut niveau de l’État. Lors du dernier Salon de l’Agriculture, le président français Emmanuel Macron a comparé le glyphosate aux ravages de l’amiante causant de nombreux cancers du poumon. Or, la comparaison paraît bien forte. Une étude épidémiologique parue en novembre 2017 dans le Journal of the National Cancer Institute– elle appartient à la grande enquête nommée Agricultural Health Study (AHS) – a montré que le risque de surmortalité n’est pas avéré au contact du glyphosate.

Le test a été réalisé sur 50 000 travailleurs exposés à l’herbicide. Il y a deux ans, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait déclaré publiquement la cancérogénicité du glyphosate. Or, après l’analyse d’une vingtaine d’études très sérieuses et réalisées sur les quarante dernières années, aucune preuve n’a jamais été apportée sur ce lien. Le doute est ainsi légitimement permis…

Victoire médiatique

Dans cette histoire, l’emballement médiatique dénoncé par les scientifiques a précipité le gouvernement français à agir vite ; sans vraiment consulter les rapports des experts. Certes, le principe de précaution sur un sujet comme les pesticides doit être, sans nul doute, la règle d’or. Mais, comme l’appelle Guy-André Pelouze, éminent médecin et chirurgien, il faut savoir rester ouvert et curieux. « Des années de tests montrent que le glyphosate n’est pas cancérigène, pourquoi ne voulons-nous pas y croire », a-t-il déclaré sur le site Slate.com. En espérant que la science, à défaut de la guerre, saura gagner cette bataille…