Macron au Salon de l’Agriculture : le glyphosate en question

Salon de l'agriculture 2012 by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

Les décisions politiques concernant le glyphosate ne peuvent pas reposer sur les agriculteurs.

Par Sébastien Laye.

Force est de reconnaître que la tension montait entre le Président et le monde agricole depuis plusieurs jours, notamment après ses vertes remarques sur le modèle agricole qu’il fallait revoir de fond en comble : une déclaration qui ne dépassait pas le stade de l’aporie tant on connait le rôle de l’État en la matière qui, d’errements stratégiques en subventions, n’a cessé de pousser les agriculteurs vers l’abîme et le suicide collectif.

Emmanuel Macron au Salon de l’Agriculture

Alors, certes, il ne fallait pas être grand clerc pour prédire que ce n’est pas avec chaleur qu’Emmanuel Macron serait accueilli au Salon de l’Agriculture, après y avoir essuyé quelques œufs l’an dernier… Après quelques sifflets, Emmanuel Macron a été logiquement interpellé par un agriculteur à propos du glyphosate, ce pesticide que la France souhaite interdire d’ici trois ans « au plus tard ».

Alors que ce céréalier protestait contre cette interdiction, le président de la République s’est lancé dans un vif échange souvent maladroit et témoignant d’un manque de sang-froid face à un monde agricole qui doit survivre dans de terribles conditions économiques :

Le glyphosate, il n’y a aucun rapport qui dit que c’est innocent (…). Dans le passé, on a dit que l’amiante ce n’était pas dangereux, et après les dirigeants qui ont laissé passer, ils ont eu à répondre.

Ce psychodrame si obsidional sur le glyphosate démontre à quel point la France demeure dans l’obscurantisme du principe de précaution. Loin de suivre la position européenne, pourtant équilibrée et qui demande des analyses complémentaires, la France de Macron s’est précipitée vers une interdiction inéluctable sans se pencher sur les fondements scientifiques de la question et encore moins l’accompagnement des agriculteurs.

Ces deux points expliquent l’ire des agriculteurs, sacrifiés sur l’autel de l’idéologie « penser printemps » du nouveau pouvoir.

Le glyphosate et la science

Quel est l’état de la science sur la question ? Le glyphosate est en effet utilisé depuis quarante ans et fait l’objet d’une vaste étude scientifique qui conclut, pour une écrasante majorité, à sa non-toxicité. La plus récente d’entre elles (une étude américaine menée sur une cohorte de 54000 agriculteurs sur une période de plus de 20 ans) a également conclu à l’absence de liens entre cancer et glyphosate.

Le chercheur du CNRS Marcel Kuntz s’est ému de l’obscurantisme en France sur cette question et de la volonté des politiques de remettre en cause ces études.

Les agents cancérigènes sont si nombreux dans notre vie quotidienne que seule une remise à plat de tout notre mode de vie pourrait nous en prémunir, malheureusement. Mais il est faux de dire que les agriculteurs en sont davantage responsables que l’industrie des détergents ou les constructeurs automobiles.

Les gens sont prêts à tout accepter, sans sens critique, si le message qu’ils reçoivent correspond à ce qu’ils désirent entendre, ou ce qu’ils craignent. La fabrique de la peur, le pathos, le jeu des émotions sur lesquelles jouent les leaders politiques réduisent chaque jour le champ de la science et de la raison.

Ce pouvoir (et ce ministre de l’Écologie), incapable de concevoir une vraie politique environnementale ou de défendre les animaux, a fait entièrement reposer la question du glyphosate sur les agriculteurs : or ces derniers ne peuvent pas assumer le coût économique des folies passéistes et rétrogrades du principe de précaution érigé en totem en-marche. Que le Gouvernement assume cette question.