Présidentielle : laissons sa chance à Macron

Emmanuel_Macron_(27_août_2014) by Gouvernement français(CC BY-SA 3.0 FR)

Emmanuel Macron sera le nouveau président français. Avec quels impacts pour chacun d’entre nous ?

Par Alexis Vintray.

Sans surprise, les électeurs ont placé Emmanuel Macron assez largement en tête du second tour de la présidentielle française de ce dimanche. Battant Marine Le Pen, il sera le prochain président de la République. Qu’en attendre pour la France ?

Emmanuel Macron, un certain libéralisme…

Emmanuel Macron représente assurément une nette amélioration sur le fond par rapport à Marine Le Pen et François Hollande. Son programme contient des éléments qui réjouissent les libéraux et, plus largement, les personnes raisonnables.

Citons par exemple la simplification du code du travail, un début de baisse des dépenses publiques (-60 milliards €), la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25%, un discours très critique sur l’économie de rente pendant son passage à Bercy, des propos positifs sur l’ubérisation et globalement la compréhension de l’économie de demain.

S’y ajoutent aussi des promesses de réforme des retraite vers un système à points plus juste, une plus grande transparence de la vie politique ou la négociation des accords sociaux au niveau de l’entreprise et non des branches ou du pays tout entier.

Des mesures indiscutablement intéressantes et qui témoignent d’un certain libéralisme, apprécié par beaucoup d’auteurs sur Contrepoints, comme Jérôme Dubus, Patrick Aulnas, Emmanuel Bourgerie, Benjamin Boscher ou Guillaume Nicoulaud.

Mais pas un libéralisme certain…

Pourtant, ces mesures sont aussi accompagnées de nombreuses mesures qui soit sont à l’opposé complet des idées de liberté soit soulignent le manque de volonté de véritables réformes.

Citons pour la première catégorie la multiplication des dépenses clientélistes non financées sur l’éducation (maximum de 12 élèves par classe, Pass Culture, 80 000 logements étudiants, etc.) et les prestations sociales (remboursement à 100% des lunettes ou prothèses auditives, AAH, minimum vieillesse, etc.), la fiscalité des particuliers avec la suppression clientéliste de la taxe d’habitation pour les plus pauvres, des plans d’investissement publics à foison (agriculture, environnement, formation, industrie, innovation, etc.), un renforcement de la technocratie bruxelloise ou encore la lutte contre le chiffrement des données (dénoncée non sans ironie par Marc Rees).

Enfin, le manque de volonté dans les réformes, déjà visible dans les réformes inabouties qu’auront été la Loi Macron ou la Loi Travail, transparaît dans le programme : citons par exemple la réforme des retraites, « qui ne concernera pas les retraités actuels et ne modifiera pas l’âge de départ », ou la baisse du nombre de fonctionnaires ou des dépenses publiques, jamais détaillée. Celle-ci, sans laquelle rien ne pourra être accomplie en France, est ainsi discrètement évoquée en dernière page du programme1. Surtout, plus grave, c’est une fausse baisse et une vraie hausse, une moindre hausse (60 milliards de moins que la trajectoire « naturelle » de hausse des dépenses).

Au final, Emmanuel Macron incarne bien plus une social-démocratie moderne qu’un libéralisme authentique, ou même qu’un libéralisme de gauche. La nette amélioration que cela représente face à une gauche ancrée dans le marxisme ne doit pas le faire oublier.

… et trois gros risques

Cette instabilité sur le fond se double de trois ambiguïtés ou risques :

  • Emmanuel Macron se présente comme un réformateur en profondeur alors que c’est plutôt le candidat de la technocratie. Super Techno en quelque sorte. D’où les ajustements étranges pour diminuer des cotisations d’un côté pour les passer en CSG de l’autre. Pourra-t-on « révolutionner »2 la France avec des recettes d’énarques ?
  • Emmanuel Macron a une volonté farouche de convaincre et de rassembler. Cela peut être une excellente chose, aussi un élément de paralysie si c’est un homme pour marquer le cap qu’il faut pour réformer réellement la France.

Laissons sa chance au produit Macron

Pour réaliser le cœur de son programme et non pas uniquement les mesures faciles de dépenses supplémentaires, Emmanuel Macron devra donc dépasser ces risques, être un véritable réformateur structurel et pas un simple énarque technocrate, fixer un cap ambitieux malgré les turbulences et parler à tous les Français.

Il y a du bon et du moins bon chez Macron et, avec aussi peu d’expérience politique et donc de bilan, il nous faudra juger aux actes durant son quinquennat. Les promesses sont intéressantes pour le libéral que je suis, voyons où la réalité du pouvoir mènera la France avec Emmanuel Macron.

Aujourd’hui nous choisissons donc de lui laisser sa chance, avec une bienveillance attentive et critique, et de juger sur les actes, en promettant à nos lecteurs la même indépendance qui a toujours été la nôtre. Nous continuerons sur notre ligne : encourager tout ce qui va dans le bon sens pour les libertés et dénoncer les mesures qui au contraire entravent nos libertés, peu importe le parti. Et tant mieux si Emmanuel Macron peut cocher le maximum de cases dans cette première catégorie.

Sources : sur le programme d’Emmanuel Macron, cet article est basé sur le programme en 32 pages et le tract de campagne distribué par les militants d’En Marche entre les deux tours, ainsi que sur la propagande électorale du deuxième tour.

  1. Page 30 de la version distribuée vendredi à Paris.
  2. En référence au titre de son ouvrage.