Macron contre Le Pen : la clarification politique [vidéo]

Personne à Hack la Politique ne pense qu’entre Le Pen et Macron, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Une nouvelle vidéo à découvrir sur l’élection présidentielle.

Par Emmanuel Bourgerie.
Un article de #HackLaPolitique

Cette année, l’élection présidentielle française nous a montré que le paysage politique a profondément changé. Les deux partis de gouvernement traditionnels ont été sèchement balayés, et le second tour symbolise parfaitement le réalignement politique qui s’opère dans de nombreux pays occidentaux, et pas seulement qu’en France.

L’échiquier politique était de toute façon au bord de l’implosion. L’alternance de socio-démocrates, tantôt de gauche, tantôt de droite, laisse un arrière goût amer.

Entre leur incapacité à réformer les rentes et le marché du travail, une droite dure obsédée par la clause Molière, une gauche qui s’enfonce dans les pseudo-sciences, et des alliances inattendues pour s’opposer au libre-échange ou pour défendre des idées nouvelles comme le revenu de base, le clivage gauche-droite auquel on se réfère d’habitude n’est plus un bon outil si l’on veut comprendre un second tour où Emmanuel Macron fait face à Marine Le Pen.

Le nouveau clivage

Traditionnellement, nous avions une gauche qui défendait plus de dépenses publiques et d’impôts, plus de réglementations sur les entreprises, et plus de tolérance sur les questions sociales, comme l’immigration ou le mariage gay.

Face à cette gauche, la droite était au contraire pour moins de dépenses publiques et d’impôts, moins de réglementations, et pour des valeurs sociales traditionnelles défendues par la loi.

Sur des questions comme l’Europe ou le libre-échange, il n’y avait que peu, voire pas de débat, puisque les deux forces étaient en accord pour défendre un projet européen, même si souvent cela se limitait à des promesses vides, sans réelle cohérence de fond.

Deux nouveaux blocs

Aujourd’hui, Emmanuel Macron est favorable à une forme de responsabilité budgétaire, il veut alléger la pression fiscale et réglementaire sur les entreprises, mais il n’est absolument pas conservateur sur les questions sociales.

En face de lui, Marine Le Pen veut accroître le contrôle de l’État sur les entreprises, mais le Front National est aussi opposé à l’immigration, et en interne reste hostile au mariage gay ou à l’avortement.

Pour faire simple, deux nouveaux blocs s’affrontent : un centre à tendance libérale et en faveur d’une société ouverte, face à un populisme anti-système et réactionnaire, qui milite plutôt pour un rôle croissant de l’État dans la société sur pratiquement tous les sujets. Nous sommes à un moment de clarification politique historique.

Étrange réaction de la gauche radicale

En utilisant cette grille de lecture, au lieu de la traditionnelle dichotomie droite-gauche, on comprend beaucoup mieux l’étrange réaction de la gauche radicale, qui traîne toujours du pied pour appeler à voter Macron et lutter contre Le Pen.

C’est bien Mélenchon et Le Pen qui défendent la fin des travailleurs détachés, le protectionnisme (qu’il soit “intelligent” ou “solidaire”) et accusent toute réforme du Code du travail d’être le symbole de la casse sociale.

Disons-le, l’extrême-gauche n’est plus l’opposé radical du Front National. Leurs rhétoriques, leur électorat et leur vision de l’économie se confondent de plus en plus. Celle du refus de la concurrence, pour un poids accru de l’État, et pour la multiplication des nationalisations.

Qui sont les électeurs ?

Tout comme l’électorat de Macron rassemble les centristes de la gauche et de la droite, la conquête de Le Pen depuis 2007 s’est avant tout réalisée dans les milieux ouvriers.

Lorsque Emmanuel Macron est allé à la rencontre des salariés de Whirlpool, il a fait quelque chose de très rare : il a expliqué qu’un président ne peut pas tout faire, tout promettre, et s’est contenté d’exposer ce qui serait en son pouvoir, et ce qui ne le serait pas.

Malheureusement en politique, promettre l’impossible est mieux vu qu’admettre la réalité. Ironiquement, ce sont ces promesses irréalisables qui ont détruit les partis traditionnels, mais lorsqu’elles sont prononcées par un candidat anti-système, elles sont crédibles.

L’illusion de l’intérêt général

La démocratie ne permet pas à un président de se comporter comme un tyran envers les minorités, simplement parce qu’il a obtenu 51% des voix. Les journalistes, les immigrés, et les patrons ont été désignés comme des boucs émissaires qui devraient être traités comme des citoyens de second rang, en témoigne la proposition du FN de créer un “Ordre des journalistes”.

Le fameux “intérêt général” (qui reste une notion largement obscure) devient une excuse pour créer une dictature de la majorité. C’est d’autant plus dangereux que seul le pouvoir en place définit (de façon arbitraire) ce qu’il doit être.

Par exemple, est-ce vraiment d’intérêt général que de baisser le pouvoir d’achat de la population entière à travers le protectionnisme pour sauver les marges de certaines entreprises ?

L’état d’esprit de Marine Le Pen

Globalement, l’opposition systématique de Marine Le Pen à l’immigration, au libre-échange, sa défense de la laïcité qui ne s’applique pas à toutes les religions, démontrent bien son état d’esprit. Celui de pousser vers une société repliée sur elle-même, dirigée par un planificateur central.

Cela ne veut pas dire pour autant que Macron est un ange tombé du ciel qui va annoncer la bonne parole pour le siècle à venir. Son programme ne possède pas de ligne directrice claire à laquelle on puisse raccrocher chaque élément.

S’il veut se démarquer des populistes, il ne peut pas se contenter de simplement répéter ce qu’une audience CSP+ veut entendre. Peut-être que les repas bios à la cantine et la médecine alternative sont des bons arguments électoraux pour les bobos, mais ils donnent l’impression de sortir de nulle part, sans suivre de fil directeur.

Remettre en question les idées reçues

Une autre difficulté majeure pour Macron sera de remettre en question les idées reçues sur lesquelles le Front National s’appuie. Pour reprendre son intervention à Whirlpool, il a très bien expliqué que le protectionnisme est impossible, mais sans pour autant réussir à vendre le libre-échange comme étant une opportunité pour la France.

Admettre que le protectionnisme ne fonctionne pas est une chose, mais se contenter d’un “je ne mettrai pas de politique stupide en place” n’est pas un programme économique, c’est un aveu d’échec.

Il est aussi dommage de voir à quel point la stigmatisation du mot libéral en France pèse sur sa campagne. Ses précédentes déclarations et son livre publié l’an dernier offraient des pistes de réflexion intéressantes pour réformer la France, alors que son programme final est beaucoup plus modeste.

Un bon contraste avec Le Pen

Mais comme on a pu le voir, oser entretenir l’idée que le Code du travail a besoin d’une réforme est suffisant pour être comparé à Pinochet. Macron a probablement dû revoir ses ambitions à la baisse pour ne pas effrayer l’électorat et sécuriser des alliances avec des figures politiques connues.

Il représente tout de même un très bon contraste face à Le Pen. Il défend le libre-échange, l’immigration, n’est pas opposé à l’IVG ou au mariage gay, et ne fait pas des travailleurs étrangers les boucs-émissaires du chômage.

Il a, en tant que ministre, su mettre en place des ébauches de réformes allant dans le bon sens, que ce soit son combat contre les oligopoles bancaires ou les fameux autocars. Aussi imparfait qu’il puisse être, il représente la volonté de créer une société plus ouverte, face à Le Pen.

Le FN n’est pas une alternative

Au final, on ne va pas vous le cacher, personne à Hack la Politique ne pense qu’entre Le Pen et Macron, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Entre les affaires de fraude de Le Pen au parlement européen, la proximité du parti avec des négationnistes, et son opposition générale aux libertés personnelles comme économiques, nous ne pouvons pas la présenter comme une alternative valide.

Oui, nous pensons que Macron est un peu mou, et qu’être mignon ne dispense pas d’avoir un programme cohérent. Mais entre une proto-fasciste et un ancien employé de banque, nous n’avons pas besoin de deux semaines de débats intenses pour trancher.