Comment sauver la protection sociale

Le rôle des libéraux est de stopper toute dérive en rappelant les principes qui doivent régir la protection sociale dans une société de libertés : rompre avec la répartition, en finir avec le monopole public.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
bouée credits yozine (licence creative commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Comment sauver la protection sociale

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 janvier 2017
- A +

Par Jacques Garello.

Comment sauver la protection sociale
bouée credits yozine (licence creative commons)



J’ai écrit mes premiers articles sur le sujet en 1974. À mes yeux, une réponse banale s’imposait : abandonner la répartition, revenir à la logique de l’assurance privée. Hélas, voilà un demi-siècle qu’elle n’a pas été entendue en France, tandis que d’autres pays ont compris la fatalité d’une réforme systémique et l’ont mise en place avec succès.

Aujourd’hui le débat aurait pu se terminer avec la victoire de François Fillon, mais il n’en est rien. Bien qu’il tienne un discours qui dans l’ensemble sonne bien à l’oreille d’un libéral, le favori des présidentielles (pour combien de temps ?) semble refuser les vraies réformes de nature à sauver la protection sociale.

L’article qu’il a publié dans Le Figaro il y a quelques semaines Ce que je veux pour la Sécurité sociale ni ne m’éclaire ni ne me rassure. D’une part, on y trouve des propos de bon sens : la description du système de santé actuel y est sans concession, et François Fillon se réfère au sens des responsabilités pour changer la situation, rappelant au passage que son défi prioritaire est d’en finir avec le chômage et la stagnation économique.

Mais d’autre part, certaines formules vont en sens inverse : « J’entends réaffirmer le principe d’universalité dans l’esprit des ordonnances de 1945[…] Il n’est donc pas question de toucher à l’Assurance-maladie et encore moins de la privatiser. »

Rappeler les principes sur la protection sociale

On ne peut en rester à ces ambiguïtés. Le rôle des libéraux est maintenant de stopper toute dérive en rappelant les principes qui doivent régir la protection sociale dans une société de libertés : rompre avec la répartition, en finir avec le monopole public.

Dans un système de répartition, qu’il s’agisse de la santé ou des retraites, le nombre de ceux qui cotisent doit être en proportion du nombre de ceux qui sont soignés ou pensionnés. Quand la population est vieillissante, le rapport baisse : il était de 4 à 1 en 1974, il est aujourd’hui de 1,3 à 1. D’où les déficits, qu’il faut combler soit en relevant les cotisations, soit en abaissant les prestations, soit en jouant sur les deux (en reculant l’âge de la retraite par exemple), soit enfin en accumulant la dette sociale : les générations futures paieront.

Cette arithmétique démographique, peu rassurante, n’est pas le seul vice du système. Car puisque l’argent est « réparti » entre contributeurs et bénéficiaires, il circule sans arrêt : les fonds entrés sont immédiatement ressortis. Ainsi des milliards s’envolent-ils chaque mois sans laisser de traces, alors que la capitalisation permettrait de les investir, finançant les entreprises et la croissance, et de rapporter des intérêts substantiels, permettant de réduire le montant des cotisations.

Celui-ci pourrait diminuer d’un bon tiers : inutile alors de « réduire les charges sociales » en prélevant des impôts, qu’il s’agisse de la TVA sociale (version Fillon – Juppé) ou de la CSG sociale (version Macron – Le Maire). Le système actuel ignore la logique assurantielle pour lui substituer une logique purement redistributive. Qu’on instaure un filet social pour ceux qui ne peuvent s’assurer suffisamment, et qu’il soit financé par un impôt de solidarité, rien ne s’y oppose.

Mais, comme le disait Gary Becker, prix Nobel « S’il y a des individus laissés pour compte on peut prévoir un filet social à leur intention, mais ces cas doivent demeurer marginaux et il faut se garder, comme on le fait maintenant, de construire tout un système d’État Providence sur des hypothèses extrêmes qui ne concerneraient normalement qu’une infime minorité de la population ».

Une autre réforme décisive est la fin du monopole public. La centralisation des caisses est source de bureaucratie et d’irresponsabilité. Par contraste, la concurrence et le libre choix de l’assureur réduisent les coûts, ici comme ailleurs. Cet effet bénéfique s’observe en Alsace, comme chez les Allemands voisins. Mais la capitalisation implique rapidement la privatisation, car la gestion des fonds est mieux faite par des assureurs à la recherche du meilleur rendement que par des administrations indifférentes aux résultats et bénéficiant des contribuables pour « prêteurs en dernier ressort ».

Ces principes ne sont pas « ultra-libéraux » : ils sont de pur bon sens. Leur préférer des mesures « paramétriques » en jouant sur les données démographiques, comptables et fiscales ne peut résister aux réalités financières et psychologiques. Oui, il s’agit de rendre les Français responsables de leur protection personnelle, de leur santé, de la gestion de leurs ressources au moment d’une retraite personnellement choisie.

Mais il n’y a pas de responsabilité sans liberté, sans la tenue de comptes ou carnets personnels de santé et de retraite. C’est ce qu’il faut faire admettre à François Fillon et à son entourage. Traiter à la légère des sujets de société aussi graves que celui de la protection sociale c’est s’exposer à la « volatilité » d’électeurs trompés et déçus, c’est risquer un échec en 2017. Il faut sauver le soldat Fillon.

Sur le web

Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • Je me demandais également comment allaient réagir les assurances si elles devaient prendre en charge le cancer, vue le prix ééééééééééééééééénormissime de certains médicaments.

    D’ailleurs, comment définir le filet social (périmètres, budget et revenus, caractéristiques des bénéficiaires…)?
    Comment passer d’une transition socialiste à celle libérale? Combien de temps cela mettrait?

    • Détrompez-vous, globalement le cancer ne coute pas cher. Certes, certains médicaments anti-cancéreux ont un prix unitaire élevé mais ils ne sont administrés que sur des périodes courtes de qq mois. Ensuite, soit vous êtes en rémission soit cela ne marche pas bien et vous décédez en qq mois voire qq années ou bien vous faites quelques récidives (traitées ou pas selon les mêmes méthodes) avec des suites identiques. Donc, en grande majorité, cela ne dure pas très longtemps quelles que soient les modalités évolutives.
      Beaucoup plus couteuses sont les pathologies chroniques (hypertension, diabète, pathologies respiratoires chroniques…etc) pour lesquelles les malades prennent des traitements pendant 10 à 50 ans et qui sont émaillées de complications épisodiques couteuses elles aussi. Ces pathologies chroniques finissent de plus souvent par engendrer un handicap et par nécessiter une prise en charge ou une assistance quotidienne dont le cout est important car de longue durée.
      Bébear (ancien patron d’Axa) avait déclaré, il y a longtemps, que l’assurance santé était une activité rentable et « facile » à organiser et à gérer. En effet, les données épidémiologiques concernant la survenue des différentes maladies sont connues suivant les populations. Les couts des traitements aussi. Il est donc facile de prévoir les couts induits. De même, les épidémies saisonnières sont connues et si leur intensité peut un peu varier d’une saison à l’autre, ce n’est pas d’un facteur 100.
      Par contre, des activités soumises à des risques météorologiques sont plus difficiles à anticiper ainsi que celles mêlant des comportements humains et des évènements météorologiques ou aléatoires (automobile par ex)…

  • En lisant le programme complet de Fillon, on se rend compte que le volet « responsabilité » n’est pas oublié. Mais ce n’est pas « vendeur »!
    « S’il y a des individus laissés pour compte on peut prévoir un filet social à leur intention, mais ces cas doivent demeurer marginaux ». Bien sûr, mais après des décennies de gestion défaillante, aujourd’hui ces cas ne sont plus marginaux…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Candidat déclaré depuis peu, Emmanuel Macron a commencé à divulguer son programme en vue d’un second mandat présidentiel. Au menu, une réforme des retraites qui passerait par le recul de l’âge légal de 62 à 65 ans. Interrogé à ce sujet dans Marianne, l’économiste atterré Henri Sterdyniak a expliqué que ce projet revenait ni plus ni moins à « faire payer le quoi qu’il en coûte aux travailleurs ».

Disons qu’il n’a pas complètement tort.

Oh, bien sûr, la formulation « faire payer aux travailleurs », lourde d’indignation, renvoie i... Poursuivre la lecture

Évidemment, en France, ce titre risque d'être considéré comme une provocation. C’est un peu comme si on ouvrait un parapluie à l’intérieur d'un logement, ou si on proférait des injures à l’égard d’un défunt dans la chambre mortuaire.

La répartition est injuste

Aussi, dois-je m’efforcer de présenter immédiatement, non pas les excuses que certains lecteurs attendent peut-être, mais des arguments sur ce que j’avance.

Les voici :

Le système de retraite par répartition consiste à payer les retraites des pensionnés en prélevant... Poursuivre la lecture

Cette fois-ci, c’est vraiment parti : avant-hier, j’ai reçu le premier tract électoral de la présidentielle 2022 dans ma boîte aux lettres ! C’était un petit mot de notre insoumis national Jean-Luc Mélenchon. Enfin, insoumis… À la façon particulière des politiciens incrustés depuis toujours dans le système. Il fut quand même vingt ans sénateur, ministre de Lionel Jospin (PS), député européen pendant huit ans, et il est actuellement député français depuis 2017. Mais bref. J’avais cinq minutes, j’ai lu.

Et puis il ne faudrait pas oublier... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles