Burkini : les musulmans pris en otage ?

La République demande-t-elle aux musulmans de choisir entre leur religion ou la patrie ?

Par Asif Arif.

Burkini : les musulmans pris en otage ?
By: HaifeezCC BY 2.0

La décision visant à interdire le burkini à Cannes vient sonner le glas de toute une évolution sociale de notre pays, vis-à-vis de sa vision de l’islam dans un contexte post-attentats. Il va de soi que les attentats imposent aux communes, au niveau local, et à l’État, au niveau national, de mettre en place une protection renforcée de leurs administrés et citoyens français.

Or, la décision du juge administratif, statuant sur un référé liberté introduit par le CCIF, n’a pas su faire preuve du discernement suffisant, tant en droit qu’en matière sociologique, afin de traiter le cas du burkini.

Manque de discernement sur le burkini

Sociologiquement, tout d’abord, puisque le corps de la femme lui appartient. Elles sont libres de se vêtir comme elles le désirent et le fait de lui imposer de s’habiller (en se couvrant ou en se découvrant) est quelque part instrumentaliser son corps au profit de certaines variables électoralistes, sachant pertinemment que, dans la région, l’électorat d’extrême droite prend une ascension fulgurante.

La France traverse une drôle de période. On aurait attendu des élus, après les attentats, qu’ils fassent preuve d’ouverture et qu’ils montrent que le terrorisme ne leur fera pas adopter une attitude limitant les droits individuels fondamentaux. Mais non, les élus ont préféré sombrer dans la facilité d’un arrêté interdisant le burkini, cette tenue, de la tête aux pieds, ressemblant à une tenue de plongée.

Or, les juges ont également commis une erreur juridique, en estimant qu’il existait une menace pour l’ordre public. La menace à l’ordre public, si elle est réelle, aurait très bien pu être écartée par les moyens classiques de la police administrative et du pouvoir de police dont le maire dispose. Souvent, les commentaires oublient très, trop, vite qu’il s’agit là d’une décision rendue en référé, qui ne traite pas au fond et qu’elle a fait l’objet d’un pourvoi devant le Conseil d’État.

Il faudra en conséquence apprécier deux autres modalités avant de rendre un avis juridique définitif sur cette question : la décision du Conseil d’État statuant en appel en matière de référé et vérifier si le CCIF n’a pas introduit une requête au fond devant le même Tribunal, qui devra alors procéder à un contrôle bien plus lourd que celui du juge des référés.

Instrumentalisation du corps de la femme

Il faudrait également penser à cesser d’nstrumentaliser le corps de la femme. Entre 2004 et aujourd’hui, les lois touchant au principe de neutralité ont souvent concerné les femmes et surtout, les femmes musulmanes. Mais quel est le but de la mesure ? Enrayer le terrorisme. Mais est-ce que ce sont les femmes qui se rendent le plus en terre de djihad ? Est-ce que les femmes en burkini sont aujourd’hui concernées par la radicalisation ? Il semble qu’une réponse négative s’impose.

Par ailleurs, une telle mesure, ouvertement reprise par plusieurs maires, ne fait qu’augmenter l’intolérance dans notre pays. Dans ses heures sombres, entre 1939 et 1945, les parcs de jeu étaient interdits aux Juifs. Aujourd’hui, en 2016, les plages commencent à exclure les musulmanes. Cette évolution est très inquiétante. Puisqu’elle revient à demander aux musulmans de choisir entre la République et leur religion alors que normalement, la République ne reconnaît ni ne subventionne aucune religion afin que chacun puisse la pratiquer librement.

Cela revient également à la drôle de déclaration de Manuel Valls lors de ses propositions sur l’islam de France à savoir que si les musulmans ne l’aidaient pas à combattre les terroristes, alors la liberté de culte ne pourrait plus leur être garantie. Doit-on toujours penser que l’islamophobie est un leurre en France ?