Après l’attentat en Normandie, la banalisation du mal ?

Publié Par PABerryer, le dans Politique

Par PA Berryer.

Après l'attentat en Normandie, la banalisation du mal ?

Terrorisme islamiste : quelles causes by Voyou Desoeuvre(CC BY-SA 2.0)

Malheureusement les attentats se suivent à intervalles de plus en plus raccourcis. Nous finissons par nous habituer à tout, même à l’horreur. Ce qui est de plus en plus frappant c’est le temps de deuil qui n’est plus respecté, il s’estompe de plus en plus vite devant la polémique politicienne.

Le 26 juillet 2016 un prêtre a été égorgé alors qu’il célébrait la Messe. Il n’a fallu que quelques heures pour qu’apparaissent les premières réclamations politiques. Le 14 juillet 2016, Nice a été ensanglantée par un attentat qui a fait 84 morts dont de nombreux enfants. Il n’a fallu que quelques jours pour que les polémiques éclatent à propos de la demande d’effacement des vidéos et la possible falsification d’un rapport.

Où est le recueillement ? Où est le respect dû aux victimes et à leurs familles ? Où est la simple décence ?

Savoir qui a tort ou qui a raison à travers ces polémiques peut avoir son importance, cela peut en dire long sur ceux qui nous gouvernent, mais leur apparition est un symptôme tout aussi important. Il signifie que désormais ce genre d’événements tragiques devient banal, il entre dans le jeu politique. Il devient un sujet que l’on peut traiter comme n’importe quel fait divers un peu saignant ou la fermeture d’une usine accompagnée d’un plan social. Souvenons nous de l’échec de Jospin aux élections présidentielles de 2002, concomitant au traitement médiatique de l’agression d’un retraité orléanais à son domicile. Il n’est même pas certain que la vague d’attentats qui nous frappent fasse perdre Hollande en 2017.

Déni politique du réel

Ce manque d’égards et ces polémiques traduisent l’incapacité de nos politiques à affronter la réalité. Ils vivent en Utopie, dans un espace mental où la volonté politique doit suffire pour transformer le réel. Le résultat se traduit par des lois incantatoires, la proclamation des états d’urgence qui enterrent l’État de Droit sans pour autant empêcher la sanglante liste de s’allonger. Quelle que soit la vérité dans l’Affaire Sandra Bertin, celle-ci traduit exactement cette incapacité du pouvoir politique à aborder les faits ; que la droite ait voulu souligner l’incapacité du pouvoir à protéger les Français, ou que le pouvoir ait voulu réécrire l’histoire en sa faveur. Seule compte l’Utopie ou le Bien triomphe du Mal.

La conséquence de cette agitation stérile est l’impossibilité d’obtenir une réponse efficace aux attentats. Nos politiques s’agitent, éructent, prennent des décisions cosmétiques pour donner l’illusion de maîtriser une situation qui leur échappe de plus en plus, au point d’en venir à interdire toute critique sur leur action. Il n’y a aucune chance pour que certains sujets essentiels soient abordés, notamment :

  • repenser notre politique extérieure (intervention en Libye et en Syrie désastreuses, interventions en Afrique, soutien aux pétromonarchies)
  • restaurer notre capacité de renseignement mise à mal depuis plus d’une décennie (éclatement des institutions et des responsabilités, manque de moyens, surveillance numérique inefficace)
  • s’attaquer au problème de l’islamisation radicale en France autrement qu’à coups de padamalgam.

Il y aurait du pain sur la planche pour un gouvernement un tant soit peu pragmatique et soucieux d’efficacité mais il n’y a aucune chance de voir nos politiciens actuels se confronter au réel.

  1. Il me semble que si le temps du deuil n’est pas respecté, c’est aussi parce que chaque nouvel attentat soulève en premier lieu la colère du peuple, en tout cas très rapidement après la compassion naturelle. C’est sans doute dû au sentiment, et peut-être même à la certitude, que l’attentat aurait pu être évité. Les politiques ne font que surfer sur l’opinion publique.

  2. Merci à l’auteur pour cet article qui invite le lecteur à tirer les conséquences des exactions subies par notre pays.
    Je pense qu’il faut repenser la politique interventionniste de la France en Afrique et au Moyen Orient qui ne doit plus être le domaine réservé de notre monarchie « républicaine ».
    Je pense que la poursuite ou la remise en cause de la politique immigratoire actuelle doit être l’objet d’un référendum pour ainsi, permettre à tous les français de se déterminer démocratiquement.

  3. Je partage l’essentiel des idées de l’auteur, sauf un point : Je ne pense pas qu’il y ait réellement de polémiques politiciennes. La situation a atteint un tel point d’absurdité que la population française est sortie de son coma démocratique républicain et de sa bulle socio-assistée franco-française, ce qui a de fait réveillé les hommes politiques de droite endormis sur les lauriers de leur sphère élitiste étanche aux réalités du commun des mortels qui peuple notre beau pays. Les Français ont enfin compris après trente années de déclin puis de décadence (dixit François Fillon et il a entièrement raison) que leur pays et donc l’avenir de leurs enfants était menacé, ainsi que les fondements même de leur démocratie. Au secours, il faut faire quelque chose, on est allé trop loin. Pareil pour les hommes politiques de droite : Il faut réagir, on va tout perdre, y compris notre pouvoir doré alterné tous les cinq ou dix ans. Sauve qui peut. Donc on redécouvre un clivage politique qui avait disparu. Une gauche autiste justifiant son inaction par le merveilleux écran de fumée du droit (le même qui a tué l’Europe). Et une droite, qui redécouvre les valeurs républicaines et démocratique, arguant que la Constitution et les lois ne sont pas faites pour mettre en danger la vie des Français. Donc une vraie bataille politique. Pas de polémique.

  4. Article plein de bon sens qui donne des clés possibles pour tenter de sortir des attaques sanglantes qui endeuillent la France en ce moment. Un problème sur lequel se pencher également: le suivi de ces assassins déjà connus de la justice et libres d’agir comme bon leur semble.

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