BPI ou les limites de la banque publique

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Loin de remplir son rôle de banque publique, BPI France réalise de piètres performances financières.

Par Michel Albouy.
imgscan contrepoints986 BPILe constat des experts sur la situation du financement des entreprises, en 2012, tenait en trois points : la situation globale du marché du crédit bancaire pour les entreprises apparaît relativement satisfaisante ; le marché des investissements en fonds propres semble se stabiliser ; mais cette situation serait toutefois susceptible de se dégrader à moyen terme. Malgré ce diagnostic, il fallait faire quelque chose, surtout pour répondre à l’engagement de campagne du Président Hollande de créer une banque publique d’investissement. Cela sera fait à partir du regroupement d’OSEO, de CDC Entreprises et du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI). Bref, un petit mécano financier accompagné d’une grande campagne de communication.

Le rapport mentionnait explicitement que « la BPI intervient en priorité sur les défaillances du marché et vise à mobiliser les financements privés à travers une doctrine d’investissement différenciée selon les outils et les métiers ». L’idée-force de cette création d’une nouvelle banque publique est donc bien de combler « les défaillances du marché » et du système bancaire, pourtant reconnu à l’époque par les mêmes experts comme fonctionnant de façon satisfaisante. Passons sur les difficultés de gouvernance de cette nouvelle structure (qui n’est pas en fait une banque, mais un petit fonds d’investissement) à son démarrage et le déluge de communication au moment de sa création pour nous concentrer sur le fond et la pertinence d’une banque publique pour pallier les défaillances du secteur privé.

Notons tout d’abord la modestie du volume de dotation de ce nouvel acteur : 20 milliards d’euros de fonds propres. Comparé au 840 milliards de dollars du fonds souverain norvégien, ou de celui d’Abou Dhabi (627 milliards) ou de la Safe Investment Company chinoise (575 milliards), notre BPI apparaît bien modeste.

De piètres performances financières

Selon son rapport d’activité, en 2013, la BPI avait réalisé 10 milliards d’euros de financement, 8 milliards de prêts garantis et 1 milliard d’investissements en capital. Mais cette comparaison n’est pas raison dans la mesure où les objectifs de gestion financière des grands fonds d’investissement n’est pas de pallier les défaillances du marché « qui handicapent le financement des entreprises », mais de faire fructifier un capital. La BPI se veut un fonds d’investissement différent, socialement responsable, ancré dans le territoire, en lien avec les Régions, et au service des PME et des entreprises de taille intermédiaire.

Et cela se traduit dans ses performances. Selon son directeur général, les taux de rentabilité interne (TRI) des investissements du FSI sont de 6% et celui de CDC Entreprises de 2% contre une fourchette de 9% à 46% chez Axa Private Equity. Avec OSEO, la rentabilité des fonds propres de la BPI s’élève à 4% ; un taux similaire à celui de la Banque Postale…

Au-delà de ces piètres performances financières, BPI France s’est faite remarquée récemment par l’affaire d’Altia et de ses Caddie. Depuis 2011, l’État a aidé Altia, un petit groupe industriel, à reprendre des usines d’équipements automobiles puis le célèbre fabricant de charriots Caddie. BPI France s’est ainsi retrouvé avec 20% du capital de cette société. Le 1er août 2014, les filiales du groupe étaient mises en redressement judiciaire ce qui constitue une des plus lourdes faillites de l’année avec plus de 3500 emplois en jeu.

Selon les nombreuses expertises réalisées, les comptes étaient faux et le besoin financier ne serait pas de 3 ou 5 millions d’euros, mais plutôt de 100 millions. Aujourd’hui, l’administrateur judiciaire cherche des repreneurs pour chacune des filiales, mais il y aura de la casse et BPI France mandate l’agence privée américaine Kroll pour comprendre la débâcle d’Altia et de ses Caddie.

Certes, il serait facile de trouver des déboires comparables avec des banques privées et toutes les interventions de BPI France ne se soldent pas par de tels fiascos. N’empêche, alors que la banque publique se veut exemplaire, elle n’échappe pas aux difficultés du métier de banquier.

La faute à pas de chance ? Nous ne le pensons pas. Cette situation tient selon nous aux missions données à cette banque : aller au-delà des critères classiques de prêt pour aider les PME et entreprises de taille intermédiaires. Normalement, la banque doit limiter au maximum ses risques lorsqu’elle prête. C’est la raison pour laquelle elle demande des nantissements d’actifs si l’activité nécessite des actifs tangibles (immeubles, équipements). Si cela n’est pas possible, elle demande alors comme collatéral les actifs personnels des dirigeants.

A priori, face à un dossier « difficile », le banquier public devrait donner la même réponse que son homologue privé, à moins qu’il accepte une prise de risque plus importante. Banquier en dernier ressort, la BPI risque ainsi de se retrouver avec les plus mauvais dossiers en portefeuille. En fait, le seul domaine d’intervention acceptable (et encore) d’une banque publique d’investissement est celui du financement de l’innovation du fait des difficultés à financer des actifs intangibles (R&D notamment). Mais cela pose aussi la question de la compétence d’une banque publique pour faire le métier des firmes de capital-risque. Un tel métier ne s’improvise pas et nécessite des équipes professionnelles.

Réorienter l’épargne et améliorer les marges plutôt que de financer publiquement l’entreprise
La première source de financement des entreprises sont les fonds propres, appelés à juste titre capitaux à risques. Ces derniers apportés par les actionnaires permettent de prendre les risques que le créancier ne veut pas (et ne doit pas) prendre. La problématique récurrente du financement des entreprises en France vient fondamentalement d’une insuffisance de fonds propres.

Ce n’est pas par hasard si plus de 50% du capital des entreprises du CAC 40 est détenu par des investisseurs étrangers. Pour les entreprises de taille intermédiaire et les PME, la fiscalité constitue un véritable handicap pour l’accumulation de fonds propres. Récemment, mais cela est du passé, le mouvement des « Pigeons » (les patrons de start-up) a réussi à faire reculer partiellement le gouvernement sur la fiscalité des plus-values de cession d’entreprise. Vouloir pallier cette insuffisance de fonds propres, dont les origines sont bien connues, par des fonds publics n’est pas une bonne solution.

Créée par le fait du prince sur un diagnostic peu étayé (la défaillance du marché), la BPI risque fort de rencontrer de nombreuses difficultés sur son chemin à l’instar de Caddie. Si nos entreprises (petites ou grandes) rencontrent des difficultés de financement, la solution ne se trouve pas dans un circuit de financement parallèle public, mais bien par une réorientation de l’épargne privée des Français vers les entreprises et par une amélioration de leurs marges bénéficiaires pour doper leurs capacités d’autofinancement. Si notre premier ministre aime les entreprises, comme il le dit, il est temps de revenir aux fondamentaux d’une économie de marché.


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