Cocktails et primes pour Noël, passeport à la poubelle

imgscan contrepoints 2236 fiscalité

Les élus, si prompts à dépenser l’argent des autres, le sont aussi à fustiger le départ des derniers Français égoïstes et rationnels.

Par Baptiste Créteur.

Noël, c’est la saison des sapins, des guirlandes et des cadeaux. Malheureusement, une partie de la population ne pourra pas s’offrir les cadeaux dont elle rêve : voitures de luxes, yachts et villas de luxe ne se trouveront pas au pied du sapin de milliers de Français, plongés dans la pauvreté par une crise sans précédent mais déjà derrière nous. Cette crise épargne heureusement ceux qui consacrent leur vie au service de l’intérêt général, nos chers élus et serviteurs de l’État.

Elle épargne notamment les députés favorables à une expropriation d’un groupe industriel pour la nationalisation de certaines de ses activités. Ils ne trouveront pas de hauts fourneaux au pied du sapin – ils n’auraient pas su quoi en faire de toute façon – mais ils sont conviés à un sympathique cocktail dînatoire, aux frais du contribuable et organisé par ce cher Arnaud Montebourg. Une juste rétribution de leurs efforts pour préserver l’emploi et sauver le pays, un moment agréable à passer entre collectivistes où on pourra se féliciter du courage qu’on a à dépenser l’argent des autres pour leur bien et à remettre en question les principes fondateurs de l’économie pour faire bonne figure auprès de quelques électeurs menacés de perdre leur emploi.

Elle épargne également les collaborateurs des ministres, qui recevront des primes pour récompenser leur excellent travail. La pauvreté n’a pas augmenté tant que ça, le chômage non plus, l’endettement n’a pas assez cru pour devenir préoccupant, on peut donc pavoiser sur un bilan pas si mauvais et se dire qu’il faut laisser du temps au temps.

Elle épargne également les exilés fiscaux, qui malheureusement ne seront pas tous en France pour contribuer au bonheur national et à la liesse populaire cette année. Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à pas vouloir devenir plus riches. On a d’ailleurs bien du mal à les comprendre : qui, aujourd’hui, a encore envie de s’enrichir – à part les collaborateurs des ministres qui le méritent tant ? Le premier ministre l’a d’ailleurs bien compris :

Ceux qui s’exilent à l’étranger, ce ne sont pas ceux qui ont peur de devenir pauvres. C’est parce qu’ils voudraient devenir encore plus riches. On ne fera pas reculer la pauvreté si ceux qui ont le plus, et parfois beaucoup, n’acceptent pas un peu de solidarité et un peu de générosité. Heureusement, ils sont peu nombreux à vouloir s’exiler pour tout simplement s’exonérer de la solidarité avec les autres Français.

Monsieur le premier ministre, on ne fera pas reculer la pauvreté en empêchant les Français de s’enrichir. Personne n’a envie de devenir pauvre, et beaucoup sinon tous ont envie de devenir riches. Certains riches acceptent un peu de solidarité, peut-être beaucoup, mais les forcer à financer les déficits n’est pas efficace : d’une part, comme vous le constatez mais aimez à le nier, les riches s’en vont ; d’autre part, même s’ils restent, ça ne marche pas. Même pas un peu. Même pas du tout.

Comme le suggère votre ami Yann Galut, on pourrait envisager de déchoir ces Français qui n’acceptent pas le peu de solidarité et le peu de générosité que vous exigez d’eux de leur nationalité :

« Cette démarche particulièrement égoïste poursuit un seul objectif: soustraire à la juste contribution leurs patrimoines astronomiques au mépris de la solidarité nationale », estime-t-il.

« Il est juste de demander à ceux-là mêmes qui ont construit leur fortune dans notre cadre républicain et qui choisissent pour leur prospérité personnelle l’exil fiscal, le versement de leur dû fiscal à la France », écrit également cet élu socialiste. »

Ceux-là même qui ont construit leur fortune malgré les obstacles que les gouvernements successifs ont tenté de mettre en travers de leur chemin ne sont-ils pas libres de vivre où ils l’entendent ? S’ils quittent la France pour des raisons fiscales, n’est-il pas de votre devoir, vous qui aimez les Français, tous les Français, de remettre en question le modèle économique que vous avez – je le déplore – la charge de régir ?

Heureusement, cher ministre, cher député, qu’il reste des Français égoïstes capables de construire des fortunes en mettant leur talent au service des autres. Ces Français créent de la richesse, sont compétents et ne demandent qu’à mettre ces talents à profit en France. Ou plutôt, ne demandaient que ça puisque, très égoïstement, ils s’en vont pour le faire ailleurs. Là où vous placez votre fierté dans votre capacité à dépenser l’argent des autres, ils mettent la leur dans leur capacité à en gagner pour eux-mêmes et, désormais, mettent leur argent ailleurs.

Cette proposition de déchoir les exilés fiscaux de leur nationalité est la preuve de votre inquiétude face à une situation qui vous dépasse. Les grandes entreprises ne resteront pas plus en France que les riches et tous ceux qui ont quelque chose à apporter tant que vous leur imposerez des efforts récompensés par votre seul mépris. Leur départ incite pourtant à faire preuve d’optimisme pour les Français : ils sont encore capables d’assez de rationalité et de vertu pour être plus intègres que patriotes.