Les fossoyeurs de l’économie française

Les graves inconvénients de la désastreuse désindustrialisation du pays sont apparus, sous l’angle de la sécurité des approvisionnements, mais pas de l’appauvrissement de la nation.

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Les fossoyeurs de l’économie française

Publié le 11 octobre 2022
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Les douanes nous apprennent qu’en août 20022 le déficit de la balance commerciale française s’est fortement aggravé : 15,5 milliards d’euros, du fait de la guerre en Ukraine qui a amené un important renchérissement du prix de l’énergie. Un record, nous dit le communiqué de cette administration : pour les douze derniers mois, le déficit s’élève à 139 milliards d’euros, chiffre bien supérieur au déficit de l’année 2021 à 84,7 milliards d’euros.

L’économie française est en grande difficulté depuis des années, et ce déficit du commerce extérieur n’a donc rien de surprenant.

Tous les indicateurs de notre économie sont au rouge et la balance commerciale du pays n’a pas cessé d’être déficitaire depuis 2003. Les chiffres du projet de Loi de Finances (PLF) pour 2023, dévoilé tout récemment par le ministre de l’Économie, ne sont pas encourageants. Ils sont le reflet d’une économie dysfonctionnelle. En 2023 le taux de croissance sera de seulement 1 %, le déficit budgétaire se montera à 158,5 milliards, le solde négatif de la balance commerciale s’élèvera à 154 milliards, et le coût de la dette se montera à 51,7 milliards. Le PLF indique que Bercy devra en 2023 se préparer à lever sur les marchés 270 milliards d’euros pour faire face au déficit du budget et au remboursement des prêts venant à échéance.

La France aborde donc en position de faiblesse la période difficile que l’économie mondiale va traverser dans les prochains mois. Selon le FMI, les perspectives sont « de plus en plus sombres et incertaines ».

Que s’est-il donc passé pour que notre économie soit dans un tel état ?

 

Une économie minée par la fonte du secteur industriel

Nous avons montré, dans d’autres articles, qu’il existe une relation très étroite entre la production industrielle d’un pays calculée par habitant et le PIB/capita de ce pays.

Or, le secteur industriel français s’est très fortement rétréci : ses effectifs ont fortement fondu, passant de 6,5 millions de personnes à la fin des Trente Glorieuses à seulement 2,7 millions aujourd’hui. Ainsi, la contribution du secteur industriel à la formation du PIB n’est plus que de 10 %, alors que dans des pays dont l’économie est prospère comme en Allemagne ou en Suisse, ce ratio se monte à 23 % ou 24%.

La France est devenue le pays le plus désindustrialisé des pays européens, la Grèce mise à part. Le déficit du commerce extérieur s’explique donc par le déclin constant du secteur industriel car les biens manufacturés interviennent pour 70 % à 75 % dans les exportations des pays développés. Et le pays s’est appauvri, au point que le problème du pouvoir d’achat domine en permanence l’actualité.

Le tableau ci-dessous montre la liaison existant entre l’importance de la production industrielle des pays et le solde de leur commerce extérieur :

(Source : BIRD 2021 )

Les données de ce tableau sont celles de la Banque mondiale qui inclut la construction dans sa définition de l’industrie (la construction représentant selon les pays 4 % à 6 % du PIB). On voit qu’il existe dans les pays une forte relation entre production industrielle et solde de la balance  commerciale.

Le déclin du secteur industriel est la principale raison expliquant les déséquilibres de l’économie : le chômage que les pouvoirs publics ne parviennent pas à résorber depuis des années malgré tous leurs efforts, et les très hauts niveaux des dépenses publiques et des prélèvements  obligatoires. Du fait de l’appauvrissement relatif du pays dû à la contribution de plus en plus réduite du secteur industriel à la formation du PIB les pouvoirs publics ont été incités à accroître régulièrement les dépenses sociales, d’où un gonflement constant des dépenses publiques, et pour y faire face, des prélèvements obligatoires. Ceux-ci se révélant donc chaque année insuffisants, un recours systématique à l’emprunt, d’où une dette extérieure du pays qui n’a pas cessé d’augmenter au point d’être supérieure au PIB du pays.

 

Des pouvoirs publics muets face au déclin industriel

Les pouvoirs publics et les élites de la nation ne se sont jamais émus du rétrécissement de notre secteur industriel.

Ce furent tous ces universitaires qui diffusèrent en l’interprétant mal la thèse de Jean Fourastié sur le développement des sociétés. En 1969, dans son livre La société postindustrielle : naissance d’une société Alain Touraine annonce la société postindustrielle. Le point de départ, en France, sont les travaux de l’économiste Jean Fourastié qui avait longuement étudié l’évolution des sociétés et publié, en 1949, Le grand espoir du XXe siècle, un ouvrage qui eut un succès considérable au point d’être traduit en une vingtaine de langues.

Jean Fourastié avait repris la classification en trois secteurs de l’économie de Colin Clark :

  1. Le secteur primaire, avec l’agriculture, la pêche et les mines
  2. Le secteur secondaire avec l’industrie
  3. Le secteur tertiaire avec les services

 

Dans ces trois secteurs le progrès technique se diffuse à des vitesses différentes : à un rythme moyen dans le premier, à un rythme rapide dans le second, à un rythme très lent dans le troisième.

Cet économiste a démontré que lorsqu’une société se développe les effectifs du secteur primaire se déversent sur le secteur secondaire, puis ensuite, ceux du secteur secondaire basculent vers le secteur tertiaire. Il en a été déduit que dans une société moderne les activités sont essentiellement des activités de service, d’où la conclusion qu’il est naturel que le secteur secondaire soit réduit à la portion congrue.

Les diffuseurs de la thèse de Fourastié ont commis la grave erreur de négliger le rythme de progression du progrès technique qui fait que la valeur ajoutée par chaque travailleur dans le secteur industriel devient très élevée, en sorte qu’avec des effectifs réduits le secteur secondaire tient toujours une place relativement importante dans le PIB des pays où les activités économiques sont décomptées en termes de valeur ajoutée.

Il a donc été conclu, d’une manière erronée, à la disparation du secteur industriel dans une société moderne, et qu’il était tout à fait naturel que les activités industrielles quittent les pays avancés pour s’installer dans des pays en voie de développement. Les sociétés avancées ont été qualifiées de « sociétés du savoir et de la connaissance ». En somme, les pays avancés allaient tout naturellement  maitriser les savoirs et le progrès technique, et vendraient leurs connaissances aux pays en voie de développement en échange des biens que ceux-ci produiraient pour leur compte. C’était considérer le développement du monde avec la vision de l’Occident dominant la planète. On mesure aujourd’hui combien cette vision était injuste et erronée.

Ainsi, en France, le secteur secondaire s’est progressivement rétréci au point de ne plus représenter que 10 % seulement du PIB. C’est la crise du covid qui a alerté les pouvoirs publics de la fonte de notre industrie, la France manquant de tout : pas de masques, pas de fabricants d’appareils respiratoires pour équiper les hôpitaux, des médicaments fabriqués au bout du monde, à 90 % dans les pays asiatiques, une industrie pharmaceutique incapable de mettre au point un vaccin.

Les graves inconvénients de la désastreuse désindustrialisation du pays sont apparus, sous l’angle de la sécurité des approvisionnements, mais pas de l’appauvrissement de la nation. En octobre 2021, le président a donc décidé du lancement du plan France 2030, destiné à réindustrialiser le pays et faire naitre de futurs champions mondiaux.

Ce plan est tout à fait insuffisant, ne répond en aucune manière à l’urgent besoin de reconstituer le secteur industriel français afin que l’économie retrouve le plus vite possible son dynamisme et ses grands équilibres.

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  •  » le chômage que les pouvoirs publics ne parviennent pas à résorber depuis des années malgré tous leurs efforts, »
    Vous plaisantez !
    Lisez donc le livre de Cahuc et Zylberberg « Les ennemis de l’emploi »
    Vous lirez que TOUT est fait pour décourager les employeurs d’embaucher et les sans emploi de rechercher un travail.

    • Je n’ai pas lu le livre. Mais les Pouvoirs Publics peuvent très bien se planter en voulant persister à combattre le chômage en proposant et en s’entêtant dans de mauvaises solutions, comme l’acceptation de la désindustrialisation, le partage du temps de travail, l’orientation des jeunes et chômeurs, … en plus de l’assistanat, le RSA, les taxes et impôts en tous genres comme la CSG, le dogme du temps libre et des loisirs. Des efforts inutiles, contre-productifs, et qui aggravent le problème.
      On peut très bien faire des efforts, mais dans la mauvaise direction …
      Le pays est devenu une réserve de touristes, un grand parc de loisirs. Pourvu que çà dure, hum …

  • Depuis Mitterrand les industries sont parties pour ne plus être nationalisées comme en Russie soviétique.
    Et ce n’est pas fini. Grâce à nos écolos, le secteur de l’agriculture va s’effondrer à son tour : second effet kiss cool de l’idéologie communiste à laquelle aspire 90% des français qui sont éduqués dès le primaire dans cette idéologie.
    Quant aux services, s’il n’y a pas de création de richesses par l’industrie et l’agriculture, il n’y a pas d’argent pour les utiliser : qui va partir en voyage s’il n’a pas de travail ? Qui va s’assurer s’il n’en a pas les moyens ( on le voit déjà chez nombre d’automobilistes)?

    • Le secteur agricole est déjà nationalisé ou plutôt européisé.
      Les agriculteurs ne vivent que des subventions européennes.
      Cela fait bien longtemps qu’ils ne vivent plus du fruit de leur travail.

  • Le secteur industriels consomme des ressources que l’on n’a pas sauf à produire de l’immatériel comme de l’IA etc et console de l’énergie où on a tout raté depuis 1981 ..
    reste que les services devraient d’auto financer or là encore la volonté de tout réglementer par l’état et les services publics coûte un argent fou pour des résultats médiocre. On peu sûrement faire bien mieux fonctionner les services de santé si on en juge par les résultats des pays d’Europe du Nord et de l’Allemagne alors que chez nous c’est un tonneau des danaïdes mais les politiques ne raisonnent que dans le cadre hospitalier centré et système public qui seul est capable de les faire plier à leur bon vouloir .
    En résumé , il n’y a plus de pilote , l’état ne dirige plus , c’est celui qui a le plus de pouvoir donc de capacité à nuire qui fait chanter tout le monde .
    Tant que le politique n’aura pas repris le pouvoir sur l’oligarchie administrative , on va continuer à tomber . Gouverner c’est anticiper et diriger pour naviguer vers un port sûr !

  • Quand on conçoit le chomage comme l’instrument de régulation principal de l’economie, a la longue, la Santé des salariés s’en trouve implicitement affectées.
    Quand une nation est en train de crever, Quasiment tous les citotens patissent severement, L’observation des agonies diverses n’a aucun interet.
    Seul l’action, au minimum energique, contre les fossoyeurs, a du sens.

  • Quant chasse t’on tous les énarque et les science po de tous postes d’adlinstration et quant les rend t’on innéligibles à vie afin qu’ils cessent de nuire. Car ce sont eu qui nous ont emmené dans la situation où nous sommes avec leurs potes de Bruxelles infiltrés par les verts majoritairemet allemand. Là ausi quant sortons nous de ce bourbier décroissant et wokiste.

  • il n’y aura pas de réindustrialisation en France, car
    – Industrie = Entreprise
    – Entreprise = Argent
    – Argent = Pas bon
    Donc, Industrie = Pas bon

  • août 20022 ???
    2022!

  • Dans un pays comme le nôtre où les fonctionnaires sont aussi nombreux, il faut que le secteur privé ( le seul qui rapporte) soit très performant si on veut avoir un peu de croissance. La seule activité qui permet d’avoir une valeur ajoutée importante est l’industrie (Les services – qui sont seuls à se développer – n’apportent rien ou pas grand chose au produit qu’ils manipulent, transportent ou vendent). Et bien évidemment, c’est l’industrie qu’on a sacrifiée. (Ça sent mauvais et ça fait du bruit). Depuis l’application des 35heures, la France a perdu des quantités d’emploi industriels et les crânes d’œuf qui nous gouvernent n’ont découvert cette évidence qu’à l’occasion du COVID! Mais à quoi servent-ils donc pour ne pas voir un fait que tout un chacun pouvait observer de son balcon! La crise qui vient verra l’effondrement de notre économie sapée par des dirigeants qui, comme Aubry, voulaient transformer notre pays en parc de loisirs mais qui continuent à donner des leçons d’économie (Même aux Suisses)! Tous dehors!

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