Thermostats : c’est pas cher, c’est l’État qui paie !

Le plan de sobriété énergétique d’Elisabeth Borne présenté le 6 octobre 2022 ne vise pas uniquement à « passer l’hiver ».

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Thermostats : c’est pas cher, c’est l’État qui paie !

Publié le 9 octobre 2022
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Élisabeth Borne est égale à elle-même. Il y a deux ans, celle qui était à l’époque ministre de la Transition écologique et solidaire confiait à Paris Match combien elle se réjouissait de voir qu’en quelques semaines, la crise du covid avait « fait gagner des années de politique vélo ! » Aujourd’hui, même scénario. Le plan de sobriété énergétique qu’elle présentait avant-hier (6 octobre 2022) ne vise pas uniquement à « passer l’hiver » dans le contexte des pénuries d’énergie liées à la reprise post-covid et à la guerre russe en Ukraine ; il se nourrit aussi très opportunément, presque cyniquement, de ces nouvelles crises.

Comme le répètent sans relâche Mme Borne (devenue entretemps Premier ministre) et sa ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, il n’est que la « première marche » d’un plan beaucoup plus vaste consistant à réduire notre consommation d’énergie de 40 % d’ici 2050 dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique. La pandémie et la guerre sont d’horribles maux qu’on souhaite évidemment voir disparaitre au plus vite, mais ils ont quand même l’incomparable avantage de nous pousser plus vite plus fort vers l’objectif ultime de la neutralité carbone.

Ainsi que je l’écrivais déjà à l’époque des ravissements extatiques d’Élisabeth Borne pour le vélo, il se confirme qu’un politicien avisé prendra soin de ne « jamais gaspiller une bonne crise ». Pour les esprits férus d’étatisme, rien ne vaut ces moments de choc et d’angoisse où les repères habituels des citoyens sont chamboulés pour légitimer l’urgence absolue de mettre en place telle ou telle politique publique et renforcer l’idée qu’il est naturel voire essentiel que l’État s’occupe de tout et étende son domaine à des secteurs, petits ou grands, qui échappaient encore à son emprise.

Dans le cas qui nous occupe, l’effet est triple. D’abord, accélérer le rythme de la transition énergétique comme mentionné ci-dessus. Masquer, ensuite, que « la fin de l’abondance » dramatiquement et hypocritement déplorée par Emmanuel Macron résulte largement d’une succession de décisions aussi petitement politiciennes que grandement désastreuses aboutissant à réduire la part du nucléaire (pourtant décarboné) dans le mix électrique français dans le seul but de s’assurer l’appui électoral des écologistes.

Et, last but not least, en profiter pour accroître le périmètre des interventions de l’État sur des citoyens en instance d’infantilisation accélérée par l’appropriation d’une activité humaine de plus, avec tout ce que cela entraîne d’effets pervers en matière de comptes publics, de bureaucratie, de clientélisme et de perturbation d’un marché qui fonctionnait très bien tout seul.

C’est ainsi que s’agissant de son plan vélo, Élisabeth Borne n’avait pas négligé d’inclure dans le package un stage de « remise en selle » dispensé par des moniteurs agréés et financé par nos impôts ainsi qu’une aide de 50 euros pour faire réparer son vélo. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, au milieu d’une liste à la Prévert de bons comportements à adopter, le Plan Sobriété comprend, ô surprise, une subvention destinée aux particuliers pouvant aller jusqu’à 65 euros pour l’achat… d’un thermostat programmable. Oui, oui.

Il fallait y penser. Encore un de ces exemples caractéristiques et affligeants de cette société du care qui se développe de plus en plus sur le terreau de notre État-providence jusqu’à le transformer en un État-nounou qui prend soin de nous comme d’un bébé de la naissance à la mort. Les adeptes de l’interventionnisme étatique vous diront que cela n’a rien de scandaleux ni d’extraordinaire. Politique archi-classique d’incitation, Madame MP, rien de plus. Il est parfaitement normal que l’État réponde présent dans les grands moments de transition, autant sur le plan de la solidarité économique que sur celui de l’évolution des modes de vie.

Cet aimable point de vue, largement partagé par nos élites politiques et tout autant admis comme une évidence nationale par une très vaste majorité de Français – la meilleure preuve de cela étant que les uns et les autres s’entendent à merveille dès lors qu’il s’agit d’assurer la pérennité de notre sublime modèle social – appelle cependant plusieurs remarques.

Pour commencer, l’État n’ayant aucune ressources propres (hormis les dividendes qu’il reçoit au titre de ses participations dans des entreprises par ailleurs privées) et l’argent ne poussant pas encore spontanément dans les arbres, l’aide qu’il se flatte d’apporter aux citoyens pour se doter d’un thermostat programmable (ou pour suivre un stage vélo) sera forcément payée un jour par ces mêmes citoyens (via l’impôt ou l’accumulation de la dette qui n’est qu’un impôt différé). Ne nous illusionnons pas, l’État ne paie rien. Il prend, de façon obligatoire, et il redistribue aux uns et aux autres selon son bon vouloir, selon son idéologie du moment, selon sa clientèle, selon les élections à venir, etc.

Ensuite, que dire de la tenue des comptes publics quand un gouvernement qui parvient déjà à dépenser 59 % du PIB en une année (2021) et va de déficit en déficit depuis presque cinquante ans se croit autorisé à faire le généreux pour une simple affaire de thermostat ? Dans le commerce, il est aisé de trouver de tels équipements pour moins de 65 euros (en filaire). Résultat : l’annonce de l’aide aura à coup sûr un effet inflationniste sur ces produits comme c’est le cas de toutes les aides sans exception (exemple type, l’aide au logement), et les comptes publics en seront encore un peu plus dégradés – ce qui n’est pas sans conséquences dommageables sur la croissance, le pouvoir d’achat et l’emploi.

Que dire également d’un modèle social qui, tout en se parant de l’immense vertu d’une solidarité unique au monde depuis 1945, ne parvient pas à assurer emploi et prospérité à ses citoyens ? Ou du moins n’y parvient qu’à un niveau très en deçà des performances d’autres pays nettement moins redistributeurs et doit y ajouter en permanence une politique de « chèques pouvoir d’achat » tous azimuts ?

Ensuite, lorsqu’on parle d’incitations, et que pour cela, on est prêt à mettre en jeu des millions ou des milliards d’euros prélevés aux contribuables, encore faut-il être très sûr de la direction dans laquelle on souhaite orienter les citoyens. Dans ma petite vie de soixante ans, j’ai assisté à suffisamment de revirements dans les préconisations plus ou moins obligatoires de l’État (dans le domaine de la santé, sur le diesel, etc.) pour penser qu’un peu plus de modestie et un peu moins de dirigisme seraient du meilleur effet.

Et puis, dernier point, mettez bout à bout toutes les aides, redistributions, recommandations, interdictions et obligations en vigueur en France. Ce n’est plus de l’incitation, ce n’est plus de la solidarité. Ce n’est plus un modèle social déployé en vue de favoriser épanouissement personnel et autonomie des citoyens, mais un corset social tout exprès organisé pour façonner les « bons citoyens ». Tout un programme dont les couches perpétuellement surajoutées nous rapprochent dangereusement d’un système de contrôle social qui ne dit pas son nom. Stop.

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  • Et pour trouver un électricien qui viendra à vélo vous installer le thermostat sans laisser de fils dénudés, c’est combien ? 1 an et 300€ en liquide ?

    • Pourquoi cette remarque ?Mme Borne finance le thermostat. Elle n’a jamais obligé quiconque de le brancher. 😂😂😂
      C’est comme le vélo : il n’y a pas d’obligation de l’utiliser.

  • He he he, un stage de remise en selle…. Et une bonne assurance tout risques…. Le vélo, c’est mortel. Ils sont timbrés !
    Ça plus le linky qui coupe votre chauffe au en heures creuses, donc, inutilement….. Et hop, un thermostat programmable pour, comment tous les radiateurs électriques sont programmables depuis la nuit des temps… Et si ils ne le sont pas, 65 euros, ça paie uniquement le déplacement de l’électricien…et nos financiers internationaux, la dette….

  • Nous en sommes arrivés là. Une premier ministre pour des thermostats. Mais le coup des vélos on y avait déjà eu droit avec une ministre de l’économie Christine Lagarde on voit où ça l’a mené (DG du FMI) puis présidente de la BCE où elle n’en rate pas une (on doit bien rigoler à Francfort) enfin c’est toujours avec notre argent.
    Que dire des scènes déplorables aux stations services devant la pénurie de fourniture de carburant due à une grève de la CGT raffinerie pour des augmentations de salaires suite au désir de partage des profits réalisés par TotalEnergies provenant de l’étranger. Aucune réaction de la part de cette premier ministre qui n’est pas choquée par cette double situation et je n’ose évoquer les origines de cette crise énergétique. Plus fort, plus vite vers les énergies renouvelables c’est à dire dans l’impasse. Existe-t-il une démocratie pour s’opposer à ces débilités, en dehors des 3 à 5 secondes tous les 5 ans pour déposer un bulletin de vote ?

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  • Notre pays est tombé bien bas !
    Comment une polytechnicienne comme Elisabeth Borne peut-elle nous proposer un plan vélo et la décroissance comme seules solutions à la crise énergétique ?

  • C’est en dirigeant la RATP (Rentre Avec Tes Pieds) que Mme Borne à compris que l’avenir était dans le vélo. D’ailleurs, avec les tarifs de l’électricité on voit mal comment la RATP et le SNCF vont continuer à fonctionner. Je note une erreur dans le nom DU ministre de la transition énergétique, c’est Mme Cabas-Nullachier, celle qui nous explique qu’avec les voitures électriques branchées sur le réseau pour les recharger permettrait de pallier aux coupures électricité

    • RATP ne signifie pas « Rentre Avec Tes Pieds », mais « Reste Assis T’es Payé ». Un peu de respect pour les fonctionnaires quand même !!!

  •  » l’État n’ayant aucune ressources propres (hormis les dividendes qu’il reçoit au titre de ses participations dans des entreprises par ailleurs privées) »
    Ah bon? SNCF, RATP,EDF et j’en passe reçoivent largement plus de subventions qu’elles ne rapportent de dividendes à l’Etat actionnaire!

    • L’État n’en tire aucune ressource propres puisque ces sociétés sont en faillite suite à ses décisions anti économiques.

  • « sera forcément payée un jour par ces mêmes citoyens (via l’impôt ou l’accumulation de la dette qui n’est qu’un impôt différé) »
    Il serait plus juste de dire que ces aides ont DEJA été financées par le contribuable et l’argent dépensé à tort et à travers dans une totale inefficacité, ce qui impose de continuer dans les folies ( cf Einstein qui disait qu’être fou …. etc……) citation connue et de plus en plus d’actualité!
    Tiens ce matin je suis allé faire le plein de mon diesel et j’ai bien rigolé ( jaune quand même!) toutes les pompes essence étaient vides, seul le gazole encore disponible, au grand dam des convertis à l’essence ou aux hybrides non rechargeables!

  • Oui, Nathalie MP Meyer, comme vous l’écrivez si justement, il est temps de dire stop à cette gabegie délirante qui fait des citoyens finalement des assistés incapables de prendre des décisions personnelles et qui, ça ne manque pas d’ironie et de cynisme, contribuent par leurs impôts, du moins ceux qui en paient, à ce gaspillage par l’Etat.

    • Certes, il est temps de dire stop, mais la question est de savoir qui va dire stop. Il faut bien réaliser que mis à part quelques lecteurs de Contrepoints, il y a une vaste majorité de gens dans ce pays qui seront contents que Mme Borne leur donne 65 euros pour s’acheter un thermostat. Après tout, c’est Mme Borne qui paye, donc c’est gratuit!

      Ces même gens, si vous leur expliquez calmement que ce sont nos impôts qui financeront tout ça, vous répondront: Yaka prendre l’argent là où il y en a, c’est à dire chez les riches. Bon j’arrête .

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  • Amusant, les mesures prises par l’état ne garantissent en rien des diminutions d’émissions pas de façon directe en tous les cas..
    c’est juste de la redistribution.. en payant au passage des fonctionnaires..

  • mais qu’attendre d’autre, elle a un petit vélo dans la tête
    l’équipe macron collectionne les imbéciles, c’est sa marque
    mais dites moi, Mr le Président, au prix d’un héroïsme remarquable, a persuadé les instances européennes de débloquer(c’est votre tirelire qui est débloquée, )100 millions d’aide à l’Ukraine, alléluia ils sont sauvés
    heu.. le plan vélo c’est…250 millions
    envoyons leur des vélos…

  • Le contrat social fait son chemin au fil des années.
    Et comment si opposé dans un pays où le discours politique socialiste est rabâche depuis des années.
    Quand la majorité des citoyens s apercevront des conséquences néfastes de ce système il sera très dur de s en sortir.

  • Le plus préoccupant reste ce 110 km/h suggéré (dans un premier temps) aux agents de l’Etat, genre de pied dans la porte. Vieille marotte de Borne. Mais quel rapport avec la choucroute russe ?

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